Trouble.

Mona Hatoum. Centre Georges Pompidou. Juillet 2015.

« So much I want to say ». Première vidéo, dès l’entrée de l’exposition, la phrase est répétée en boucle par l’artiste, qui se couvre le visage avec les mains. Obsessions, réflexions, engagements, les messages sont transmis tout au long du parcours. 2000m2 de troubles, de craintes, d’inquiétudes, d’intimité et une pointe d’ironie et de jeu, la première grande rétrospective pour cette artiste née de parents palestiniens en 1952 à Beyrouth. Mona Hatoum quitte le Liban en 1975 pour un court séjour à Londres… La guerre éclate au Liban, elle restera à Londres et entamera des études d’art. Ses œuvres sont le reflet de sa vie intime et de ses propres questionnements, comme des obsessions.

Des cages… Surdimensionnées mises en perspectives enfermant ceux qui passent (Cube 2006)… Cages à poules, superposées formant une sorte de ville HLM, laissant passer un fil avec une ampoule qui se balance et crée des ombres mouvantes sur les murs en même temps qu’une sensation d’instabilité (Light sentence 1992)… Cages de fil de fer barbelé, qui lévitent à 10 centimètres du sol et dont le nom est aussi sinistre qu’évocateur « impénétrable » (2009)… Cages verticales, faites de barres d’acier légèrement inclinées desquelles semblent s’échapper des formes molles en verre rouge aux allures d’organes humains (cellules 2012-2013).

Des cartes… 2200 pains de savon à l’huile d’olive fabriqués traditionnellement à Naplouse, dans lesquels sont enfoncées des perles de rocaille en verre rouge pour tracer le contour de l’état d’Israël, tel qu’il a été défini initialement en 1993 par les accords d’Oslo (présent tense, 1996/2011)… Un tapis persan, sur lequel les continents apparaissent comme « en négatif », comme s’ils avaient été rongés (Bukhara, 2008)… Un globe géant, incliné et réalisé à partir de néons rouges traçant les contours des continents. Rayonnements et vibrations évoquent les nombreux points de crises et de conflits (Hot Spots, 2014)… Des cercles concentriques découpés dans la surface de plans de rues de Bagdad et Kaboul, montés sur plateaux, créant des perspectives troublantes et mouvantes, comme des cratères (3-D Cities, 2008-2010)… Des billes de verre comme du cristal créant une carte du monde dont les contours fluctuent au passage de ses observateurs, montrant toute la vulnérabilité (l’absurdité) de ses frontières (Map – Clear, 2014).

Des cheveux… comme dans cette pièce dont le sol est jonché de boules de cheveux menant à un métier à tisser des cheveux et dans laquelle pendent des cheveux collés au plafond (Recollection 1995)… Tissés sur de petits tableaux de papier, formant une composition avec des ongles et d’autres matières organiques (œuvres sur papier, 1977-2013).

Mona Hatoum provoque, par tous les moyens, corps, vidéos, sculptures, performances… Puissant et perturbant.

Secouez votre esprit avec Mona Hatoum au Centre Pompidou jusqu’au 28 septembre 2015.

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Une rétrospective de pois.

Yayoi Kusama, Centre Georges Pompidou, novembre 2011.

Yayoi Kusama est une artiste japonaise née en 1929. Depuis 1977, elle a choisi de vivre dans un hôpital psychiatrique à Tokyo. Ses «installations» à base de libération sexuelle, d’accumulations répétitives et de critiques de la société ont souvent fait sensation, que ce soit en 1968 sur le pont de Brooklyn (happening anti-war), ou lors de la biennale de Venise en 1993 (elle y transforma le pavillon japonais en palais des glaces).
Toute petite déjà, Yayoi Kusama voit des pois partout. Pour dissiper ses troubles, elle est encouragée à poursuivre ses explorations artistiques. Ses pois sont devenus sa signature. Aujourd’hui Le centre Pompidou nous présente une rétrospective, la première en France. 150 œuvres réalisées entre 1949 et 2010, exposées de façon chronologiques, qui nous embarquent littéralement dans l’univers fantasque de l’artiste.
Dès l’entrée, on pense à Lewis Caroll et le pays des merveilles d’Alice : une table dressée pour le repas, des chaises, du petit mobilier de salle à manger, tout cela soigneusement recouvert… de pois multicolores, du sol au plafond, en passant par les assiettes et les verres. Le parcours se poursuit par des tableaux et sculptures. À l’entrée de chaque salle, on entend des Oh et des Ah, mais le plus réjouissant, ce sont les installations, qui nous immergent littéralement dans l’univers fantaisiste de l’artiste. Tous les sens sont en éveil et il est impossible de bouder son plaisir, en particulier si vous venez avec vos enfants : miroirs, lumières, formes, couleurs, tout est là pour faire perdre pied et on sort de là totalement ébouriffés !

Yayoi Kusama fait le pois à Beaubourg jusqu’au 9 janvier.

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