La photographie française existe, je l’ai rencontrée. Maison Européenne de la Photographie. Mars 2018.

Hommage.

Plus de trente ans de photographie française. Quarante huit photographes réunis. Des des images fortes, éblouissantes. Une richesse évidente. La réponse de Jean-Luc Monterosso à cette impensable affirmation faite dans les années 1980 par ceux qui « faisaient l’art » aux Etats-Unis et qui prétendaient que la photographie française n’existait pas résonne sur tous les étages de la Maison de la Photo. Une véritable revanche artistique. Une preuve irréfutable. Les reportages de Depardon, l’esthétique choc d’Orlan, les façades d’immeubles de Stéphane Couturier, la poésie de Sarah Moon, l’esthétique kitsch de Pierre & Gilles, l’avant-garde de Bettina Rheims, les voyages de Sebastiao Salgado… L’histoire est racontée dans chaque salle de la MEP, une histoire dont on sait qu’elle est loin d’avoir dit son dernier mot. Merci Monsieur Monterosso pour cette démonstration.

La photographie française est à la MEP jusqu’au 20 mai 2018.

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Une femme au téléphone. Carole Fives.

Charlène au téléphone.

Charlène enchaîne les appels téléphoniques à sa fille et c’est ce qui constitue ce livre : une succession d’appels téléphoniques, comme des appels au secours d’une mère à sa fille. Une mère au bord de la dépression, une mère traversée par la maladie, mais aussi une mère qui ose tout. Qui transgresse les interdits et qui inverse les rôles. Drôle, émouvante, crispante, la voix de Charlène nous fait passer par une palette de sentiments. Et tour à tour, j’ai pris sa place. J’ai eu envie de lui répondre à la place de sa fille. J’ai eu envie de pleurer pour elle. J’ai eu envie de la rencontrer et de boire un verre avec elle… Touchante et toxique. L’un et l’autre. Une mère.

Jim Dine. Paris reconnaissance. Centre Pompidou, mars 2018.

Assemblages et langages

Objets, outils, sculptures, peintures et mots entremêlés, entrelacés. Assemblés. Sculpter, puis, si cela ne suffit pas, ajouter des objets, puis des mots… Et de fil en aiguille, créer autre chose. C’est ainsi que procède Jim Dine et c’est ce l’on voit ici. Des Pinocchio, si semblables et si différents, des Vénus, avec des outils, ou entourées de mots… œuvres au vocabulaire si particulier, jusque dans leur intitulé au son empli de poésie « My Tuxedo Makes an Impressive Blunt Edge to the Light » pour un costume suspendu sur une peinture, Nancy and I at Ithaca (Straw Heart) pour une botte de paille en forme de cœur, « the garden of Eden » pour un paravent… L’artiste raconte une histoire dans chacune de ses œuvres et l’on se laisse emporter par ce parcours plein de surprises. Un vent de poésie souffle sur le Centre Pompidou et sa nouvelle installation permanente.

Les 26 peintures offertes par Jim Dine sont au Centre Pompidou jusqu’au 23 avril 2018.

Sheila Hicks. Lignes de vie. Centre Pompidou, mars 2018.

Doudou.

Couleurs et douceurs. D’immenses lianes aux couleurs éclatantes tombent en cascades du plafond, entremêlant leurs racines au sol. Des ballots géants empilés forment un rocher moelleux rouge et orange, qui donne envie d’y plonger et son reflet dans la vitre le mêle à la vie. Des panneaux de fibres et de pelotes, petits et grands entrelacent leurs couleurs dans un clin d’œil aux jeux de notre enfance. Une joie pleine d’innocence s’installe au gré du parcours et l’on ressort de ce bain de couleurs comme d’une cure de jouvence : le sourire aux lèvres.

Les lignes de vie de Sheila Hicks sont au Centre Pompidou jusqu’au 30 avril 2018.

 

César. La rétrospective. Centre Pompidou, mars 2018.

Pouce.

Pas de chronologie, pas de cloisons. Le 6è étage du Centre Pompidou est entièrement paré de César. La vue est somptueuse, étonnante de classicisme et de modernisme à la fois. L’œil embrasse d’un seul regard les 130 œuvres exposées et les 5 gestes de l’artiste : soudure, compressions, empreintes, expansions et enveloppages.

L’esturgeon sur son piédestal nous (ac)cueille, suivi par l’immense chauve-souris qui projette son ombre sur le mur puis par le bestiaire créé par l’artiste, empruntant la technique du Fer soudé à l’industrie. Plus loin, les compressions captent notre regard, en particulier la Dauphine rouge totalement aplatie qui habille un mur entier. Du véhicule prêt pour la casse à l’œuvre d’art, César Baldaccini franchit le pas avec audace et panache.

Plus loin, au chapitre des Empreintes humaines, se trouvent les moulages réalisés par l’artiste. Dans ce domaine classique, c’est la démesure qui surprend. L’artiste moule et agrandit son propre pouce, testant de nouvelles matières, dont la résine, synthétique. Ce pouce, dont un modèle de 6m figure sur la piazza du musée, offrant un avant-goût de l’exposition.

Les expansions suivent, coulées de couleur aux formes étonnantes, doré, noir ou violet. Les dimensions sont, là aussi, impressionnantes. Les enveloppages surprennent et enchantent, une Underwood, un téléphone en bakélite, une paire de souliers pour femme, un ventilateur, des outils, objets du quotidien emballés dans du plexiglas transparent, comme figés dans le temps.

Et le parcours s’achève avec « la Suite Milanaise », 15 compressions de carrosseries d’automobiles Fiat dont les couleurs donnent leur nom aux œuvres et font face à deux compressions plates.

Une rencontre avec l’artiste absolument réjouissante qui lui redonne sa place dans l’histoire.

César habille le Centre Pompidou jusqu’au 26 mars 2018.

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur. Harper Lee

 

 

 

J’ai 8 ans.

Scout, 8 ans, est le conteur et c’est une des particularités de ce roman. Elle a un grand frère – Jem, une nounou – Calpurnia, est élevée par son père – Atticus et aussi un peu par sa tante – Alexandra, qui veut absolument faire d’elle une dame. Une autre particularité est que l’histoire se déroule dans une petite ville d’Alabama à l’époque de la grande dépression, dans les années 1930.
C’est à travers le regard de cette enfant et avec ses mots que nous suivons le procès de Tom, un noir, accusé d’avoir violé une blanche, défendu par son avocat commis d’office, qui n’est autre que le père de Scout.
Incompréhension, tristesse et angoisse se mêlent, mais surtout innocence de l’enfant face aux injustices les plus grandes. Amusement aussi, puisque le procès n’est pas au cœur de l’histoire. Ce que nous suivons, c’est la vie de Scout et ce qui est important pour une enfant de 8 ans, c’est-à-dire, son grand frère protecteur qui entre dans l’adolescence et la laisse perplexe quant à son attitude, son père, son héros, Calpurnia, sa fantastique et dévouée nounou, sa tante, avec laquelle elle n’est jamais d’accord et son étrange et mystérieux voisin.

Je suis entrée dans l’histoire avec des réticences quant au regard de Scout, je n’étais pas sûre d’apprécier de suivre une histoire avec les yeux d’une enfant. Mais au fil des pages, je me suis laissée prendre par les sentiments. Par les personnages et les relations. Par cette innocence et cette naïveté face à l’absurdité du monde et de ses inégalités. Par l’Histoire aussi. Et j’ai compris pourquoi cet « oiseau moqueur » est considéré comme un classique, couronné par les critiques comme par le prix Pulitzer en 1961.

Women House. Monnaie de Paris. Décembre 2017.

Girl Power!

Elles sont 40. Elles viennent des Etats-Unis, du Mexique, d’Iran, de France, du Portugal ou d’Allemagne… Elles ont œuvré dans les années 1920 mais sont aussi nos contemporaines. La Monnaie de Paris leur dédie le palais du 11 quai Conti pour une exposition où l’espace domestique et le féminin dialoguent et se chahutent. Photographie, vidéo, sculpture, collage, tissage… Huit chapitres. 1000m2. Et autant de visions. Humour, puissance, douleur, délicatesse, poésie… Sur tous les tons, ces artistes replacent les femmes au cœur d’une histoire dont elles étaient exclues, les sortant de ce foyer-protecteur-prison.

Les regards décalés de Cindy Sherman et l’humour noir de Birgit Jurgenssen font sourire au premier chapitre « Desperate Housewives ». L’emprisonnement de Martha Rosler et de Lydia Schouten bouscule au chapitre deux « La Maison cette blessure ». Les armoires de Claude Cahun, ou de Kirsten Justesen choquent au chapitre trois inspiré par Virginia Wolf et « une chambre à soi ». Le chapitre quatre et les « Maisons de Poupées » de Penny Slinger et Laurie Simmons effraient un peu. Un glissement poétique se fait sentir au chapitre « Empreintes » et « Construire, c’est se construire ». Le chapitre sept et les « Mobil’Homes » est un peu plus explorateur et engagé. Et l’on arrive au chapitre huit et aux célèbres « Femmes-Maisons » dont les porte-parole sont Nikki de Saint-Phalle et ses Nana et Louise Bourgeois dont la monumentale Spider trône, protectrice et envoûtante, dans le somptueux salon de la Monnaie de Paris. Dans les cours de la Monnaie, sont exposées une « Nana » monumentale et colorée de Nikki de Saint-Phalle, l’impressionnant « salon de coiffure » de Shen Yuan où s’entremêlent fibres de chanvre et œufs, et la délicate prison dorée, intitulée « Théière » de Joana Vasconcelos. La femme est l’avenir de l’homme…

Célébrez les femmes à la Monnaie de Paris jusqu’au 28 janvier 2018.

 

Être moderne. Le Moma à Paris. Fondation Louis Vuitton. Novembre 2017.

Le rêve américain.

Des noms qui claquent comme un cours d’histoire de l’art. Des œuvres comme des légendes. Deschamp. Warhol. Rothko. Sherman. Matisse. Sol LeWitt. Lichtenstein. Magritte. Malevich. Man Ray. Neumann. Kusama, Jasper Johns… Toute la Fondation est dédiée au Moma. Plus de 200 œuvres, en provenance des six départements du musée. Sculptures, peintures, estampes, photographies, films, œuvres numériques, performances, objets d’architecture et de design. Illustrant toutes les facettes des collections du musée américain. Esquissant ainsi un parcours historique.

Ouverture sur la première décennie du MoMa. Edward Hopper, Cézanne, Brancusi, Walker Evans, Pollock, de Kooning. Suit le pop art et les années 1960. Les soupes d’Andy Warhol, le double Elvis du même Warhol, La desperate Housewife de Lichtenstein et les jumelles de Diane Arbus… En haut, Sol LeWitt avec son dessin mural nous accueille. Un peu plus loin, une salle est consacrée au questionnement sur le rôle des femmes à travers le regard de Cindy Sherman. Une pile de bonbons nous attend dans un coin, déposée là par l’artiste Felix Torres Gonzales. Dans une autre salle, Roman Ondak prend la mesure de l’univers et l’on inscrit son nom sur le mur. Un autre mur est consacré, lui, aux 176 Emoji de Shigetaka Kurita.
Le parcours s’achève en musique et en beauté, avec l’art sonore de Janet Cardiff et son motet, moment de recueillement. Un sacré parcours.

Soyez modernes jusqu’au 5 mars 2018, à la Fondation Vuitton.

Malick Sidibe. Mali Twist. Fondation Cartier. Décembre 2017

Le dimanche à Bamako.

Une ambiance de fête nous accueille : une playlist originale a été concoctée spécialement pour l’exposition. Immersion. Sur les murs, la jeunesse du Bamako du début des années 1960 rayonne. Les couples s’enlacent, les danseurs se déhanchent, les garçons et les filles posent, seuls ou en groupe. Tous se prêtent volontiers au jeu et la joie se lit dans tous les regards et sur toutes les attitudes.

La fête se poursuit le long du fleuve Niger et au sous-sol de la Fondation. Spontanéité, humour et joie de vivre sont là, sur toutes les images captées par le photographe malien. Dans son studio, au décor minimaliste, chacun vient poser, sur une moto, avec un sound machine, seul ou en groupe… Malick Sidibe saisit avec justesse les expressions de tous, en gros plans ou en plans plus larges. Un témoignage de cette époque en plus de 250 tirages. Et, pour finir, le studio est reconstitué pour que chacun puisse poursuivre, à sa façon le travail de l’artiste. Une expo qui réchauffe.

Déhanchez-vous à la Fondation Cartier jusqu’au 25/02 2018.

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