Junya Ishigami. Freeing architecture. Fondation Cartier. Avril 2018.

Poésie architecturale.

Lumière et délicatesse, nature et transparences. Junya Ishigami déploie avec minutie et précision des maquettes créées in situ. Œuvres à part entière. Comme un écho au bâtiment iconique de Jean Nouvel. Chaque salle de l’exposition évoque un paysage. Et partout, la nature. Omniprésente respiration.

Ici, gigantesque et reproduite au 1/10è, une chapelle toute en hauteur, semblant surgir de terre et épousant les courbes de la vallée qui l’entoure, harmonieusement. Là, une promenade d’un kilomètre, se frayant un passage au beau milieu d’un lac artificiel. Et ses minuscules personnages de papier, dialoguant avec humour. Plus loin, une maison-jardin, dont une partie du sol du rez-de-chaussée est en terre et plantée de végétation, créant ainsi un rapport intérieur / extérieur totalement inversé, accordé au rythme des saisons.
Et que dire de la House of Peace ? Ce monument conçu à la fois comme un symbole de paix et un espace de réflexion et de méditation. Il prend la forme d’un nuage qui semble flotter sur l’eau : la mer y fait office de sol et le nuage de toit. L’entrée souterraine  mène à une plateforme cernée par la mer. Une barque permet au visiteur de se promener sous la voûte de béton blanc, où la lumière se reflète sur la surface de l’eau. Par absorption de la chaleur du soleil, le bâtiment reste agréable été comme hiver, sans aucun autre système de chauffage.

Plus loin, des projets autour de l’enfance. Le Cloud Garden, aire de jeux où des nuages de béton blanc disposés entre différents piliers laissent imaginer que l’on grimpe vers le ciel, chevauchant à travers un paysage de coton et partout, la lumière. Le Kids Park, où Junya Ishigami adopte le point de vue de l’enfant : un chien se transforme en un vaste toit, un ours devient un dôme, et la bouche ouverte d’un hippopotame prend l’allure d’une grotte. Un monde qui joue avec les dimensions et développe l’imaginaire de ses petits visiteurs.

Entre évidence et simplicité, la poésie des projets de Junya Ishigami passe sous silence une maîtrise technique incroyable tant dans leur conception que dans leur mise en œuvre. Qu’il s’agisse de dévoiler et de magnifier les fondations d’un musée pour l’agrandir ou de faire disparaître toute colonne d’un bâtiment de verre, le rendant quasiment transparent (Park Groot Vijversburg Visiter Center). Chacun des projets cache une véritable réflexion sur la place de l’Homme au sein de l’architecture et de la nature.

Un vent de liberté architecturale souffle sur la Fondation Cartier, jusqu’au 9 septembre 2018.

 

 

 

Holy. Carte Blanche à Prune Nourry. Musée Guimet. Mai 2017.

Correspondances.

« La destruction n’est pas une fin en soi ». Prune Nourry compose ce titre en référence à la destruction des statues de Bâmiyân (en Afghanistan) par les talibans en 2001. Et pour illustrer cette réponse, un bouddha de 38 mètres piqué de bâtonnets d’encens réparateurs. Les fragments de ce géant apparaissent au long d’une déambulation au milieu de la collection permanente du Musée Guimet. Les pieds se trouvent dans la cour Khmère, au rez-de-chaussée. Une main au premier étage. Le buste au second. La tête, isolée au centre de la rotonde du dernier étage cueille le visiteur. En y entrant par l’oreille, on y découvre, à la lueur de minuscules diodes rouges, des offrandes funéraires en carton : ordinateurs, machines à laver, trottinette, voitures… Fragmenté mais vertical. Espoir.

En résonance avec la superbe collection permanente du Musée Guimet, les Holy Daughters, et Holy Rivers, projets de Prune Nourry, menés en Inde. L’artiste a réalisé ces divinités hybrides, entre la vache, animal sacré et symbole de fertilité et la fille, vecteur de fertilité, mais non désirée. Questionnements.

Plus loin, les Terracotta Daughters. Dans leurs versions miniatures en porcelaine. L’armée originale de 108 fillettes chinoises en terre cuite est sous terre depuis 2015 en Chine, dans un lieu tenu secret, à l’instar de l’armée de Xian. Il faudra attendre 2030 pour les voir de nouveau. Cette date étant identifiée par les démographes comme l’apogée du déséquilibre hommes–femmes en Chine.

Au sommet du Musée, un film. Où l’on voit le travail de l’artiste et où l’on comprend ses questionnements sur le statut des fillettes dans le monde asiatique. Un parcours qui invite à la contemplation tout autant qu’à la réflexion.

Les divinités de Prune Nourry sont au Musée Guimet jusqu’au 18 septembre 2017.

Poésie brésilienne.

Marcel Gautherot. Brésil : tradition, invention. Maison Européenne de la Photographie. Juin 2016.

Pureté des lignes, équilibre des courbes, maîtrise des ombres. Claque visuelle.
Qu’il photographie la nature, les hommes ou l’architecture, Marcel Gautherot compose ses images avec un sens esthétique d’une égale perfection. Sublime. Touchant. Rare. L’émotion est palpable dans les salles de la MEP. Arrêt sur image. Sur chaque image.

La nature d’abord. La forêt amazonienne. Inondée, saisissante de beauté. Gautherot joue avec la lumière qui se reflète sur l’eau.

Les hommes aussi. Fêtes populaires brésiliennes ou pêcheurs. Les images de danse, les expressions sur les visages, racontent une histoire. Comme ces corps tendus en un seul mouvement, sur la plage, tirant dans un même effort sur une corde. Ces deux femmes, debout, mains sur les hanches, regardant dans la même direction. Ou ces hommes aux chapeaux, qui se protègent les yeux dans un même geste. Que dire de la série des pêcheurs ? Ces portraits serrés, qui montrent les visages burinés où chaque ride décrit une vie. Ces images où cordages et voiles se jouent des silhouettes de pêcheurs qui semblent soudain posées pour créer le décor. Et toujours ce soleil de midi.

L’architecture enfin. Les lignes et les arrondis, posés sur les images, avec une perfection flirtant avec l’irréel. Images stupéfiantes, bouleversantes de beauté. Que l’on pourrait passer des heures à scruter point par point. Silhouettes réduites, minuscules face à l’immense architecture naissante. Reflets maîtrisés reproduisant les courbes parfaites des constructions. Murs d’un blanc immaculé qui se dressent, imparables. Coupoles inversées esquissant une danse dans les airs. Gautherot sublime l’architecture d’une Brasilia à l’aube d’une nouvelle vie, en pleine construction, œuvre d’Oscar Niemeyer. Irrésistible.

Ne ratez pas Marcel Gautherot jusqu’au 28 août 2016, à la Maison Européenne de la Photographie.

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