Jim Dine. Paris reconnaissance. Centre Pompidou, mars 2018.

Assemblages et langages

Objets, outils, sculptures, peintures et mots entremêlés, entrelacés. Assemblés. Sculpter, puis, si cela ne suffit pas, ajouter des objets, puis des mots… Et de fil en aiguille, créer autre chose. C’est ainsi que procède Jim Dine et c’est ce l’on voit ici. Des Pinocchio, si semblables et si différents, des Vénus, avec des outils, ou entourées de mots… œuvres au vocabulaire si particulier, jusque dans leur intitulé au son empli de poésie « My Tuxedo Makes an Impressive Blunt Edge to the Light » pour un costume suspendu sur une peinture, Nancy and I at Ithaca (Straw Heart) pour une botte de paille en forme de cœur, « the garden of Eden » pour un paravent… L’artiste raconte une histoire dans chacune de ses œuvres et l’on se laisse emporter par ce parcours plein de surprises. Un vent de poésie souffle sur le Centre Pompidou et sa nouvelle installation permanente.

Les 26 peintures offertes par Jim Dine sont au Centre Pompidou jusqu’au 23 avril 2018.

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Sheila Hicks. Lignes de vie. Centre Pompidou, mars 2018.

Doudou.

Couleurs et douceurs. D’immenses lianes aux couleurs éclatantes tombent en cascades du plafond, entremêlant leurs racines au sol. Des ballots géants empilés forment un rocher moelleux rouge et orange, qui donne envie d’y plonger et son reflet dans la vitre le mêle à la vie. Des panneaux de fibres et de pelotes, petits et grands entrelacent leurs couleurs dans un clin d’œil aux jeux de notre enfance. Une joie pleine d’innocence s’installe au gré du parcours et l’on ressort de ce bain de couleurs comme d’une cure de jouvence : le sourire aux lèvres.

Les lignes de vie de Sheila Hicks sont au Centre Pompidou jusqu’au 30 avril 2018.

 

César. La rétrospective. Centre Pompidou, mars 2018.

Pouce.

Pas de chronologie, pas de cloisons. Le 6è étage du Centre Pompidou est entièrement paré de César. La vue est somptueuse, étonnante de classicisme et de modernisme à la fois. L’œil embrasse d’un seul regard les 130 œuvres exposées et les 5 gestes de l’artiste : soudure, compressions, empreintes, expansions et enveloppages.

L’esturgeon sur son piédestal nous (ac)cueille, suivi par l’immense chauve-souris qui projette son ombre sur le mur puis par le bestiaire créé par l’artiste, empruntant la technique du Fer soudé à l’industrie. Plus loin, les compressions captent notre regard, en particulier la Dauphine rouge totalement aplatie qui habille un mur entier. Du véhicule prêt pour la casse à l’œuvre d’art, César Baldaccini franchit le pas avec audace et panache.

Plus loin, au chapitre des Empreintes humaines, se trouvent les moulages réalisés par l’artiste. Dans ce domaine classique, c’est la démesure qui surprend. L’artiste moule et agrandit son propre pouce, testant de nouvelles matières, dont la résine, synthétique. Ce pouce, dont un modèle de 6m figure sur la piazza du musée, offrant un avant-goût de l’exposition.

Les expansions suivent, coulées de couleur aux formes étonnantes, doré, noir ou violet. Les dimensions sont, là aussi, impressionnantes. Les enveloppages surprennent et enchantent, une Underwood, un téléphone en bakélite, une paire de souliers pour femme, un ventilateur, des outils, objets du quotidien emballés dans du plexiglas transparent, comme figés dans le temps.

Et le parcours s’achève avec « la Suite Milanaise », 15 compressions de carrosseries d’automobiles Fiat dont les couleurs donnent leur nom aux œuvres et font face à deux compressions plates.

Une rencontre avec l’artiste absolument réjouissante qui lui redonne sa place dans l’histoire.

César habille le Centre Pompidou jusqu’au 26 mars 2018.

La trahison des images, Magritte, Centre Pompidou. Novembre 2016

Ceci n’est pas une exposition.

Des images et des mots. De la peinture et de la poésie. De la philosophie et des mythes. La rétrospective Magritte au Centre Pompidou est tout cela à la fois.

Une centaine d’œuvres. Cinq espaces pour les cinq motifs composés à l’infini par Magritte : les rideaux, les mots, les flammes, les ombres et les corps morcelés. En vis-à-vis des motifs, le parcours nous propose de revisiter les mythes fondateurs de l’histoire de la peinture, de la caverne de Platon à l’idôlatrie du veau d’or. Un verre d’eau posé sur un parapluie ouvert, un cheval de course filant à toute allure sur le toit d’une voiture, une pipe qui déclare ne pas en être une, une pomme qui n’est pas une pomme, un cheval qui se prend pour une porte, une pendule qui dit être le vent… Des « problèmes » auxquels l’artiste répond par des « propositions », mettant l’accent sur le sens des mots, leurs représentations… Offrant à nos yeux des morceaux de poésie qui nous portent tout au long du parcours.

 

La trahison des images est au Centre Pompidou jusqu’au 23 janvier.

Bain de culture estival

7 lieux, 7 expositions. Juillet-Août 2016

Le Musée Guimet expose Nobuyoshi Araki, figure de la photographie contemporaine japonaise connu pour ses séries dédiées à l’art du Kinbaku. Des corps ligotés montrent des femmes suspendues, tendues et impassibles à la fois, livrées à l’œil de l’artiste, dans une esthétique graphique. Tout aussi esthétiques, des fleurs, des calligraphies, ainsi qu’une série inédite réalisée pour l’exposition, intitulée « Tokyo tombeau ». L’on en ressort aussi étourdi que séduit par l’incroyable production artistique du photographe, qui déclenchait son obturateur comme il respirait.

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La Fondation Louis Vuitton est habillée depuis le mois de mai par Daniel Buren. Les filtres colorés revêtus par les voiles du vaisseau de Frank Gehry offrent une vision vitaminée de la Fondation, un « observatoire » où les jeux d’ombres et de lumières remplacent la pureté du blanc.
Dans les galeries, la Chine est à l’honneur avec 12 artistes chinois réunis pour l’occasion. L’on pourra y voir une Victoire de Samothrace inversée, cinquante bras de Bouddha ou une déesse pop… Riche et surprenant.

 

Beaubourg nous propose une foisonnante exposition autour de la Beat Generation et de la vague artistique qu’elle a déchaînée. Des poèmes au bout du fil, des photos, des films, des installations… Un voyage dans le temps, au cours duquel il est possible de croiser Bob Dylan, Jack Kerouac, John Giorno ou Allen Ginsberg…

 

Versailles a invité Olafur Eliasson a investir l’espace et l’artiste suédois déploie de subtils et spectaculaires jeux d’eaux et de lumières. Dans les jardins, une immense cascade est installée au bord du Grand Canal alors que notre esprit se trouble à l’apparition des lumières diffractées et miroirs en trompe-l’œil dans la Galerie des Glaces et les salons.

 

La Fondation Cartier nous immerge dans « le grand orchestre des animaux », une exposition jouissive, qui réunit des artistes du monde entier autour d’un monde animal menacé. Peintures, photo, vidéos et enregistrements, tous les sens sont convoqués. Une expérience à vivre.

 

Le Musée de l’Homme, réouvert depuis peu, est une aventure au cœur de l’Histoire de l’Homme. Qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Les réponses sont là, au sein de cette immense Galerie de l’Homme. La circulation est fluide, les espaces sont lumineux et l’expérience est ludique et instructive. En points d’orgue : le portant de bustes, le mur de langues et le car rapide de Dakar.

 

Le musée Picasso. Picasso forever ! L’hôtel particulier entièrement rénové avec ses grands murs blancs, ses greniers aux poutres apparentes, ses sous-sols tout frais et son escalier métallique qui donne accès au jardin vaut à lui seul le détour. Quant aux œuvres… Les redécouvrir dans ce nouvel écrin est un pur moment de bonheur, j’avais oublié ses paysages…

 

Araki au Musée Guimet, jusqu’au 5 septembre
L’Observatoire de la Lumière de Daniel Buren à la Fondation Vuitton depuis le 11 mai
La Beat Generation au Centre Pompidou jusqu’au 3 octobre
Olafur Eliasson au Château de Versailles jusqu’au 30 octobre
Le Grand Orchestre des Animaux à la Fondation Cartier jusqu’au 8 janvier
Le Musée de l’homme
Le Musée Picasso

Couleurs, néons et dérision.

Martial Raysse. Restrospective 1960-2014. Centre Pompidou. Mai 2014.

Tout commence dans un claquement de doigts éclairé au néon… puis, une explosion de couleurs, de lumières, de formes et de dérision. Pin-ups, corps féminins et accessoires de beauté, Côte d’Azur, objets du quotidien, ou histoire de l’Art, quel que soit le thème traité par l’artiste, la dérision est toujours de mise et la beauté glorifiée. Jeux de formes, de couleurs, de matières et de mots, l’artiste s’autorise tout, se joue de tout. Il associe, dissocie, superpose, mêle les techniques artistiques… Dans une quête permanente d’émotion poétique inattendue.

Les beautés stéréotypées des années 1960 sont célébrées dans des portraits aux couleurs décalées, aux maquillages outranciers et aux cadrages surprenant. Regards. Visages sans cou. Bustes. Là, un visage vert avec des lèvres bleues poudrées. Ici un visage jaune et des lèvres ourlées au néon… Il agrémente volontiers ses beautés fardées d’une touche d’ironie, les parant d’une houppette, de fleurs ou de paillettes, ou encore d’une mouche en plastique.

Son regard coloré et provocateur se lit aussi dans les installations qu’il réalise aux côtés des Nouveaux Réalistes et qui sont présentées ici dans la première partie du parcours. Balais, flacons et brosses de plastique à profusion imitent des arbres ou des étalages, jouant avec les images de la consommation, dans la mouvance pop art de l’époque. Une musique d’époque est diffusée par le juke box de la Raysse Beach, que l’artiste présente en 1962 lors d’une exposition au Stedelijk Museum d’Amsterdam. Il y participe aux côtés de Jean Tinguely et Niki de Saint Phalle recréant un univers de plage, avec sable fin et dauphin gonflable, surmontée de panneaux décorés de pin-ups en bikinis armées de parasols et de néons. Le jeu est aussi de la partie, et l’on découvre de petites boîtes de Plexiglas dans lesquelles il aura disposé des jouets et objets divers qu’il collectionnait, créant ainsi des objets-poèmes qu’il titre dans des formules mi-descriptives, mi-énigmatiques « Vitrine délicate et saugrenue », ou « Les nylons oiseaux de paradis » ou encore « Supermarché magie multicolore »…

Toujours très libre, l’artiste s’essaie à la caméra jouant lui-même ou invitant des amis participer à ses œuvres, comme l’artiste Arman qu’il a grimé et mis en scène intégrant la vidéo dans son tableau Suzanna, Suzanna (1964), avant de réaliser des longs métrages. Les œuvres présentées ici embarquent le spectateur dans une atmosphère au croisement entre happening et esthétique psychédélique. 

Inspiré par l’Histoire de l’Art, l’artiste s’en inspire et la détourne allègrement. Parmi ses maîtres, figurent Ingres ou Cranach. Et Martial Raysse joue là encore avec nos sens, colorant à outrance Vénus et Odalisques, ramenant la baie de Nice dans un petit coin de tableau, collant perles et pompons sur un foulard aux tonalités africaines…

Dans ses œuvres plus récentes, les pin-ups cèdent la place aux grandes fresques, sur lesquelles l’artiste déploie d’immenses fêtes populaires et stations balnéaires, aux allures de campings des Flots Bleus. Et si les couleurs sont toujours vives, j’ai été beaucoup moins sensible à cet humour conjugué au présent.

Une rétrospective de plus de 200 œuvres que l’on traverse, sourire aux lèvres, comme une cure de vitamines.

Délivrée sans ordonnance au Centre Pompidou jusqu’au 22 septembre 2014.

POP ET RE-POP !!!

Roy Lichtenstein, Centre Pompidou, septembre 2013.

Entre Bande Dessinée et Publicité… Résolument Pop. Si Roy Lichtenstein est l’une des figures les plus emblématiques du Pop’Art, l’exposition du Centre Pompidou met en lumière une toute autre facette du travail de l’artiste. Au-delà du plaisir de voir en grand, pour de vrai, les magnifiques blondes WHAAM et CRAAK de l’artiste, j’ai été réellement séduite.

Les remake. Peintre, mais bien plus. C’est ce que j’ai découvert dans ce parcours. Sculptures et gravures, mais surtout réflexion sur l’art, questionnements… desquels sont nés sa série de « remake », réinterprétations de célèbres chefs d’œuvres de l’histoire de l’art. Matisse, Monet Picasso ou Mondrian font partie de ces maîtres dont il a transposé, réinterprété et simplifié les peintures les plus familières. La technique est magistrale et le résultat assez jouissif !

Les chinoiseries. Je suis restée bouche bée devant les toiles inspirées des paysages chinois médiévaux. Est-ce le format ? Est-ce la simplicité du graphisme ? Est-ce l’incompatibilité apparente entre pop-art et paysages ?… Quoiqu’il en soit, l’hommage entre fascination et dérision laisse de côté l’ironie si chère à l’artiste qui se situait au premier plan dans ses couchers de soleils.

La 3D. Des miroirs aux blondes en passant par le coup de pinceau, les sculptures de Roy Lichtenstein sont autant de questionnements de l’artiste sur l’art. Les miroirs ne réfléchissent pas la lumière, le coup de pinceau reproduit le coup de pinceau comme une mise en abîme, les explosions explosent et les blondes gagnent en volume…

Les nus. La dernière salle du parcours est réservée à la fin de la vie de l’artiste où il s’est essayé aux nus. Des blondes enjouées, aux silhouettes élancées… Amazing !

Dépêchez-vous, la rétrospective Roy Lichtenstein au Centre Pompidou s’arrête le 4 novembre !

Le surréalisme, c’est lui.

Dalì, Centre Pompidou, mars 2013.

Dalì. Le maître du surréalisme, les montres molles, les moustaches, Gala – sa femme, les mouches mortes, le sexe, la mort, la psychanalyse, l’accent andalou, le performer… Infinie extravagance !
Beaubourg lui consacre une exposition… à la hauteur du personnage. Sont présentées plus de 200 œuvres :  tableaux, films, sculptures, installations. Tout ce que l’on a toujours voulu voir sur Dalì est là, et il y a de quoi passer de bonnes heures, à tel point que j’y suis allée 2 fois. Extravagance !
En bonne chanceuse, je n’ai pas eu à faire la queue (j’ai un abonnement). Mais, foule il y a et qui dit foule dehors, dit  aussi foule devant les œuvres. Heureusement, les commentaires ajoutent encore du piment : regarde, il y a un homard ici et un squelette en bas…
Extravagant… L’entrée se fait par un sas en forme d’œuf, symbole de la vie utérine sur laquelle l’artiste insistait beaucoup, et la sortie par un labyrinthe, symbolisant le cerveau de l’artiste. Entre les 2, toutes les périodes sont présentées sur un pied d’égalité, foisonnantes, étonnantes, extravagantes…
Outre le fait que cette exposition est incroyablement riche, ce qui laisse réellement de la place à la découverte des œuvres, j’en ai tiré un réel plaisir, car j’y ai rencontré le personnage, le mythe Dalì, dans toute sa splendeur et sa complexité. En particulier à travers les films et les installations qui ponctuent le parcours. La folie du personnage s’exprime pleinement dans toutes ses dimensions… le mythe Dalì ! Je ressors de là comme d’un tourbillon, vive l’extravagance !

Rencontrez le mythe Dalì à Beaubourg jusqu’au 25 Mars… (pensez à réserver).

Variations sur les doubles.

Matisse. Paires et séries, Centre Pompidou, mars 2012.

Un samedi ensoleillé comme des prémices printannier. Matisse à Beaubourg. Il ne m’en fallait pas plus pour saisir l’occasion et faire découvrir l’artiste à mon fils… Pour ma part, je pensais connaître Matisse, la période fauve, les couleurs explosives, les papiers découpés, les nus, la danse, les fleurs… pourtant, encore une fois, la surprise est au rendez-vous. Mon fils n’a pas été le seul à découvrir l’artiste !

Beaubourg expose Matisse par paires et séries. Exploration, recherche… L’artiste, entre 1869 et 1954 n’a eu de cesse de travailler les thèmes qui sont au cœur de son œuvre, reprenant ses compositions et cherchant continuellement à les interpréter, à les perfectionner, à les épurer. Les fleurs, les nus, la danse, la musique, de salle en salle, on découvre cet immense travail, les variations de cadre, de touche, de couleurs… autant d’interprétations d’une œuvre, faisant passer une même composition du fauvisme au cubisme. Le travail que l’artiste a réalisé à partir de la photographie y est aussi présenté. La photographie comme processus de création pour le peintre, qui fixe grâce à cette technique les étapes de son travail pour une meilleure compréhension du cheminement et de l’intuition qui le guide. La série des 4 nus bleus en gouache découpée, réalisée en 1953, termine ce parcours, comme l’aboutissement de son œuvre.

Une très belle exposition où l’émotion se joint à l’étonnement…

Matisse est au Centre Pompidou jusqu’au 18 juin 2012. L’exposition sera ensuite présentée à Copenhague, au Statens Museum for Kunst, du 14 juillet au 28 octobre 2012 et au Metropolitan Museum of Art à New York, du 4 décembre 2012 au 17 mars 2013.

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