Fenêtre sur l’Afrique.

Studio Portrait(s). Malick Sidibé / Omar Victor Diop. Galerie du Jour Agnès B. Février 2016.

Quasiment 50 ans d’écart. Noir & Blanc contre couleurs. Le Mali face au Sénégal.

Malick Sidibé, d’abord. L’un des pionniers avec Seydou Keïta à se lancer dans l’art du portrait et à en réinventer les règles. Ses portraits de la jeunesse africaine des années 1960 sont empreints d’une esthétique décontractée et nous invitent dans les soirées du Bamako de l’époque. Avec ses yéyés, ses sapeurs, sa frime. Des images qui prennent vie grâce au regard de celui qui est surnommé « l’œil de Bamako ». L’effervescence de la vie culturelle malienne de l’époque explose sur tous ses clichés. Et avec elle, l’insouciance, la spontanéité, la simplicité et la joie de vivre. Devant un scooter, une voiture, sur leur 31 ou en slip de bain, le « tout Bamako » pose devant l’objectif : l’élégance et la grâce sont au rendez-vous.

Changement de salle. Couleurs. Omar Victor Diop apporte son regard sur la jeunesse Dakaroise d’aujourd’hui et questionne par la même occasion le rôle du photographe. Ceux qu’il a photographiés dans sa série intitulée « Studio des vanités » exposée ici, font partie de la scène culturelle sénégalaise d’aujourd’hui. Tous nés dans les années 1980, ils sont compositeurs, journalistes, musiciens, acteurs… et ont choisi leur mise en scène avec lui. Ils transmettent leur vision autant que celle du photographe et l’on ne sait plus qui regarde qui.  Sophistiquées, à la frontière entre peinture et photographie, les images à l’esthétique pop dégagent une force de vie et d’envie qui éclate tout autant que les couleurs.

Un face à face qui transmet l’âme de la jeunesse africaine et montre l’évolution et le bouillonnement créatif de l’Afrique de l’Ouest. Niedem.

 

Les saveurs de l’Afrique sont à la Galerie du Jour Agnès B jusqu’au 19 mars 2016.

Magique Afrique.

Beauté Congo – 1926-2015 – Congo Kitoko. Fondation Cartier. Juillet 2015.

90 ans d’art moderne et contemporain. Peinture, architecture, photographie, vidéo, musique, l’exposition Beauté Congo est placée sous le signe de la profusion et de la diversité. Plus de 300 œuvres font éclater sous nos yeux une effervescence créative saisissante de liberté, d’humour, d’engagement… et de beauté. « Congo Kitoko ».

Sur des rythmes de merengue, de rumba, de jazz ou de funk diffusés par les installations disposées dans chacune des salles de la Fondation, le parcours remonte le temps. De la « jeune génération » aux précurseurs Albert et Antoinette Lubaki découverts dans les années 1920 par Georges Thiry.

Des yeux immenses et pleins de surprise, des gants de boxe et des couleurs explosives nous cueillent dès l’entrée. La série de toiles patchwork réalisées par l’artiste Steve Bandoma en 2014 s’intitulent « Cassius Clay », aussi connu sous le nom de Mohamed Ali, boxeur qui a fait sa réputation lors d’un combat de titan face à Georges Foreman en 1974. Le boxeur légendaire a marqué les esprits et nous le croiserons encore plusieurs fois.

Dans la même salle, les oniriques images réalisées dans les flaques d’eau par Kiripi Katembo intriguent avant de fasciner alors que Sammy Baloji questionne l’histoire de ses photos-montages, confrontant l’histoire coloniale belge à l’histoire contemporaine du Congo.

Sans transition et avec une ellipse, la salle suivante nous embarque dans les années 1970 avec Moke, J-P Mika, Pierre Bodo, Chéri Cherin, Chéri Samba… tous ces artistes que Chéri Samba a lui-même nommés « peintres populaires ». Inspirés par la vie quotidienne à Kinshasa, ils peignent à  grands coups de couleurs vives et d’humour des toiles engagées pour raconter l’amour, le sexe, la SAPE (Société des Ambianceurs et des Personnes Elégantes), les moustiques et la politique, accrochant parfois sur leurs peintures des mots bien choisis pour souligner leurs propos. Des œuvres d’une spontanéité et d’une franchise toutes percutantes.

Au sous-sol, les mégalopoles impressionnantes aux couleurs vitaminées de Bodys Isek Kingelez nous embarquent dans le futur alors que les photographies en noir & blanc de Jean Depara nous transportent dans les nuits kinoises des années 1950 – 1960. Frime, dandys, musiciens et voyous nous séduisent. Le temps remonte encore avec « les précurseurs » et leur talent inouï pour dépeindre avec trois fois rien nature et vie quotidienne.

Le parcours est terminé, le temps est suspendu… mais dans le jardin, ce dimanche, la musique actuelle du Congo nous fait vibrer avec un concert du groupe Kasaï All Stars. Là encore, c’est Kitoko !

Voyagez au Congo à la Fondation Cartier jusqu’au 15 novembre 2015.

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