« Faire son temps ». Boltanski au Centre Georges Pompidou. Décembre 2019.

Au-delà.

Tout commence au Départ. Se termine à l’Arrivée. Entre les deux, la vie. Ou plutôt la mort et ce qu’il reste de nous après que l’on ait « fait son temps » comme le dit l’artiste.

Boltanski nous entraîne dans une déambulation de part et d’autre d’un couloir éclairé d’ampoules nues suspendues qui s’allument et s’éteignent au rythme de battements de cœurs. Pulsations. Et partout, le souvenir. La vie, fragile. Des portraits en noir et blanc de l’artiste depuis son enfance se succèdent sur un rideau en fils que l’on franchit pour déboucher sur un théâtre d’ombres : un pendu, des têtes de mort, des visages émaciés… Silence et recueillement.

Une autre salle et des portraits sont imprimés cette fois sur des voiles, dédale de fantômes. Ici, un manteau noir plaqué au mur et entouré d’ampoules bleues, trophée qui aurait survécu à celui auquel il appartenait. Soudain, des colonnes immenses de tiroirs d’archives empilés, illustrés parfois de photos en noir et blanc, comme pour indiquer que ce sont les « restes » d’une personne au seuil de l’oubli. Là, une salle où des tissus noirs accrochés au mur couvrent des portraits entrant en résonance avec des cercueils sur pilotis, recouverts de tissus noirs, eux aussi…

Au centre d’une salle un peu plus spacieuse, un gigantesque tas de vêtements noirs qui rappelle immanquablement la Shoah. Autour, des silhouettes en bois vêtues d’un pardessus noir d’où s’échappent des questions « étiez-vous seul ? » « avez-vous souffert ? » « avez-vous eu peur ». Au fond, un écran sur lequel est projetée Animitas blanc, installation de l’artiste dans le désert d’Atacama, où des milliers de clochettes accrochées au bout de longues tiges tintent au gré du vent. Poésie. Arrivée. Choc.

Boltanski hante le Centre Pompidou jusqu’au 16 mars 2020.

Au diapason du monde, la collection, nouvelle sélection. Fondation Louis Vuitton. Avril 2018.

 

Mais où et donc or ni car.
(Une déambulation commencée par le sous-sol, puis le niveau 0, puis le 1er et enfin le 2ème étage)

D’abord il y a le corps. L’homme qui chavire. Trois hommes qui marchent. Buste d’homme assis. Grande femme II. Femme de Venise III. Giacometti et ses sculptures filiformes, pour preuve de sa fragilité. De sa vulnérabilité. Un corps virtuel, hologramme, qui prend l’apparence de Fitzcarraldo par la volonté de Dominique Gonzales-Foerster. Un corps en papier découpé par Henri Matisse, dans Nu bleu aux bas verts. Ou celle d’empreintes, bleues évidemment, dans l’anthropométrie d’Yves Klein. Pierre Huygue nous montre un singe vêtu comme une petite fille, et portant un masque Nô qui déambule dans un restaurant déserté de Fukushima et de l’Homme ne reste que l’apparence. Maurizio Cattelan nous parle de clonage, et multiplie sur tout un mur la reproduction miniature de son autoportrait en latex dans Spermini (1997).
(Et aussi… Giovanni Anselmo, Maurizio Cattelan, Ian Cheng, Andrea Crespo, Alberto Giacometti, Dominique Gonzalez-Foerster, Pierre Huyghe, Yves Klein, Mark Leckey, Henri Matisse, Philippe Parreno, Bunny Rogers et Kiki Smith.)

Ensuite, vient le désir d’immortalité. Là, infiniment… Des œuvres mythiques comme éternelle inspiration. Et du David de Michel-Ange ne restent que les jambes, sculpture en marbre monumentale d’Adrian Villar Rojas. Vestige d’un monde post-apocalyptique. La Baignade à Asnières de Georges Seurat (1884) a inspiré Wilhelm Sasnal, mêlant la petite et la grande Histoire. Cyprien Gaillard interprète la musique d’Alton Ellis I was born a winner et sur un lancinant refrain devenu I was born a loser, propose Nightlife, un film en 3D et en quatre séquences. Musique et film, passé et présent. Hypnotique expérience immersive.

Puis, vient l’illumination, la vie. Irradiances. Un unique néon, fluorescent, vertical, vert. Et son halo lumineux qui se propage tout autour. Diffusant une énergie unique. C’est l’œuvre de Dan Flavin (1963) qui a inspiré le titre de ce chapitre de l’exposition. Autour, Halo et Is de James Lee Byars, associent l’or, métal précieux aux minéraux (cuivre et marbre), en quête d’une forme parfaite. Et toujours le bleu d’Yves Klein, avec le Monochrome et les éponges.
Après, de Christian Boltanski se déploie sur un mur, ampoules rouges et fils noirs. Complétant la projection de Animitas, film de 2014, plan fixe tourné en temps réel dans le désert d’Atacama au Chili. Alors que l’Avalanche (2006) de François Morellet,  avec ses néons bleus à la lumière glacée, évoque aussi bien l’ordre que le chaos.
(Et aussi… Matthew Barney, Mark Bradford, Christian Boltanski, Trisha Donnelly, Dan Flavin, Jacqueline Humphries, Pierre Huyghe, Yves Klein, James Lee Byars, François Morellet, Sigmar Polke, Gerhard Richter, Shimabuku et Anicka Yi.)

Enfin, Takashi Murakami nous offre un voyage immersif dans son univers. Trois ensembles composés par l’artiste, et des films d’animation. Mr DOB, un espace Kawaii et The Octopus Eats Its Own Leg. Une plongée dans un monde à part, à la fois sombre et fantastique, où la culture populaire se mêle à l’iconographie bouddhique et manga. Entre manga, tradition et modernité. Entre Orient et Occident. Technique ancestrale et technologie de pointe.

Un parcours d’une immense richesse dont on ressort avec un immense sourire « trop mignon ».

Soyez Au diapason du monde, à la Fondation Louis Vuitton jusqu’au 27 août 2018.

 

 

 

 

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑