Le temps où nous chantions. Richard Powers.

 

Delia est une jeune noire américaine. David est un physicien juif allemand. Ils se rencontrent à un concert aux Etats-Unis en 1939, se marient et donnent naissance à trois enfants : Jonah, Joseph et Ruth. Ils les élèvent dans le culte de la musique, avec la volonté de les protéger de la brutalité du monde extérieur et la belle idée que la couleur et la religion importent peu dans la vie. Dans une bulle d’amour familial.

Joseph est le narrateur de cette saga familiale qui va parcourir un demi-siècle de l’histoire des Etats-Unis et se déplier comme une partition, passant avec virtuosité entre la fin des années 1930 et les années 1980, entre le monde de la musique des « blancs » et la violence raciste.

J’ai dévoré ce roman dont chaque page est enveloppée de poésie et de musique, et flirte entre la délicatesse et la dureté du monde. Je me suis attachée à chacun des personnages, chantant avec Jonah, luttant avec Ruth et les Black Panthers, suivant le rythme des respirations de Joseph… Bouleversant du début à la fin.

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Cette nuit. Joachim Schnerf.

 

Huis clos.

Sarah n’est plus. Pourtant elle respire dans chaque pli de ce récit. Dans chaque interstice. Grâce à Salomon, son époux, meurtri par cette solitude qu’il n’a pas choisie. C’est d’elle qu’il est question dans ce roman, ou plutôt de son absence. L’absence et le vide laissés par ceux que l’on aime par dessus tout. Ceux avec lesquels la vie s’est tissée, maille après maille. L’autre question est celle de la Shoah. Indélébile. Traumatisante. Mais avec laquelle Salomon fait des blagues d’un goût douteux. Même pour Sarah, du temps où elle était là. Enfin, il est question de rituel. Celui de la nuit de Pessah, longue et différente. Cette nuit où l’histoire de la sortie d’Egypte est rejouée autour d’une table. Cette nuit, comme une partition sur laquelle chacun tient sa place, son rôle, à la perfection.

J’ai plongé dans ce roman, j’ai aimé ces déambulations dans l’esprit de Salomon, émouvant, drôle et un peu perdu dans sa nouvelle vie. Écrasé par ses souvenirs. Je me suis attachée à ses filles, sensibles toutes deux à leurs manières. J’ai ri aux réactions viscérales de Patrick et cherché l’Afikomane avec ses petits-enfants. J’ai été emportée par ce style qui transmet les émotions à fleur de peau. Une bien belle nuit.

Le bonheur arrive toujours sur la pointe des pieds. Tiphaine Hadet

 

On the road

Pour mon premier roman « feel good », j’ai choisi un road trip : le voyage de Camille, qui prend la route pour se rendre à la réunion annuelle de son improbable famille. Un périple plein de rebondissements. De l’amour, des chansons, des rencontres. Un road trip tour à tour émouvant et drôle, avec des personnages attachants – même les goujats et les perroquets, des dialogues percutants et des pauses sur l’autoroute qui donnent des envies de voyages… et d’amour. 

Lumikko. Pasi Ilmari Jääskeläinen.

 

 

À la lisière du conte

Une épidémie qui s’attaque aux romans et en modifie la fin. Une société littéraire qui vit en huis clos et cache de lourds secrets. Un village qui place la littérature en son centre. Une disparition, et, qui plus est, celle de Lumikko, la célèbre auteur de littérature enfantine et fondatrice de la fameuse société littéraire. Lumikko est un roman entre conte fantastique et policier qui tient en haleine du début à la fin.

Ella, l’héroïne, est le dixième membre de la société secrète. Elle mène l’enquête sur la disparition de Lumikko et sur cette mystérieuse épidémie. Et, s’il est difficile de ne pas se perdre au début du roman, avec tous ces prénoms qui donnent l’impression de lire un catalogue Ikéa (même si l’on est en Finlande et non en Suède), l’intrigue bien menée et l’atmosphère fantastique nous aident à passer le cap. J’ai aimé les « jeux » aux règles perverses dans lesquels les auteurs de la société puisent leur inspiration. J’ai aimé la façon dont la psychologie des personnages est dessinée. L’écriture est fluide, et même si certains mystères restent entiers, la fin est… étonnante.

Une femme au téléphone. Carole Fives.

Charlène au téléphone.

Charlène enchaîne les appels téléphoniques à sa fille et c’est ce qui constitue ce livre : une succession d’appels téléphoniques, comme des appels au secours d’une mère à sa fille. Une mère au bord de la dépression, une mère traversée par la maladie, mais aussi une mère qui ose tout. Qui transgresse les interdits et qui inverse les rôles. Drôle, émouvante, crispante, la voix de Charlène nous fait passer par une palette de sentiments. Et tour à tour, j’ai pris sa place. J’ai eu envie de lui répondre à la place de sa fille. J’ai eu envie de pleurer pour elle. J’ai eu envie de la rencontrer et de boire un verre avec elle… Touchante et toxique. L’un et l’autre. Une mère.

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur. Harper Lee

 

 

 

J’ai 8 ans.

Scout, 8 ans, est le conteur et c’est une des particularités de ce roman. Elle a un grand frère – Jem, une nounou – Calpurnia, est élevée par son père – Atticus et aussi un peu par sa tante – Alexandra, qui veut absolument faire d’elle une dame. Une autre particularité est que l’histoire se déroule dans une petite ville d’Alabama à l’époque de la grande dépression, dans les années 1930.
C’est à travers le regard de cette enfant et avec ses mots que nous suivons le procès de Tom, un noir, accusé d’avoir violé une blanche, défendu par son avocat commis d’office, qui n’est autre que le père de Scout.
Incompréhension, tristesse et angoisse se mêlent, mais surtout innocence de l’enfant face aux injustices les plus grandes. Amusement aussi, puisque le procès n’est pas au cœur de l’histoire. Ce que nous suivons, c’est la vie de Scout et ce qui est important pour une enfant de 8 ans, c’est-à-dire, son grand frère protecteur qui entre dans l’adolescence et la laisse perplexe quant à son attitude, son père, son héros, Calpurnia, sa fantastique et dévouée nounou, sa tante, avec laquelle elle n’est jamais d’accord et son étrange et mystérieux voisin.

Je suis entrée dans l’histoire avec des réticences quant au regard de Scout, je n’étais pas sûre d’apprécier de suivre une histoire avec les yeux d’une enfant. Mais au fil des pages, je me suis laissée prendre par les sentiments. Par les personnages et les relations. Par cette innocence et cette naïveté face à l’absurdité du monde et de ses inégalités. Par l’Histoire aussi. Et j’ai compris pourquoi cet « oiseau moqueur » est considéré comme un classique, couronné par les critiques comme par le prix Pulitzer en 1961.

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