Holy. Carte Blanche à Prune Nourry. Musée Guimet. Mai 2017.

Correspondances.

« La destruction n’est pas une fin en soi ». Prune Nourry compose ce titre en référence à la destruction des statues de Bâmiyân (en Afghanistan) par les talibans en 2001. Et pour illustrer cette réponse, un bouddha de 38 mètres piqué de bâtonnets d’encens réparateurs. Les fragments de ce géant apparaissent au long d’une déambulation au milieu de la collection permanente du Musée Guimet. Les pieds se trouvent dans la cour Khmère, au rez-de-chaussée. Une main au premier étage. Le buste au second. La tête, isolée au centre de la rotonde du dernier étage cueille le visiteur. En y entrant par l’oreille, on y découvre, à la lueur de minuscules diodes rouges, des offrandes funéraires en carton : ordinateurs, machines à laver, trottinette, voitures… Fragmenté mais vertical. Espoir.

En résonance avec la superbe collection permanente du Musée Guimet, les Holy Daughters, et Holy Rivers, projets de Prune Nourry, menés en Inde. L’artiste a réalisé ces divinités hybrides, entre la vache, animal sacré et symbole de fertilité et la fille, vecteur de fertilité, mais non désirée. Questionnements.

Plus loin, les Terracotta Daughters. Dans leurs versions miniatures en porcelaine. L’armée originale de 108 fillettes chinoises en terre cuite est sous terre depuis 2015 en Chine, dans un lieu tenu secret, à l’instar de l’armée de Xian. Il faudra attendre 2030 pour les voir de nouveau. Cette date étant identifiée par les démographes comme l’apogée du déséquilibre hommes–femmes en Chine.

Au sommet du Musée, un film. Où l’on voit le travail de l’artiste et où l’on comprend ses questionnements sur le statut des fillettes dans le monde asiatique. Un parcours qui invite à la contemplation tout autant qu’à la réflexion.

Les divinités de Prune Nourry sont au Musée Guimet jusqu’au 18 septembre 2017.

Tenue correcte exigée ! Quand le vêtement fait scandale. Les Arts décoratifs. Février 2017.

Sapé comme jamais.

Du pantalon pour les femmes à la jupe pour les hommes. De l’extravagance au mauvais goût. Trop court. Trop long. Trop transparent. Trop impudique. Trop coloré… Toute une histoire de la mode, sous l’angle inattendu des « infractions au code vestimentaire en vigueur », du XIVè siècle à nos jours. Une histoire de « fashion faux pas », dont certains sont devenus des classiques. Des virages, engagés avec plus ou moins d’élégance, et toujours autant d’esprit de provocation.

Des messages qui fusent, écrits sur les marches de l’escalier qui mène à l’exposition : « sac à patates » « t’es sapé comme un pingouin » « t’as oublié ta jupe »… Le seuil franchi, c’est un tableau de Cranach l’ancien représentant Adam et Ève qui nous accueille : le vêtement comme punition. Couloir rouge vif, railleries et persifflages soufflés à nos oreilles, miroirs reflétant notre allure à l’infini, et une question qui nous taraude : suis-je dans la norme ?

Des thématiques et des époques, entremêlées comme si le temps ne changeait pas le propos : à chaque temps ses provocations. La première thématique abordée montre l’évolution des codes vestimentaires et des interdits. De la bible aux blogs, des événements de la vie aux jeux de pouvoir. Et des multiples tenues portées à la cour au costume col mao signé Thierry Mugler et porté par Jack Lang.

Plus loin, la question du genre est posée. Comme quoi, elle est loin d’être récente. Depuis Jeanne d’Arc, accusée de porter des vêtements d’homme lors de son procès, aux jupes osées par Jean-Paul Gaultier en 1985, en passant par le smoking et la cigarette de Colette en 1909, puis au look libéré de Gabrielle Chanel et au tailleur-pantalon d’Yves-Saint-Laurent en 1966 qui marque définitivement l’entrée du pantalon dans le vestiaire des femmes.

La troisième thématique montre les excès : coiffures trop hautes au XVIIIè siècle, mini-jupes trop courtes de Courrèges ou Paco Rabanne, baggies trop larges des années 1990… Des extravagances souvent présentées avec humour qui flirtent avec le mauvais goût et la provocation avec plus ou moins de succès.

L’exposition propose aussi des extraits de film (dont le Tramway nommé désir et le Tee-shirt moulant de Marlon Brando), des extraits d’émission, des défilés… Un moment riche, drôle, dynamique qui donne envie de s’habiller. Extravagance…

La tenue correcte est exigée, aux Arts Décoratifs jusqu’au 23 avril 2017.

Picasso – Giacometti. Musée Picasso.

Dialogue.

Deux monstres sacrés. Vingt ans d’écart. Des personnalités aussi charismatiques qu’explosives. Pourtant, un dialogue. Pablo Picasso & Alberto Giacometti sont réunis en un face à face sur deux étages du Musée Picasso.

200 œuvres, huit salles organisées dans un parcours thématique et chronologique en résonance. Dessins, peintures, sculptures. La première salle laisse entrevoir la naissance des deux génies, montrant leurs premiers autoportraits, dans un style réaliste inspiré par l’époque pour ces deux fils d’artistes élevés dans l’atelier de leurs pères respectifs.

Les salles se succèdent, la correspondance entre les deux artistes s’installe : influences lointaines, passage au plan, la vie et la mort, l’amour, le retour au réalisme. Les thèmes sont autant de témoignages de ce dialogue entre les deux titans. La liberté de Picasso grandit, Giacometti s’approprie ce vocabulaire moderne. L’homme qui marche (Giacometti) et Paul en Arlequin (Picasso). Grand nu au fauteuil rouge (Picasso) et la femme égorgée (Giacometti). Le taureau (Picasso) et la tête de cheval (Giacometti). La chèvre (Picasso) et le chien (Giacometti)… L’un dans les rondeurs, l’autre dans la maigreur famélique. L’un dans la couleur, l’autre dans les nuances de gris. L’un semble crier, l’autre est fait de silence.

Dans ce dialogue, l’un des points communs est indéniablement l’incessant travail des deux artistes. Le plaisir que l’on prend à découvrir et redécouvrir leurs chefs d’œuvres est immense… Et toujours cet hôtel salé.

Picasso et Giacometti dialoguent jusqu’au 5 février 2017 au Musée Picasso.

Andres Serrano. Maison Européenne de la Photographie. Janvier 2017.

Résolument humaniste.

La première image est celle d’un drapeau américain. Sur le mur qui fait face à l’entrée, un portrait monumental d’un rappeur, dents dorées et sautoir qui brille : la série America ouvre l’exposition. Donald Trump côtoie une mini miss, Snoop Dog frôle Chloé Sévigné. Tous les âges, tous les genres, tous les milieux. Avec la même vision, détaillée, précise, esthétique. Un choc.

Suit un triptyque de la série « The Klan », portraits de membres du Ku Klux Klan. Presque trop beaux. L’émotion va crescendo avec les séries The Interpretation of Dreams, Native Americans et Cuba.

Mais elle atteint son comble dans la seconde partie de l’exposition dédiée au travail de l’artiste sur les sans-abris. Pas de portrait pour la série « Sign of the times » : mur de pancartes achetées 20$ chacune par Serrano pour réaliser « une topographie de la misère »… Puis, à New York et à Bruxelles, il photographie les « Nomads », les « Résidents » et les « Denizens », reproduisant un travail de studio. La relation entre l’artiste et ses « mannequins » est palpable, nous donnant l’impression de passer un moment avec eux… Touchée.

Foncez prendre une bouffée d’humanité jusqu’au 29 janvier 2017, à la Maison Européenne de la Photographie.

Plus jamais seul. Di Rosa et les arts modestes. La Maison Rouge. Décembre 2016.

Une riche modestie.

Il était une fois.  Ces quatre petits mots sont inscrits sur fond rouge dès le début du parcours. La suite de l’histoire ressemble à une bande dessinée écrite lors d’un long voyage autour du monde, avec un petit quelque chose de Keith Haring, un peu de Basquiat, et surtout, une bonne dose d’humour et de légèreté.

Sur les murs blancs de la Maison Rouge, peintures et sculptures sont organisées dans un parcours que l’on suit, un sourire enfantin accroché aux lèvres. Et partout, des couleurs vives, des compositions aussi dynamiques que saturées, et une famille de personnages inspirés de bandes dessinées qui gesticulent : les Renés, les Raymond, Raphaël, Raoul et Mique. Vivant.

Plus loin, « La vie des pauvres », couloir sombre, peint du sol au plafond, sur le thème de la misère. Parenthèse monochrome qui plonge dans le quotidien bien sombre des laissés-pour-compte. Loin de la fantaisie de l’artiste. Détonnant.

En bas, retour dans la lumière, les collections de figurines et action figures encore dans leurs emballages sont collées au mur de sorte à former des robots géants. Au centre de la pièce, une immense table est recouverte de figurines… M&M’s, Zig Zag, Omer Simpson, Hulk, un Superman en tenue noire… à faire baver tous les enfants, petits ou grands.

Plus bas, les murs sont noirs et les toiles abritent des créatures sous-marines. Là encore, les bulles et les créatures impriment un sourire sur nos lèvres…

Retour à la surface, et avant de sortir, le regard se pose sur des toiles inspirées par l’architecture… Plus de personnages. Des lignes pures. En face, le regard s’arrête sur cette toile reproduisant l’enseigne TATI un jour de Noël. Lumineux.

Ne restez pas seul, Di Rosa est à la maison rouge jusqu’au 22  janvier 2017.

La trahison des images, Magritte, Centre Pompidou. Novembre 2016

Ceci n’est pas une exposition.

Des images et des mots. De la peinture et de la poésie. De la philosophie et des mythes. La rétrospective Magritte au Centre Pompidou est tout cela à la fois.

Une centaine d’œuvres. Cinq espaces pour les cinq motifs composés à l’infini par Magritte : les rideaux, les mots, les flammes, les ombres et les corps morcelés. En vis-à-vis des motifs, le parcours nous propose de revisiter les mythes fondateurs de l’histoire de la peinture, de la caverne de Platon à l’idôlatrie du veau d’or. Un verre d’eau posé sur un parapluie ouvert, un cheval de course filant à toute allure sur le toit d’une voiture, une pipe qui déclare ne pas en être une, une pomme qui n’est pas une pomme, un cheval qui se prend pour une porte, une pendule qui dit être le vent… Des « problèmes » auxquels l’artiste répond par des « propositions », mettant l’accent sur le sens des mots, leurs représentations… Offrant à nos yeux des morceaux de poésie qui nous portent tout au long du parcours.

 

La trahison des images est au Centre Pompidou jusqu’au 23 janvier.

MMM. Matthieu Chedid rencontre Martin Parr. Philharmonie de Paris.

À voir avec ses oreilles.

Huit ambiances sonores, chacune composée d’un seul instrument. Huit ambiances visuelles déployant un thème. Et des images tantôt collées sur un transat, parfois projetées sur des murs, ici collées façon fresque dans une petite salle, là accrochées le long d’une paroi… Les univers des deux artistes se complètent et nous immergent, au long d’une déambulation sensorielle poétique et tendre, teintée de dérision. Où l’on découvre qu’il est possible de voir une mélodie et d’entendre des images. 

MMM se joue à la Philharmonie de Paris jusqu’au 29 janvier 2017.