Subodh Gupta. Adda / Rendez-vous. Monnaie de Paris.

De l’eau, du pain et des casseroles.

Entre quotidien et merveilleux. Entre monumental et miniature. Le parcours de cette exposition monographique débute dans les cours de la Monnaie de Paris. People tree nous accueille. Ce banian, l’arbre le plus courant en Inde est entièrement fait d’acier, ses feuilles sont en ustensiles de cuisine. Comme si les objets du quotidien avaient pris le pas sur le vivant. Une autre cour, une autre œuvre : Adda, qui a donné son nom à l’exposition. Des colonnes, symboles des places publiques, habillées elles aussi d’objets en acier, miniatures d’ustensiles de cuisine, d’où s’échappent des sons de conversation. Un rendez-vous entre amis, pour converser, dialoguer. Plus loin, une Ambassador Car, transformée par l’artiste. Le véhicule, que l ‘artiste a intitulé Doot est coulé en aluminium, passant du statut de voiture populaire à celui d’œuvre d’art.

En haut des escaliers d’honneur, un pot en bronze transformé en corne d’abondance déverse une multitude d’objets, poêles à frire, outils et autres cordages. Et le début du parcours dans les salons du palais de Conti est marqué par un verre en inox, posé sur un escabeau de bois et rempli d’eau au ras bord. Marque de bienvenue en Inde, l’objet se trouve sur le passage vers l’enfilade de pièces de l’étage. Au centre du Salon Dupré, le Very hungry god. L’œuvre la plus connue de l’artiste, crâne monumental réalisé avec un assemblage d’ustensiles de cuisine. Impressionnant.

Plus loin, la dualité entre le quotidien et le merveilleux se joue de nouveau avec There is always cinema, où l’artiste présente par paires les vestiges d’un cinéma abandonné et leur reproduction en acier. Ainsi les projecteurs, bobines, pellicules, et même les toilettes du projectionniste. Une charge émotionnelle toute nostalgique.

Les Dieux sont dans la cuisine parle de nourriture, au cœur de l’œuvre de Subodh Gupta, comme la cuisine l’est dans les foyers indiens. Assemblés, juxtaposés, coulés, placés sur des tables ou sur des plateaux tournant. Les ustensiles de cuisine, omniprésents, clinquant, montrent différents visages de la culture indienne.

Le départ, l’exil est aussi un thème abordé dans le parcours. Avec Two cows, les deux vélos, qui évoquent la distribution du lait. Ou Jal Hein Kumbh, Kumbh Mein Jal Hai, où des pots, symbole du corps humain, débordent d’une barque, symbole de migration.

Une exposition rutilante, qui dialogue avec l’ADN de la Monnaie de Paris, qui travaille monnaie et métaux précieux depuis plus de mille ans.

Rendez-vous pour converser avec Subodh Gupta à la Monnaie de Paris jusqu’au 26 août 2018.

 

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Au diapason du monde, la collection, nouvelle sélection. Fondation Louis Vuitton. Avril 2018.

 

Mais où et donc or ni car.
(Une déambulation commencée par le sous-sol, puis le niveau 0, puis le 1er et enfin le 2ème étage)

D’abord il y a le corps. L’homme qui chavire. Trois hommes qui marchent. Buste d’homme assis. Grande femme II. Femme de Venise III. Giacometti et ses sculptures filiformes, pour preuve de sa fragilité. De sa vulnérabilité. Un corps virtuel, hologramme, qui prend l’apparence de Fitzcarraldo par la volonté de Dominique Gonzales-Foerster. Un corps en papier découpé par Henri Matisse, dans Nu bleu aux bas verts. Ou celle d’empreintes, bleues évidemment, dans l’anthropométrie d’Yves Klein. Pierre Huygue nous montre un singe vêtu comme une petite fille, et portant un masque Nô qui déambule dans un restaurant déserté de Fukushima et de l’Homme ne reste que l’apparence. Maurizio Cattelan nous parle de clonage, et multiplie sur tout un mur la reproduction miniature de son autoportrait en latex dans Spermini (1997).
(Et aussi… Giovanni Anselmo, Maurizio Cattelan, Ian Cheng, Andrea Crespo, Alberto Giacometti, Dominique Gonzalez-Foerster, Pierre Huyghe, Yves Klein, Mark Leckey, Henri Matisse, Philippe Parreno, Bunny Rogers et Kiki Smith.)

Ensuite, vient le désir d’immortalité. Là, infiniment… Des œuvres mythiques comme éternelle inspiration. Et du David de Michel-Ange ne restent que les jambes, sculpture en marbre monumentale d’Adrian Villar Rojas. Vestige d’un monde post-apocalyptique. La Baignade à Asnières de Georges Seurat (1884) a inspiré Wilhelm Sasnal, mêlant la petite et la grande Histoire. Cyprien Gaillard interprète la musique d’Alton Ellis I was born a winner et sur un lancinant refrain devenu I was born a loser, propose Nightlife, un film en 3D et en quatre séquences. Musique et film, passé et présent. Hypnotique expérience immersive.

Puis, vient l’illumination, la vie. Irradiances. Un unique néon, fluorescent, vertical, vert. Et son halo lumineux qui se propage tout autour. Diffusant une énergie unique. C’est l’œuvre de Dan Flavin (1963) qui a inspiré le titre de ce chapitre de l’exposition. Autour, Halo et Is de James Lee Byars, associent l’or, métal précieux aux minéraux (cuivre et marbre), en quête d’une forme parfaite. Et toujours le bleu d’Yves Klein, avec le Monochrome et les éponges.
Après, de Christian Boltanski se déploie sur un mur, ampoules rouges et fils noirs. Complétant la projection de Animitas, film de 2014, plan fixe tourné en temps réel dans le désert d’Atacama au Chili. Alors que l’Avalanche (2006) de François Morellet,  avec ses néons bleus à la lumière glacée, évoque aussi bien l’ordre que le chaos.
(Et aussi… Matthew Barney, Mark Bradford, Christian Boltanski, Trisha Donnelly, Dan Flavin, Jacqueline Humphries, Pierre Huyghe, Yves Klein, James Lee Byars, François Morellet, Sigmar Polke, Gerhard Richter, Shimabuku et Anicka Yi.)

Enfin, Takashi Murakami nous offre un voyage immersif dans son univers. Trois ensembles composés par l’artiste, et des films d’animation. Mr DOB, un espace Kawaii et The Octopus Eats Its Own Leg. Une plongée dans un monde à part, à la fois sombre et fantastique, où la culture populaire se mêle à l’iconographie bouddhique et manga. Entre manga, tradition et modernité. Entre Orient et Occident. Technique ancestrale et technologie de pointe.

Un parcours d’une immense richesse dont on ressort avec un immense sourire « trop mignon ».

Soyez Au diapason du monde, à la Fondation Louis Vuitton jusqu’au 27 août 2018.

 

 

 

 

Junya Ishigami. Freeing architecture. Fondation Cartier. Avril 2018.

Poésie architecturale.

Lumière et délicatesse, nature et transparences. Junya Ishigami déploie avec minutie et précision des maquettes créées in situ. Œuvres à part entière. Comme un écho au bâtiment iconique de Jean Nouvel. Chaque salle de l’exposition évoque un paysage. Et partout, la nature. Omniprésente respiration.

Ici, gigantesque et reproduite au 1/10è, une chapelle toute en hauteur, semblant surgir de terre et épousant les courbes de la vallée qui l’entoure, harmonieusement. Là, une promenade d’un kilomètre, se frayant un passage au beau milieu d’un lac artificiel. Et ses minuscules personnages de papier, dialoguant avec humour. Plus loin, une maison-jardin, dont une partie du sol du rez-de-chaussée est en terre et plantée de végétation, créant ainsi un rapport intérieur / extérieur totalement inversé, accordé au rythme des saisons.
Et que dire de la House of Peace ? Ce monument conçu à la fois comme un symbole de paix et un espace de réflexion et de méditation. Il prend la forme d’un nuage qui semble flotter sur l’eau : la mer y fait office de sol et le nuage de toit. L’entrée souterraine  mène à une plateforme cernée par la mer. Une barque permet au visiteur de se promener sous la voûte de béton blanc, où la lumière se reflète sur la surface de l’eau. Par absorption de la chaleur du soleil, le bâtiment reste agréable été comme hiver, sans aucun autre système de chauffage.

Plus loin, des projets autour de l’enfance. Le Cloud Garden, aire de jeux où des nuages de béton blanc disposés entre différents piliers laissent imaginer que l’on grimpe vers le ciel, chevauchant à travers un paysage de coton et partout, la lumière. Le Kids Park, où Junya Ishigami adopte le point de vue de l’enfant : un chien se transforme en un vaste toit, un ours devient un dôme, et la bouche ouverte d’un hippopotame prend l’allure d’une grotte. Un monde qui joue avec les dimensions et développe l’imaginaire de ses petits visiteurs.

Entre évidence et simplicité, la poésie des projets de Junya Ishigami passe sous silence une maîtrise technique incroyable tant dans leur conception que dans leur mise en œuvre. Qu’il s’agisse de dévoiler et de magnifier les fondations d’un musée pour l’agrandir ou de faire disparaître toute colonne d’un bâtiment de verre, le rendant quasiment transparent (Park Groot Vijversburg Visiter Center). Chacun des projets cache une véritable réflexion sur la place de l’Homme au sein de l’architecture et de la nature.

Un vent de liberté architecturale souffle sur la Fondation Cartier, jusqu’au 9 septembre 2018.

 

 

 

Jim Dine. Paris reconnaissance. Centre Pompidou, mars 2018.

Assemblages et langages

Objets, outils, sculptures, peintures et mots entremêlés, entrelacés. Assemblés. Sculpter, puis, si cela ne suffit pas, ajouter des objets, puis des mots… Et de fil en aiguille, créer autre chose. C’est ainsi que procède Jim Dine et c’est ce l’on voit ici. Des Pinocchio, si semblables et si différents, des Vénus, avec des outils, ou entourées de mots… œuvres au vocabulaire si particulier, jusque dans leur intitulé au son empli de poésie « My Tuxedo Makes an Impressive Blunt Edge to the Light » pour un costume suspendu sur une peinture, Nancy and I at Ithaca (Straw Heart) pour une botte de paille en forme de cœur, « the garden of Eden » pour un paravent… L’artiste raconte une histoire dans chacune de ses œuvres et l’on se laisse emporter par ce parcours plein de surprises. Un vent de poésie souffle sur le Centre Pompidou et sa nouvelle installation permanente.

Les 26 peintures offertes par Jim Dine sont au Centre Pompidou jusqu’au 23 avril 2018.

César. La rétrospective. Centre Pompidou, mars 2018.

Pouce.

Pas de chronologie, pas de cloisons. Le 6è étage du Centre Pompidou est entièrement paré de César. La vue est somptueuse, étonnante de classicisme et de modernisme à la fois. L’œil embrasse d’un seul regard les 130 œuvres exposées et les 5 gestes de l’artiste : soudure, compressions, empreintes, expansions et enveloppages.

L’esturgeon sur son piédestal nous (ac)cueille, suivi par l’immense chauve-souris qui projette son ombre sur le mur puis par le bestiaire créé par l’artiste, empruntant la technique du Fer soudé à l’industrie. Plus loin, les compressions captent notre regard, en particulier la Dauphine rouge totalement aplatie qui habille un mur entier. Du véhicule prêt pour la casse à l’œuvre d’art, César Baldaccini franchit le pas avec audace et panache.

Plus loin, au chapitre des Empreintes humaines, se trouvent les moulages réalisés par l’artiste. Dans ce domaine classique, c’est la démesure qui surprend. L’artiste moule et agrandit son propre pouce, testant de nouvelles matières, dont la résine, synthétique. Ce pouce, dont un modèle de 6m figure sur la piazza du musée, offrant un avant-goût de l’exposition.

Les expansions suivent, coulées de couleur aux formes étonnantes, doré, noir ou violet. Les dimensions sont, là aussi, impressionnantes. Les enveloppages surprennent et enchantent, une Underwood, un téléphone en bakélite, une paire de souliers pour femme, un ventilateur, des outils, objets du quotidien emballés dans du plexiglas transparent, comme figés dans le temps.

Et le parcours s’achève avec « la Suite Milanaise », 15 compressions de carrosseries d’automobiles Fiat dont les couleurs donnent leur nom aux œuvres et font face à deux compressions plates.

Une rencontre avec l’artiste absolument réjouissante qui lui redonne sa place dans l’histoire.

César habille le Centre Pompidou jusqu’au 26 mars 2018.

Être moderne. Le Moma à Paris. Fondation Louis Vuitton. Novembre 2017.

Le rêve américain.

Des noms qui claquent comme un cours d’histoire de l’art. Des œuvres comme des légendes. Deschamp. Warhol. Rothko. Sherman. Matisse. Sol LeWitt. Lichtenstein. Magritte. Malevich. Man Ray. Neumann. Kusama, Jasper Johns… Toute la Fondation est dédiée au Moma. Plus de 200 œuvres, en provenance des six départements du musée. Sculptures, peintures, estampes, photographies, films, œuvres numériques, performances, objets d’architecture et de design. Illustrant toutes les facettes des collections du musée américain. Esquissant ainsi un parcours historique.

Ouverture sur la première décennie du MoMa. Edward Hopper, Cézanne, Brancusi, Walker Evans, Pollock, de Kooning. Suit le pop art et les années 1960. Les soupes d’Andy Warhol, le double Elvis du même Warhol, La desperate Housewife de Lichtenstein et les jumelles de Diane Arbus… En haut, Sol LeWitt avec son dessin mural nous accueille. Un peu plus loin, une salle est consacrée au questionnement sur le rôle des femmes à travers le regard de Cindy Sherman. Une pile de bonbons nous attend dans un coin, déposée là par l’artiste Felix Torres Gonzales. Dans une autre salle, Roman Ondak prend la mesure de l’univers et l’on inscrit son nom sur le mur. Un autre mur est consacré, lui, aux 176 Emoji de Shigetaka Kurita.
Le parcours s’achève en musique et en beauté, avec l’art sonore de Janet Cardiff et son motet, moment de recueillement. Un sacré parcours.

Soyez modernes jusqu’au 5 mars 2018, à la Fondation Vuitton.

Holy. Carte Blanche à Prune Nourry. Musée Guimet. Mai 2017.

Correspondances.

« La destruction n’est pas une fin en soi ». Prune Nourry compose ce titre en référence à la destruction des statues de Bâmiyân (en Afghanistan) par les talibans en 2001. Et pour illustrer cette réponse, un bouddha de 38 mètres piqué de bâtonnets d’encens réparateurs. Les fragments de ce géant apparaissent au long d’une déambulation au milieu de la collection permanente du Musée Guimet. Les pieds se trouvent dans la cour Khmère, au rez-de-chaussée. Une main au premier étage. Le buste au second. La tête, isolée au centre de la rotonde du dernier étage cueille le visiteur. En y entrant par l’oreille, on y découvre, à la lueur de minuscules diodes rouges, des offrandes funéraires en carton : ordinateurs, machines à laver, trottinette, voitures… Fragmenté mais vertical. Espoir.

En résonance avec la superbe collection permanente du Musée Guimet, les Holy Daughters, et Holy Rivers, projets de Prune Nourry, menés en Inde. L’artiste a réalisé ces divinités hybrides, entre la vache, animal sacré et symbole de fertilité et la fille, vecteur de fertilité, mais non désirée. Questionnements.

Plus loin, les Terracotta Daughters. Dans leurs versions miniatures en porcelaine. L’armée originale de 108 fillettes chinoises en terre cuite est sous terre depuis 2015 en Chine, dans un lieu tenu secret, à l’instar de l’armée de Xian. Il faudra attendre 2030 pour les voir de nouveau. Cette date étant identifiée par les démographes comme l’apogée du déséquilibre hommes–femmes en Chine.

Au sommet du Musée, un film. Où l’on voit le travail de l’artiste et où l’on comprend ses questionnements sur le statut des fillettes dans le monde asiatique. Un parcours qui invite à la contemplation tout autant qu’à la réflexion.

Les divinités de Prune Nourry sont au Musée Guimet jusqu’au 18 septembre 2017.

La trahison des images, Magritte, Centre Pompidou. Novembre 2016

Ceci n’est pas une exposition.

Des images et des mots. De la peinture et de la poésie. De la philosophie et des mythes. La rétrospective Magritte au Centre Pompidou est tout cela à la fois.

Une centaine d’œuvres. Cinq espaces pour les cinq motifs composés à l’infini par Magritte : les rideaux, les mots, les flammes, les ombres et les corps morcelés. En vis-à-vis des motifs, le parcours nous propose de revisiter les mythes fondateurs de l’histoire de la peinture, de la caverne de Platon à l’idôlatrie du veau d’or. Un verre d’eau posé sur un parapluie ouvert, un cheval de course filant à toute allure sur le toit d’une voiture, une pipe qui déclare ne pas en être une, une pomme qui n’est pas une pomme, un cheval qui se prend pour une porte, une pendule qui dit être le vent… Des « problèmes » auxquels l’artiste répond par des « propositions », mettant l’accent sur le sens des mots, leurs représentations… Offrant à nos yeux des morceaux de poésie qui nous portent tout au long du parcours.

 

La trahison des images est au Centre Pompidou jusqu’au 23 janvier.

Carte Blanche à Tino Sehgal. Palais de Tokyo.

Immatériel. Octobre 2016.

Presque rien à voir, et pourtant… Passé le rideau de perles, œuvre de Felix Gonzales Torres, tout commence.

Les yeux se perdent dans un décor de Daniel Buren, canopée de disques de couleurs et colonnes à rayures noires et blanches. Sur le plateau, du monde… Pas le temps. Quelqu’un vient nous voir et nous questionne « Qu’est-ce que l’énigme ? L’énigme est ceci, l’énigme est cela, qu’est-ce que l’énigme ? ». Les enfants rient, je me prends au jeu. Nous répondons, notre hôte esquisse une petite danse et nous indique une direction. Et si nous avions donné une autre réponse, la direction aurait-elle été différente ? Et la danse ? Et les autres « poseurs de questions », formulent-ils la même demande ?

Les 13000m2 du Palais n’ont jamais été aussi vides d’œuvres et aussi pleins de monde. En bas, la première situation « These associations » met en place une cinquantaine de personnes. Assis, debout, marchant dans l’immense espace blanc, ils parlent à voix haute dans une langue que l’on ne comprend pas forcément, abordent les visiteurs mais pas toujours. Secte ? Armée de zombies ? Pourquoi ne m’abordent-ils pas ? Pourquoi m’abordent-ils ? Disent-ils tous les même chose ? À qui ? Malaise. Intrigue.

Plus loin, une pièce plongée dans le noir. La situation se nomme « This variation ». Des voix chantent en chœur, des corps dansent… L’angoisse ressentie à l’approche cède rapidement la place au plaisir. Les enfants ont peur. La lumière s’allume, nous poursuivons notre déambulation.

Au plus bas niveau, une œuvre de James Coleman, « Box ». La lumière stroboscopique projette sur grand écran des scènes d’un match de boxe, dont on entend les coups. Éprouvant.

Plus loin, un petit couloir, une autre pièce. Des hommes regardent leurs pieds et font face au mur, se détachant ainsi des visiteurs. Ils psalmodient « The objective of this work is to become the object of satisfaction »… L’un d’entre eux, à l’entrée, bouche le passage et, regardant ses pieds, fait de tout petits pas en avant, en arrière, se cogne aux visiteurs… Troublant.

Etage supérieur, « The Progress ». Un enfant nous prend par la main, entraînant un jeune couple avec nous, et nous demande « qu’est-ce que le progrès ? ». Nous marchons ensemble, il continue de nous questionner. Une jeune fille prend sa place. Puis, une femme d’une trentaine d’années. Avec elle, nous parlons de fessée et d’éducation. Suit un homme d’âge mur, Jean-Pierre. Lui, nous mène dans un escalier, nous racontant une anecdote sur la guerre. Je n’ai plus aucun repère, je me suis perdue dans les échanges. Chacun d’eux était passionnant. Comment ont-ils réussi à créer de l’intimité aussi rapidement. Et si c’était ça, le progrès ?

J’ai envie d’y retourner, histoire de me frotter à d’autres questionnements, d’autres rencontres. Les enfants, eux, ne sont pas prêts à revivre toutes ces émotions.

Prenez un shoot d’émotions, avec cette Carte Blanche à Tino Sehgal au Palais de Tokyo, jusqu’au 18 décembre 2016.

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