Sheila Hicks. Lignes de vie. Centre Pompidou, mars 2018.

Doudou.

Couleurs et douceurs. D’immenses lianes aux couleurs éclatantes tombent en cascades du plafond, entremêlant leurs racines au sol. Des ballots géants empilés forment un rocher moelleux rouge et orange, qui donne envie d’y plonger et son reflet dans la vitre le mêle à la vie. Des panneaux de fibres et de pelotes, petits et grands entrelacent leurs couleurs dans un clin d’œil aux jeux de notre enfance. Une joie pleine d’innocence s’installe au gré du parcours et l’on ressort de ce bain de couleurs comme d’une cure de jouvence : le sourire aux lèvres.

Les lignes de vie de Sheila Hicks sont au Centre Pompidou jusqu’au 30 avril 2018.

 

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César. La rétrospective. Centre Pompidou, mars 2018.

Pouce.

Pas de chronologie, pas de cloisons. Le 6è étage du Centre Pompidou est entièrement paré de César. La vue est somptueuse, étonnante de classicisme et de modernisme à la fois. L’œil embrasse d’un seul regard les 130 œuvres exposées et les 5 gestes de l’artiste : soudure, compressions, empreintes, expansions et enveloppages.

L’esturgeon sur son piédestal nous (ac)cueille, suivi par l’immense chauve-souris qui projette son ombre sur le mur puis par le bestiaire créé par l’artiste, empruntant la technique du Fer soudé à l’industrie. Plus loin, les compressions captent notre regard, en particulier la Dauphine rouge totalement aplatie qui habille un mur entier. Du véhicule prêt pour la casse à l’œuvre d’art, César Baldaccini franchit le pas avec audace et panache.

Plus loin, au chapitre des Empreintes humaines, se trouvent les moulages réalisés par l’artiste. Dans ce domaine classique, c’est la démesure qui surprend. L’artiste moule et agrandit son propre pouce, testant de nouvelles matières, dont la résine, synthétique. Ce pouce, dont un modèle de 6m figure sur la piazza du musée, offrant un avant-goût de l’exposition.

Les expansions suivent, coulées de couleur aux formes étonnantes, doré, noir ou violet. Les dimensions sont, là aussi, impressionnantes. Les enveloppages surprennent et enchantent, une Underwood, un téléphone en bakélite, une paire de souliers pour femme, un ventilateur, des outils, objets du quotidien emballés dans du plexiglas transparent, comme figés dans le temps.

Et le parcours s’achève avec « la Suite Milanaise », 15 compressions de carrosseries d’automobiles Fiat dont les couleurs donnent leur nom aux œuvres et font face à deux compressions plates.

Une rencontre avec l’artiste absolument réjouissante qui lui redonne sa place dans l’histoire.

César habille le Centre Pompidou jusqu’au 26 mars 2018.

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur. Harper Lee

 

 

 

J’ai 8 ans.

Scout, 8 ans, est le conteur et c’est une des particularités de ce roman. Elle a un grand frère – Jem, une nounou – Calpurnia, est élevée par son père – Atticus et aussi un peu par sa tante – Alexandra, qui veut absolument faire d’elle une dame. Une autre particularité est que l’histoire se déroule dans une petite ville d’Alabama à l’époque de la grande dépression, dans les années 1930.
C’est à travers le regard de cette enfant et avec ses mots que nous suivons le procès de Tom, un noir, accusé d’avoir violé une blanche, défendu par son avocat commis d’office, qui n’est autre que le père de Scout.
Incompréhension, tristesse et angoisse se mêlent, mais surtout innocence de l’enfant face aux injustices les plus grandes. Amusement aussi, puisque le procès n’est pas au cœur de l’histoire. Ce que nous suivons, c’est la vie de Scout et ce qui est important pour une enfant de 8 ans, c’est-à-dire, son grand frère protecteur qui entre dans l’adolescence et la laisse perplexe quant à son attitude, son père, son héros, Calpurnia, sa fantastique et dévouée nounou, sa tante, avec laquelle elle n’est jamais d’accord et son étrange et mystérieux voisin.

Je suis entrée dans l’histoire avec des réticences quant au regard de Scout, je n’étais pas sûre d’apprécier de suivre une histoire avec les yeux d’une enfant. Mais au fil des pages, je me suis laissée prendre par les sentiments. Par les personnages et les relations. Par cette innocence et cette naïveté face à l’absurdité du monde et de ses inégalités. Par l’Histoire aussi. Et j’ai compris pourquoi cet « oiseau moqueur » est considéré comme un classique, couronné par les critiques comme par le prix Pulitzer en 1961.

Women House. Monnaie de Paris. Décembre 2017.

Girl Power!

Elles sont 40. Elles viennent des Etats-Unis, du Mexique, d’Iran, de France, du Portugal ou d’Allemagne… Elles ont œuvré dans les années 1920 mais sont aussi nos contemporaines. La Monnaie de Paris leur dédie le palais du 11 quai Conti pour une exposition où l’espace domestique et le féminin dialoguent et se chahutent. Photographie, vidéo, sculpture, collage, tissage… Huit chapitres. 1000m2. Et autant de visions. Humour, puissance, douleur, délicatesse, poésie… Sur tous les tons, ces artistes replacent les femmes au cœur d’une histoire dont elles étaient exclues, les sortant de ce foyer-protecteur-prison.

Les regards décalés de Cindy Sherman et l’humour noir de Birgit Jurgenssen font sourire au premier chapitre « Desperate Housewives ». L’emprisonnement de Martha Rosler et de Lydia Schouten bouscule au chapitre deux « La Maison cette blessure ». Les armoires de Claude Cahun, ou de Kirsten Justesen choquent au chapitre trois inspiré par Virginia Wolf et « une chambre à soi ». Le chapitre quatre et les « Maisons de Poupées » de Penny Slinger et Laurie Simmons effraient un peu. Un glissement poétique se fait sentir au chapitre « Empreintes » et « Construire, c’est se construire ». Le chapitre sept et les « Mobil’Homes » est un peu plus explorateur et engagé. Et l’on arrive au chapitre huit et aux célèbres « Femmes-Maisons » dont les porte-parole sont Nikki de Saint-Phalle et ses Nana et Louise Bourgeois dont la monumentale Spider trône, protectrice et envoûtante, dans le somptueux salon de la Monnaie de Paris. Dans les cours de la Monnaie, sont exposées une « Nana » monumentale et colorée de Nikki de Saint-Phalle, l’impressionnant « salon de coiffure » de Shen Yuan où s’entremêlent fibres de chanvre et œufs, et la délicate prison dorée, intitulée « Théière » de Joana Vasconcelos. La femme est l’avenir de l’homme…

Célébrez les femmes à la Monnaie de Paris jusqu’au 28 janvier 2018.

 

Être moderne. Le Moma à Paris. Fondation Louis Vuitton. Novembre 2017.

Le rêve américain.

Des noms qui claquent comme un cours d’histoire de l’art. Des œuvres comme des légendes. Deschamp. Warhol. Rothko. Sherman. Matisse. Sol LeWitt. Lichtenstein. Magritte. Malevich. Man Ray. Neumann. Kusama, Jasper Johns… Toute la Fondation est dédiée au Moma. Plus de 200 œuvres, en provenance des six départements du musée. Sculptures, peintures, estampes, photographies, films, œuvres numériques, performances, objets d’architecture et de design. Illustrant toutes les facettes des collections du musée américain. Esquissant ainsi un parcours historique.

Ouverture sur la première décennie du MoMa. Edward Hopper, Cézanne, Brancusi, Walker Evans, Pollock, de Kooning. Suit le pop art et les années 1960. Les soupes d’Andy Warhol, le double Elvis du même Warhol, La desperate Housewife de Lichtenstein et les jumelles de Diane Arbus… En haut, Sol LeWitt avec son dessin mural nous accueille. Un peu plus loin, une salle est consacrée au questionnement sur le rôle des femmes à travers le regard de Cindy Sherman. Une pile de bonbons nous attend dans un coin, déposée là par l’artiste Felix Torres Gonzales. Dans une autre salle, Roman Ondak prend la mesure de l’univers et l’on inscrit son nom sur le mur. Un autre mur est consacré, lui, aux 176 Emoji de Shigetaka Kurita.
Le parcours s’achève en musique et en beauté, avec l’art sonore de Janet Cardiff et son motet, moment de recueillement. Un sacré parcours.

Soyez modernes jusqu’au 5 mars 2018, à la Fondation Vuitton.

Malick Sidibe. Mali Twist. Fondation Cartier. Décembre 2017

Le dimanche à Bamako.

Une ambiance de fête nous accueille : une playlist originale a été concoctée spécialement pour l’exposition. Immersion. Sur les murs, la jeunesse du Bamako du début des années 1960 rayonne. Les couples s’enlacent, les danseurs se déhanchent, les garçons et les filles posent, seuls ou en groupe. Tous se prêtent volontiers au jeu et la joie se lit dans tous les regards et sur toutes les attitudes.

La fête se poursuit le long du fleuve Niger et au sous-sol de la Fondation. Spontanéité, humour et joie de vivre sont là, sur toutes les images captées par le photographe malien. Dans son studio, au décor minimaliste, chacun vient poser, sur une moto, avec un sound machine, seul ou en groupe… Malick Sidibe saisit avec justesse les expressions de tous, en gros plans ou en plans plus larges. Un témoignage de cette époque en plus de 250 tirages. Et, pour finir, le studio est reconstitué pour que chacun puisse poursuivre, à sa façon le travail de l’artiste. Une expo qui réchauffe.

Déhanchez-vous à la Fondation Cartier jusqu’au 25/02 2018.

Holy. Carte Blanche à Prune Nourry. Musée Guimet. Mai 2017.

Correspondances.

« La destruction n’est pas une fin en soi ». Prune Nourry compose ce titre en référence à la destruction des statues de Bâmiyân (en Afghanistan) par les talibans en 2001. Et pour illustrer cette réponse, un bouddha de 38 mètres piqué de bâtonnets d’encens réparateurs. Les fragments de ce géant apparaissent au long d’une déambulation au milieu de la collection permanente du Musée Guimet. Les pieds se trouvent dans la cour Khmère, au rez-de-chaussée. Une main au premier étage. Le buste au second. La tête, isolée au centre de la rotonde du dernier étage cueille le visiteur. En y entrant par l’oreille, on y découvre, à la lueur de minuscules diodes rouges, des offrandes funéraires en carton : ordinateurs, machines à laver, trottinette, voitures… Fragmenté mais vertical. Espoir.

En résonance avec la superbe collection permanente du Musée Guimet, les Holy Daughters, et Holy Rivers, projets de Prune Nourry, menés en Inde. L’artiste a réalisé ces divinités hybrides, entre la vache, animal sacré et symbole de fertilité et la fille, vecteur de fertilité, mais non désirée. Questionnements.

Plus loin, les Terracotta Daughters. Dans leurs versions miniatures en porcelaine. L’armée originale de 108 fillettes chinoises en terre cuite est sous terre depuis 2015 en Chine, dans un lieu tenu secret, à l’instar de l’armée de Xian. Il faudra attendre 2030 pour les voir de nouveau. Cette date étant identifiée par les démographes comme l’apogée du déséquilibre hommes–femmes en Chine.

Au sommet du Musée, un film. Où l’on voit le travail de l’artiste et où l’on comprend ses questionnements sur le statut des fillettes dans le monde asiatique. Un parcours qui invite à la contemplation tout autant qu’à la réflexion.

Les divinités de Prune Nourry sont au Musée Guimet jusqu’au 18 septembre 2017.

Tenue correcte exigée ! Quand le vêtement fait scandale. Les Arts décoratifs. Février 2017.

Sapé comme jamais.

Du pantalon pour les femmes à la jupe pour les hommes. De l’extravagance au mauvais goût. Trop court. Trop long. Trop transparent. Trop impudique. Trop coloré… Toute une histoire de la mode, sous l’angle inattendu des « infractions au code vestimentaire en vigueur », du XIVè siècle à nos jours. Une histoire de « fashion faux pas », dont certains sont devenus des classiques. Des virages, engagés avec plus ou moins d’élégance, et toujours autant d’esprit de provocation.

Des messages qui fusent, écrits sur les marches de l’escalier qui mène à l’exposition : « sac à patates » « t’es sapé comme un pingouin » « t’as oublié ta jupe »… Le seuil franchi, c’est un tableau de Cranach l’ancien représentant Adam et Ève qui nous accueille : le vêtement comme punition. Couloir rouge vif, railleries et persifflages soufflés à nos oreilles, miroirs reflétant notre allure à l’infini, et une question qui nous taraude : suis-je dans la norme ?

Des thématiques et des époques, entremêlées comme si le temps ne changeait pas le propos : à chaque temps ses provocations. La première thématique abordée montre l’évolution des codes vestimentaires et des interdits. De la bible aux blogs, des événements de la vie aux jeux de pouvoir. Et des multiples tenues portées à la cour au costume col mao signé Thierry Mugler et porté par Jack Lang.

Plus loin, la question du genre est posée. Comme quoi, elle est loin d’être récente. Depuis Jeanne d’Arc, accusée de porter des vêtements d’homme lors de son procès, aux jupes osées par Jean-Paul Gaultier en 1985, en passant par le smoking et la cigarette de Colette en 1909, puis au look libéré de Gabrielle Chanel et au tailleur-pantalon d’Yves-Saint-Laurent en 1966 qui marque définitivement l’entrée du pantalon dans le vestiaire des femmes.

La troisième thématique montre les excès : coiffures trop hautes au XVIIIè siècle, mini-jupes trop courtes de Courrèges ou Paco Rabanne, baggies trop larges des années 1990… Des extravagances souvent présentées avec humour qui flirtent avec le mauvais goût et la provocation avec plus ou moins de succès.

L’exposition propose aussi des extraits de film (dont le Tramway nommé désir et le Tee-shirt moulant de Marlon Brando), des extraits d’émission, des défilés… Un moment riche, drôle, dynamique qui donne envie de s’habiller. Extravagance…

La tenue correcte est exigée, aux Arts Décoratifs jusqu’au 23 avril 2017.

Picasso – Giacometti. Musée Picasso.

Dialogue.

Deux monstres sacrés. Vingt ans d’écart. Des personnalités aussi charismatiques qu’explosives. Pourtant, un dialogue. Pablo Picasso & Alberto Giacometti sont réunis en un face à face sur deux étages du Musée Picasso.

200 œuvres, huit salles organisées dans un parcours thématique et chronologique en résonance. Dessins, peintures, sculptures. La première salle laisse entrevoir la naissance des deux génies, montrant leurs premiers autoportraits, dans un style réaliste inspiré par l’époque pour ces deux fils d’artistes élevés dans l’atelier de leurs pères respectifs.

Les salles se succèdent, la correspondance entre les deux artistes s’installe : influences lointaines, passage au plan, la vie et la mort, l’amour, le retour au réalisme. Les thèmes sont autant de témoignages de ce dialogue entre les deux titans. La liberté de Picasso grandit, Giacometti s’approprie ce vocabulaire moderne. L’homme qui marche (Giacometti) et Paul en Arlequin (Picasso). Grand nu au fauteuil rouge (Picasso) et la femme égorgée (Giacometti). Le taureau (Picasso) et la tête de cheval (Giacometti). La chèvre (Picasso) et le chien (Giacometti)… L’un dans les rondeurs, l’autre dans la maigreur famélique. L’un dans la couleur, l’autre dans les nuances de gris. L’un semble crier, l’autre est fait de silence.

Dans ce dialogue, l’un des points communs est indéniablement l’incessant travail des deux artistes. Le plaisir que l’on prend à découvrir et redécouvrir leurs chefs d’œuvres est immense… Et toujours cet hôtel salé.

Picasso et Giacometti dialoguent jusqu’au 5 février 2017 au Musée Picasso.

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