Le temps où nous chantions. Richard Powers.

 

Delia est une jeune noire américaine. David est un physicien juif allemand. Ils se rencontrent à un concert aux Etats-Unis en 1939, se marient et donnent naissance à trois enfants : Jonah, Joseph et Ruth. Ils les élèvent dans le culte de la musique, avec la volonté de les protéger de la brutalité du monde extérieur et la belle idée que la couleur et la religion importent peu dans la vie. Dans une bulle d’amour familial.

Joseph est le narrateur de cette saga familiale qui va parcourir un demi-siècle de l’histoire des Etats-Unis et se déplier comme une partition, passant avec virtuosité entre la fin des années 1930 et les années 1980, entre le monde de la musique des « blancs » et la violence raciste.

J’ai dévoré ce roman dont chaque page est enveloppée de poésie et de musique, et flirte entre la délicatesse et la dureté du monde. Je me suis attachée à chacun des personnages, chantant avec Jonah, luttant avec Ruth et les Black Panthers, suivant le rythme des respirations de Joseph… Bouleversant du début à la fin.

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Galleria Continua, Les Moulins. Mai 2019

XXL

Sortie de ville. Une papeterie au milieu des champs. Le regard se pose au loin. Pas d’immeubles, pas de boutiques, pas de trottinettes… L’espace, enfin. Et l’art. Une conversation.

Ici, en rase campagne, la Galleria Continua a transformé le lieu en centre d’art contemporain. Une exposition collective avec pour trait commun des espaces bruts et les dimensions extraordinaires des œuvres.

Une table et des chaises de jardin surmontées d’une inscription au néon accueillent le visiteur : Paradiso. Entrée en matière… Un peu plus loin les drapeaux et fresques aux rayures multicolores de Daniel Buren et l’arbre à palabres de Pascale Marthine Tayou interpellent. Les 10 000 mètres carrés du Moulin se déplient au fil d’une visite aussi immersive qu’éblouissante.

Dans une première salle surdimensionnée, les vitrages habillés par Daniel Buren jettent une lumière colorée dans l’espace alors que l’Arte povera de Michelangelo Pistoletto prend la forme d’un bouddha qui trône au sommet d’un amoncellement de chiffons multicolores. Une opposition chère à l’artiste entre le sacré et le « jetable ». En dialogue, Pascale Marthine Tayou déploie son univers foisonnant en référence au colonialisme mais aussi au « jetable » : masques, colonnes totems, poupées, mobiles en formes de fleurs, mur « végétal » dont les fleurs sont des sacs en plastique. Et surtout une ville, Diamond scape, dont la cime est faite d’un assemblage de bandes magnétiques d’où pendent des diamants noirs.

Dans un second espace, le cubain Osvaldo Gonzales crée une ambiance lumineuse avec des scotchs marrons et des néons, baignant dans un clair-obscur la carcasse de voiture posée sur le toit de Kader Attia.

Jeux de miroirs et de portraits avec Susana Pilar, humour et décalage des petits personnages qui se jouent des failles sous le trait de pinceau de José Yaque, la poésie du temps et de la transformation avec Luis Lòpez-Chàvez, les sculptures hyper-réalistes de Hans Op De Beeck… Les œuvres se succèdent, les chocs visuels aussi… Jusqu’aux jeux de miroirs de Leandro Elrich, le Cabinet du psychanalyste et la Changing room.

Quelques kilomètres plus loin, un second site de 30 000 mètres carrés et des œuvres monumentales. Une première porte s’ouvre sur l’univers de l’artiste indien Subodh Gupta. Une musique de Tchaïkovski tisse l’atmosphère. Sur un écran, un documentaire sur la fabrication des nans, base de l’alimentation indienne dans lequel on voit une galette voler dans les airs, tel un corps céleste… décalage. Plus loin, des milliers d’ustensiles en inox amoncelés à même le sol ou suspendus dans les airs, tels le trésor de la caverne d’Ali Baba… Émerveillement.

Une seconde porte, et deux immenses sphères de métal rouillé enveloppent les visiteurs et renvoient en écho le son de leurs voix. Poésie spatiale.

Une autre porte encore… Un entrepôt si brut que la nature commence à se frayer un chemin. Et le buste de Silvio Berlusconi sculpté par Sislej Xhafa. Gigantesque. Posé là… Et l’on a envie de revenir dans dix ans, lorsque la nature aura repris ses droits et habillé de mousse le buste… Choc.

Retour au Moulin où un dernier espace abrite les œuvres photographiques de Ahmed Mater Sand in the Pathway and see. Un reportage photographique qui s’étale sur plusieurs années pour montrer la restructuration de la Mecque, en Arabie Saoudite. Les travaux, à l’échelle de la ville. La foule, habitants et pèlerins qui se pressent par milliers… Claque.

Une journée à la campagne qui impressionne, à la hauteur de la démesure des œuvres qui y sont présentées.

Galleria Continua, 46, rue de la Ferté-Gaucher, 77 Boissy-le-Châtel. Du mer. au dim. 12h-18h. 01 64 20 39 50. Entrée libre
Le 23 juin, vernissage avec navettes gratuites (aller-retour) au départ du Jardin des Plantes, place Valhubert, 5e (Inscriptions : reservation@galleriacontinua.fr).
https://www.galleriacontinua.com/about

Infinis d’Asie. Carte blanche à Jean-Baptiste Huynh. Musée Guimet. Avril 2019.

Intimes.

Une aile d’avion qui survole l’Asie… le voyage commence.

Des visages. Des regards. Qui rencontrent l’objectif. Ou pas.
Douceur et apaisement grandissent au fil du parcours.
Les visages côtoient les natures mortes.
Ici, trois grenades, là des peignes, un peu plus loin une aubergine.
D’un minimalisme à la beauté hypnotique.
Et ce noir et blanc.
Cette lumière identique. Ce même fond noir. Ce grain au piqué parfait sur ces formats immenses. Vietnam, Inde, Cambodge, Chine et toujours cet abandon capturé par Huynh.
Et surtout, Huyen, jeune Vietnamienne dont l’histoire croise celle du photographe et que l’on voit grandir d’une image à l’autre, sur vingt ans. Une histoire de temps qui passe… Au milieu de tous ces visages, une petite salle dédiée aux mains. Qui se posent, s’entrelacent et s’expriment dans cette même intimité avec le photographe.
Soudain, la couleur. Comme une claque. Sur un portrait d’un homme au turban d’un vert flamboyant. Fascination…

Dans un second espace, des images de pièces du musée. Bouddhas aux sourires angéliques. Formes rondes aux couleurs et reflets subtils qui se suivent et se font face.
En s’approchant, l’on comprend qu’il s’agit de miroirs antiques ou de bols à thé.
Et cette même esthétique à l’évidente élégance.

La troisième et dernière partie de l’exposition s’intitule Réflections. Huynh, par un jeu de lumière, fait apparaître les visages au milieu de constellations… Immersion poétique.

L’univers intime et bouleversant de Jean-Baptiste Huynh vous attend au musée Guimet jusqu’au 20 mai 2019.

Joana Vasconcelos. Branco Luz. Le Bon Marché. Mars 2019.

Simone ou la Valkyrie en dentelles.

Blanc, dentelles et LED. Simone est Précieuse. Imposante. Tentaculaire.
Toute de dentelle au crochet immaculée, de détails argentés et de lumière, la Valkyrie de Joana Vasconcelos est virginale. Comme dans la mythologie nordique qui a inspiré l’artiste pour toute sa série de guerrières ailées. Car Simone n’est pas la première. Les sculptures de crochet de Vasconcelos avaient déjà occupé le Château de Versailles en 2012, opposant leur humour et leur dérision au faste viril des tableaux et bustes de l’immense Galerie des Batailles où elles étaient installées. Cette fois, l’artiste a créé et déployé une Valkyrie entièrement blanche sur tous les étages du magasin, en réponse à la demande de l’enseigne parisienne à l’occasion de sa semaine du blanc, comme Ai Weiwei, Chiharu Shiota et Leandro Elrich avant elle. Une première sculpture circule d’une vitrine à l’autre du Bon Marché suscitant l’envie d’en voir plus. L’installation, intitulée Branco Luz, illumine le Bon Marché de son impertinence, rappelant l’esprit des deux illustres féministes auxquelles l’artiste a voulu rendre hommage : Simone de Beauvoir et Simone Weil. Comme les Mamans de Louise Bourgeois ou les Nanas de Nikki de Saint Phalle, les Valkyries de Joana Vasconcelos enveloppent de leur force protectrice. Et c’est le sourire aux lèvres que les visiteurs portent leur regards sur Simone, depuis les illustres escaliers mécaniques du Bon Marché.

Simone est au Bon Marché jusqu’au 24 mars.

 

Comédies musicales. Philharmonie de Paris.

Y’a d’la joie !

Fred Astaire, Gene Kelly, Ginger Rogers, Cyd Charisse… Des noms qui donnent envie de faire des claquettes. Michel Legrand, Björk, Léonard Bernstein… Et nous voilà avec une furieuse envie de chanter. Ils sont tous là, mis en musique par la Philharmonie, dans une exposition aussi immersive que jouissive, un tantinet ludique aussi. Un casque sur les oreilles et c’est parti !

Dans la pénombre, les visiteurs circulent tout autour de la pièce centrale d’un écran à l’autre, à côté desquels se trouvent des multiprises qui accueillent les casques distribués à l’entrée. De Cabaret à West Side Story, de All that jazz à La la Land, la fabrication des comédies musicales est décortiquée. Et l’on voit ou revoit avec plaisir des extraits de ces pièces d’anthologie du cinéma, depuis l’apparition du cinéma parlant juqu’au tout récent La la Land de Damien Chazelle. Ludique, instructif, et surtout entraînant.

Une petite salle est destinée aux plus petits, et l’on redécouvre Peau d’âne ou Mary Poppins. Un peu plus loin, une lumière nous attire dans une autre salle offre où nous attend un véritable cours de claquette, avec un professionnel.

Au centre de la pièce principale, un écran géant et un parterre de visiteurs, tour à tour amusés par la découverte d’une filiation insoupçonnée entre Fred Astaire et Michaël Jackson ; éblouis par l’inoubliable jeu de jambes d’Elvis Presley, qui a ouvert la voie au Rock&Roll dans les comédies musicales et préparé l’arrivée de John Travolta ; émerveillés et émus face au duo de Catherine Deneuve et Françoise Dorléac dans les Demoiselles de Rochefort ; transportés par les chorégraphies de Björk ; subjugués par les décors et les costumes de My fair lady… Une dizaine de chapitres pour décortiquer et comparer les plus mémorables scènes de ces films enchanteurs. Savoureux !

Un seul regret, le peu de place laissé aux comédies musicales de Bollywood (juste une affiche et un petit texte). Mais ce n’est qu’un tout petit bémol, l’expo nous offre un magnifique tour d’horizon de ce genre cinématographique qui a connu des hauts et des bas. Pour ma part, je suis repartie avec une liste de films que j’aimerais voir ou revoir. De quoi faire le plein de bonne humeur et patienter jusqu’au printemps…

Comédies musicales à la Philharmonie de Paris c’est fini, mais Doisneau et la musique, c’est jusqu’au 28 avril.

 

Subodh Gupta. Adda / Rendez-vous. Monnaie de Paris.

De l’eau, du pain et des casseroles.

Entre quotidien et merveilleux. Entre monumental et miniature. Le parcours de cette exposition monographique débute dans les cours de la Monnaie de Paris. People tree nous accueille. Ce banian, l’arbre le plus courant en Inde est entièrement fait d’acier, ses feuilles sont en ustensiles de cuisine. Comme si les objets du quotidien avaient pris le pas sur le vivant. Une autre cour, une autre œuvre : Adda, qui a donné son nom à l’exposition. Des colonnes, symboles des places publiques, habillées elles aussi d’objets en acier, miniatures d’ustensiles de cuisine, d’où s’échappent des sons de conversation. Un rendez-vous entre amis, pour converser, dialoguer. Plus loin, une Ambassador Car, transformée par l’artiste. Le véhicule, que l ‘artiste a intitulé Doot est coulé en aluminium, passant du statut de voiture populaire à celui d’œuvre d’art.

En haut des escaliers d’honneur, un pot en bronze transformé en corne d’abondance déverse une multitude d’objets, poêles à frire, outils et autres cordages. Et le début du parcours dans les salons du palais de Conti est marqué par un verre en inox, posé sur un escabeau de bois et rempli d’eau au ras bord. Marque de bienvenue en Inde, l’objet se trouve sur le passage vers l’enfilade de pièces de l’étage. Au centre du Salon Dupré, le Very hungry god. L’œuvre la plus connue de l’artiste, crâne monumental réalisé avec un assemblage d’ustensiles de cuisine. Impressionnant.

Plus loin, la dualité entre le quotidien et le merveilleux se joue de nouveau avec There is always cinema, où l’artiste présente par paires les vestiges d’un cinéma abandonné et leur reproduction en acier. Ainsi les projecteurs, bobines, pellicules, et même les toilettes du projectionniste. Une charge émotionnelle toute nostalgique.

Les Dieux sont dans la cuisine parle de nourriture, au cœur de l’œuvre de Subodh Gupta, comme la cuisine l’est dans les foyers indiens. Assemblés, juxtaposés, coulés, placés sur des tables ou sur des plateaux tournant. Les ustensiles de cuisine, omniprésents, clinquant, montrent différents visages de la culture indienne.

Le départ, l’exil est aussi un thème abordé dans le parcours. Avec Two cows, les deux vélos, qui évoquent la distribution du lait. Ou Jal Hein Kumbh, Kumbh Mein Jal Hai, où des pots, symbole du corps humain, débordent d’une barque, symbole de migration.

Une exposition rutilante, qui dialogue avec l’ADN de la Monnaie de Paris, qui travaille monnaie et métaux précieux depuis plus de mille ans.

Rendez-vous pour converser avec Subodh Gupta à la Monnaie de Paris jusqu’au 26 août 2018.

 

Cette nuit. Joachim Schnerf.

 

Huis clos.

Sarah n’est plus. Pourtant elle respire dans chaque pli de ce récit. Dans chaque interstice. Grâce à Salomon, son époux, meurtri par cette solitude qu’il n’a pas choisie. C’est d’elle qu’il est question dans ce roman, ou plutôt de son absence. L’absence et le vide laissés par ceux que l’on aime par dessus tout. Ceux avec lesquels la vie s’est tissée, maille après maille. L’autre question est celle de la Shoah. Indélébile. Traumatisante. Mais avec laquelle Salomon fait des blagues d’un goût douteux. Même pour Sarah, du temps où elle était là. Enfin, il est question de rituel. Celui de la nuit de Pessah, longue et différente. Cette nuit où l’histoire de la sortie d’Egypte est rejouée autour d’une table. Cette nuit, comme une partition sur laquelle chacun tient sa place, son rôle, à la perfection.

J’ai plongé dans ce roman, j’ai aimé ces déambulations dans l’esprit de Salomon, émouvant, drôle et un peu perdu dans sa nouvelle vie. Écrasé par ses souvenirs. Je me suis attachée à ses filles, sensibles toutes deux à leurs manières. J’ai ri aux réactions viscérales de Patrick et cherché l’Afikomane avec ses petits-enfants. J’ai été emportée par ce style qui transmet les émotions à fleur de peau. Une bien belle nuit.

Au diapason du monde, la collection, nouvelle sélection. Fondation Louis Vuitton. Avril 2018.

 

Mais où et donc or ni car.
(Une déambulation commencée par le sous-sol, puis le niveau 0, puis le 1er et enfin le 2ème étage)

D’abord il y a le corps. L’homme qui chavire. Trois hommes qui marchent. Buste d’homme assis. Grande femme II. Femme de Venise III. Giacometti et ses sculptures filiformes, pour preuve de sa fragilité. De sa vulnérabilité. Un corps virtuel, hologramme, qui prend l’apparence de Fitzcarraldo par la volonté de Dominique Gonzales-Foerster. Un corps en papier découpé par Henri Matisse, dans Nu bleu aux bas verts. Ou celle d’empreintes, bleues évidemment, dans l’anthropométrie d’Yves Klein. Pierre Huygue nous montre un singe vêtu comme une petite fille, et portant un masque Nô qui déambule dans un restaurant déserté de Fukushima et de l’Homme ne reste que l’apparence. Maurizio Cattelan nous parle de clonage, et multiplie sur tout un mur la reproduction miniature de son autoportrait en latex dans Spermini (1997).
(Et aussi… Giovanni Anselmo, Maurizio Cattelan, Ian Cheng, Andrea Crespo, Alberto Giacometti, Dominique Gonzalez-Foerster, Pierre Huyghe, Yves Klein, Mark Leckey, Henri Matisse, Philippe Parreno, Bunny Rogers et Kiki Smith.)

Ensuite, vient le désir d’immortalité. Là, infiniment… Des œuvres mythiques comme éternelle inspiration. Et du David de Michel-Ange ne restent que les jambes, sculpture en marbre monumentale d’Adrian Villar Rojas. Vestige d’un monde post-apocalyptique. La Baignade à Asnières de Georges Seurat (1884) a inspiré Wilhelm Sasnal, mêlant la petite et la grande Histoire. Cyprien Gaillard interprète la musique d’Alton Ellis I was born a winner et sur un lancinant refrain devenu I was born a loser, propose Nightlife, un film en 3D et en quatre séquences. Musique et film, passé et présent. Hypnotique expérience immersive.

Puis, vient l’illumination, la vie. Irradiances. Un unique néon, fluorescent, vertical, vert. Et son halo lumineux qui se propage tout autour. Diffusant une énergie unique. C’est l’œuvre de Dan Flavin (1963) qui a inspiré le titre de ce chapitre de l’exposition. Autour, Halo et Is de James Lee Byars, associent l’or, métal précieux aux minéraux (cuivre et marbre), en quête d’une forme parfaite. Et toujours le bleu d’Yves Klein, avec le Monochrome et les éponges.
Après, de Christian Boltanski se déploie sur un mur, ampoules rouges et fils noirs. Complétant la projection de Animitas, film de 2014, plan fixe tourné en temps réel dans le désert d’Atacama au Chili. Alors que l’Avalanche (2006) de François Morellet,  avec ses néons bleus à la lumière glacée, évoque aussi bien l’ordre que le chaos.
(Et aussi… Matthew Barney, Mark Bradford, Christian Boltanski, Trisha Donnelly, Dan Flavin, Jacqueline Humphries, Pierre Huyghe, Yves Klein, James Lee Byars, François Morellet, Sigmar Polke, Gerhard Richter, Shimabuku et Anicka Yi.)

Enfin, Takashi Murakami nous offre un voyage immersif dans son univers. Trois ensembles composés par l’artiste, et des films d’animation. Mr DOB, un espace Kawaii et The Octopus Eats Its Own Leg. Une plongée dans un monde à part, à la fois sombre et fantastique, où la culture populaire se mêle à l’iconographie bouddhique et manga. Entre manga, tradition et modernité. Entre Orient et Occident. Technique ancestrale et technologie de pointe.

Un parcours d’une immense richesse dont on ressort avec un immense sourire « trop mignon ».

Soyez Au diapason du monde, à la Fondation Louis Vuitton jusqu’au 27 août 2018.

 

 

 

 

Junya Ishigami. Freeing architecture. Fondation Cartier. Avril 2018.

Poésie architecturale.

Lumière et délicatesse, nature et transparences. Junya Ishigami déploie avec minutie et précision des maquettes créées in situ. Œuvres à part entière. Comme un écho au bâtiment iconique de Jean Nouvel. Chaque salle de l’exposition évoque un paysage. Et partout, la nature. Omniprésente respiration.

Ici, gigantesque et reproduite au 1/10è, une chapelle toute en hauteur, semblant surgir de terre et épousant les courbes de la vallée qui l’entoure, harmonieusement. Là, une promenade d’un kilomètre, se frayant un passage au beau milieu d’un lac artificiel. Et ses minuscules personnages de papier, dialoguant avec humour. Plus loin, une maison-jardin, dont une partie du sol du rez-de-chaussée est en terre et plantée de végétation, créant ainsi un rapport intérieur / extérieur totalement inversé, accordé au rythme des saisons.
Et que dire de la House of Peace ? Ce monument conçu à la fois comme un symbole de paix et un espace de réflexion et de méditation. Il prend la forme d’un nuage qui semble flotter sur l’eau : la mer y fait office de sol et le nuage de toit. L’entrée souterraine  mène à une plateforme cernée par la mer. Une barque permet au visiteur de se promener sous la voûte de béton blanc, où la lumière se reflète sur la surface de l’eau. Par absorption de la chaleur du soleil, le bâtiment reste agréable été comme hiver, sans aucun autre système de chauffage.

Plus loin, des projets autour de l’enfance. Le Cloud Garden, aire de jeux où des nuages de béton blanc disposés entre différents piliers laissent imaginer que l’on grimpe vers le ciel, chevauchant à travers un paysage de coton et partout, la lumière. Le Kids Park, où Junya Ishigami adopte le point de vue de l’enfant : un chien se transforme en un vaste toit, un ours devient un dôme, et la bouche ouverte d’un hippopotame prend l’allure d’une grotte. Un monde qui joue avec les dimensions et développe l’imaginaire de ses petits visiteurs.

Entre évidence et simplicité, la poésie des projets de Junya Ishigami passe sous silence une maîtrise technique incroyable tant dans leur conception que dans leur mise en œuvre. Qu’il s’agisse de dévoiler et de magnifier les fondations d’un musée pour l’agrandir ou de faire disparaître toute colonne d’un bâtiment de verre, le rendant quasiment transparent (Park Groot Vijversburg Visiter Center). Chacun des projets cache une véritable réflexion sur la place de l’Homme au sein de l’architecture et de la nature.

Un vent de liberté architecturale souffle sur la Fondation Cartier, jusqu’au 9 septembre 2018.

 

 

 

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