Catharsis, Prune Nourry. Galerie Templon. Septembre 2019.

Douleurs et tremblements

Un bras et une jambe en terre surdimensionnés suspendus au-dessus d’un sein géant. Des flèches gigantesques, tendues vers un sein, disproportionné lui aussi. Sur les murs, des corps démembrés et des organes tout en transparence. Saisissantes images du corps. Douleur. Emotion.

Prune Nourry explore le genre depuis des années : Terracotta daughters, Holy daughters ou encore le dîner procréatif… Des questionnements à l’œuvre d’art…

Traversée par un cancer du sein au cours de ces dernières années, les gestes de l’artiste prennent une autre dimension. Au sous-sol de la galerie, les œuvres dialoguent en écho avec les extraits de son film Serendipity. La dernière séquence est dédiée à The amazon. Amazone blessée aux yeux de verre de 4 mètres de haut façonnée dans du béton par l’artiste. La sculpture est plantée sur toute la moitié du corps de milliers de bâtonnets d’encens. Lors d’une performance organisée à Manhattan, les bâtonnets d’encens avaient été brûlés, empruntant à la tradition des ex-voto japonais et libérant dans un même temps leur fumée et la maladie. Catharsis.

Dans l’une des salles de la galerie est installée une réplique miniature en bronze de The amazon en mémoire de ce geste cathartique.

Puissance et sensibilité. Galvanisant.

Catharsis de Prune Nourry est à la Galerie Templon jusqu’au 19 octobre.

 

Women House. Monnaie de Paris. Décembre 2017.

Girl Power!

Elles sont 40. Elles viennent des Etats-Unis, du Mexique, d’Iran, de France, du Portugal ou d’Allemagne… Elles ont œuvré dans les années 1920 mais sont aussi nos contemporaines. La Monnaie de Paris leur dédie le palais du 11 quai Conti pour une exposition où l’espace domestique et le féminin dialoguent et se chahutent. Photographie, vidéo, sculpture, collage, tissage… Huit chapitres. 1000m2. Et autant de visions. Humour, puissance, douleur, délicatesse, poésie… Sur tous les tons, ces artistes replacent les femmes au cœur d’une histoire dont elles étaient exclues, les sortant de ce foyer-protecteur-prison.

Les regards décalés de Cindy Sherman et l’humour noir de Birgit Jurgenssen font sourire au premier chapitre « Desperate Housewives ». L’emprisonnement de Martha Rosler et de Lydia Schouten bouscule au chapitre deux « La Maison cette blessure ». Les armoires de Claude Cahun, ou de Kirsten Justesen choquent au chapitre trois inspiré par Virginia Wolf et « une chambre à soi ». Le chapitre quatre et les « Maisons de Poupées » de Penny Slinger et Laurie Simmons effraient un peu. Un glissement poétique se fait sentir au chapitre « Empreintes » et « Construire, c’est se construire ». Le chapitre sept et les « Mobil’Homes » est un peu plus explorateur et engagé. Et l’on arrive au chapitre huit et aux célèbres « Femmes-Maisons » dont les porte-parole sont Nikki de Saint-Phalle et ses Nana et Louise Bourgeois dont la monumentale Spider trône, protectrice et envoûtante, dans le somptueux salon de la Monnaie de Paris. Dans les cours de la Monnaie, sont exposées une « Nana » monumentale et colorée de Nikki de Saint-Phalle, l’impressionnant « salon de coiffure » de Shen Yuan où s’entremêlent fibres de chanvre et œufs, et la délicate prison dorée, intitulée « Théière » de Joana Vasconcelos. La femme est l’avenir de l’homme…

Célébrez les femmes à la Monnaie de Paris jusqu’au 28 janvier 2018.

 

Comme des ronds dans l’air…

Excentrique(s), travail in situ, Monumenta 2012, Daniel Buren, mai 2012.

Le Grand Palais. Majestueux. Imposant. Lumineux. Aérien. Monumenta, pour sa 5ème édition invite Daniel Buren à « habiter » le Grand Palais. Alors, réussi, raté, mieux, moins bien que le précédent ?… Rendez-vous désormais attendu qui s’inscrit dans l’offre des grands établissements culturels, Monumenta est critiqué, vu, approuvé ou désapprouvé. Bref, que dire qui n’ait pas encore été dit…
Je vais tout simplement vous raconter ce que j’en ai pensé, moi, qui y suis allée avec mon fils.
Des ronds de couleur perchés sur une forêt de poteaux… une balade parmi les couleurs, les ombres et la lumière… ce Monumenta est vivifiant. On y entre par la porte Nord, condition sine qua non pour Daniel Buren, qui voulait que le visiteur découvre la forêt progressivement. On se fait son film, on joue avec les couleurs et les formes que les disques de diamètre différents projettent sur le sol. Vert. Jaune. Rouge. Bleu. Soudain, on arrive dans une clairière. Au sol, des miroirs reflètent la verrière, cette fois à découvert, et le jeu devient encore plus drôle. On y marche, s’y allonge, s’y pose. Une bande-son égrène inlassablement, en 37 langues différentes, énoncés par 37 personnes différentes, les chiffres, les lettres et les couleurs avec lesquels l’œuvre a été construite, nous accompagnant dans notre balade.
Seul bémol, la chaleur, entre la verrière et la canopée de disques colorés, est torride quand il y a du soleil (si, si, ça arrive).
S’il faut comparer, je dirais que ce Monumenta est beaucoup moins émotionnel mais tout aussi sensationnel que le Monumenta de Kapoor.
Si vous cherchez les rayures, chères à Buren, vous les trouverez à l’extérieur, mais aussi sur les poteaux… Mais surtout, allez-y, de jour, de nuit, pour vous balader ou pour danser (le 21 juin, un bal blanc y est programmé), ce bain de couleurs est un véritable bain de bonne humeur !

Monumenta, c’est aussi quelques chiffres :
13500m2 d’espace,
45 mètres de hauteur,
5 diamètres de disques colorés,
1287 poteaux,
4 couleurs,
3 pistes sonores…

Vous pouvez prendre un bain de couleurs au Grand Palais jusqu’au 21 juin, toutes les informations se trouvent sur le www.monumenta.com

Changing my day.

Bérénice Abbott (1898-1991), photographies, Jeu de Paume, mars 2012.

Beau temps. Besoin de nourriture pour les yeux… Je me décide pour le Musée du Jeu de Paume et l’exposition Bérénice Abbott. S’y déroule aussi l’exposition « Entrelacs » de Ai Weiwei, mais j’en parlerai un peu plus loin… Bref, je vais voir Bérénice Abbott dont l’histoire me séduit. Son histoire, c’est celle d’une jeune fille du Midwest, issue d’une famille pauvre de l’Ohio, qui, à 18 ans, fuit son avenir un peu trop tracé et pas assez prometteur pour aller à New York. Là, elle rejoint les Beaux Arts, se mêle à la vie de bohême de Greenwitch Village puis, en 1921, elle se rend à Paris et se frotte à l’avant-garde artistique des années folles. Elle y devient la disciple de Man Ray avant d’ouvrir son propre studio. Entre-temps, elle découvre le travail d’Eugène Atget, qu’elle s’efforcera de révéler à travers des productions et publications et qui sera sa source d’inspiration. Comme lui, elle aime le travail de photographe « documentariste » et « urbaniste ». C’est ce qui la décide à retourner à New York pour y entreprendre un de ses chantiers les plus connus : Changing New York. Son travail est financé tout d’abord par la ville de New York puis par le Federal Art Project, alors que la grande dépression frappe le monde et que les cactus poussent bien plus vite que les subventions ! L’expo nous accueille avec une photo d’Eugène Atget, et retrace ces deux périodes à travers photos et documents. Un troisième volet de l’exposition est dédié au parcours de l’artiste sur les 6000km de la côte Est des Etats-Unis, parcours pendant lequel elle dresse le portrait d’un monde rural alors en crise : échoppes, portraits de paysans, lieux de divertissements et de consommation… Toujours avec une vision macroscopique, elle aurait souhaité intégrer ce travail d’environ 200 clichés dans un ensemble qu’elle appelait « la scène américaine ». Le parcours se termine sur un tout autre sujet d’exploration de Bérénice Abbott : la photographie scientifique. Ce travail, elle l’accomplit avec le désir profond de vulgariser la science du XXè siècle.

À travers cette exposition, on voit la volonté d’une femme de talent qui a fait son chemin dans un monde qui, à l’époque était totalement tenu par les hommes ! Un parcours réellement bluffant, entre technique parfaitement maîtrisée et regard acéré sur le monde.

Courez voir Bérénice Abbott au Jeu de Paume, elle est exposée jusqu’au 29 avril. Plus d’infos : www.jeudepaume.org

Blob. Pas blob.

Le blobterre, Centre Pompidou, novembre 2011.

Dès l’entrée dans le hall de Beaubourg, Axel lève la tête et aperçoit le Blobterre, petite forêt au sein du Centre Pompidou, «mais c’est pas une vraie forêt, hein ?»…Il joue dans les espaces, observe, saute, touche à tout, écoute, s’invente des histoires d’eau qui ne mouille jamais et d’animaux invisibles, mais très très effrayants…
Ce petit bout de nature artificielle, inventé par Matali Crasset est beau, avec ses élégantes lianes et son camaïeu de vert, ludique et unique en matière d’atelier/expérience proche de la nature. Les parents donnent la réplique aux enfants et rapprochent le blobterre de la nature. Ce qui est bel et bien fait dans les ateliers les mercredis et samedis. Les enfants vont y trouver l’occasion – leurs parents aussi – de s’approprier ce bel espace et de comprendre comment concocter des potions magiques, créer des animaux en voie d’apparition… et autres belles histoires de nature. Blob.

Le blobterre est au centre Pompidou jusqu’au 5 mars.
Ateliers tous les mercredis, samedis et dimanches après-midi, gratuit avec le billet Musée & Expositions.
Plus d’informations : www.centrepompidou.fr

Une rétrospective de pois.

Yayoi Kusama, Centre Georges Pompidou, novembre 2011.

Yayoi Kusama est une artiste japonaise née en 1929. Depuis 1977, elle a choisi de vivre dans un hôpital psychiatrique à Tokyo. Ses «installations» à base de libération sexuelle, d’accumulations répétitives et de critiques de la société ont souvent fait sensation, que ce soit en 1968 sur le pont de Brooklyn (happening anti-war), ou lors de la biennale de Venise en 1993 (elle y transforma le pavillon japonais en palais des glaces).
Toute petite déjà, Yayoi Kusama voit des pois partout. Pour dissiper ses troubles, elle est encouragée à poursuivre ses explorations artistiques. Ses pois sont devenus sa signature. Aujourd’hui Le centre Pompidou nous présente une rétrospective, la première en France. 150 œuvres réalisées entre 1949 et 2010, exposées de façon chronologiques, qui nous embarquent littéralement dans l’univers fantasque de l’artiste.
Dès l’entrée, on pense à Lewis Caroll et le pays des merveilles d’Alice : une table dressée pour le repas, des chaises, du petit mobilier de salle à manger, tout cela soigneusement recouvert… de pois multicolores, du sol au plafond, en passant par les assiettes et les verres. Le parcours se poursuit par des tableaux et sculptures. À l’entrée de chaque salle, on entend des Oh et des Ah, mais le plus réjouissant, ce sont les installations, qui nous immergent littéralement dans l’univers fantaisiste de l’artiste. Tous les sens sont en éveil et il est impossible de bouder son plaisir, en particulier si vous venez avec vos enfants : miroirs, lumières, formes, couleurs, tout est là pour faire perdre pied et on sort de là totalement ébouriffés !

Yayoi Kusama fait le pois à Beaubourg jusqu’au 9 janvier.

Retour aux sources.

Monumenta 2011_Léviathan_Anish Kapoor

Organisée par le ministère de la Culture et de la Communication, MONUMENTA invite chaque année un artiste contemporain de renommée internationale à réaliser une œuvre unique au sein de la Nef du Grand Palais. Après 3 années de succès, c’est au tour du sculpteur britannique Anish Kapoor d’investir les 13 500m2 de la Nef.
Sensation. Vibration. Emotion… Le Léviathan d’Anish Kapoor m’a laissée sans voix pendant un long moment. Propulsée à l’intérieur du monstre marin, je réalise un authentique retour aux sources : la chaleur, le rouge organique, la texture, tout fait référence au ventre maternel et diffuse une sensation de paix intérieure. Malgré une attente assez longue, la foule entre petit à petit, sans précipitation, et pénètre dans le ventre du monstre sans un bruit. Après un court instant d’adaptation, on commence à bouger doucement, se pencher pour observer de plus près la matière, se mouler dans les différentes parties du monstre, s’asseoir et vibrer au rythme de ses battements, se sentir petit, tout petit… pour ressortir par le même tourniquet.
La seconde partie de l’expérience se passe sous la nef, où trône le monstre de 72 000m3 dont on voit cette fois l’extérieur. L’effet est à l’opposé : la vie fourmille sous la nef. Les visiteurs, allègres, jouent avec la structure, tournent autour, observent ses 3 cœurs gigantesques sous toutes les coutures. La toile «aubergine» reflète le soleil qui inonde la Nef. Le temps perd de ses contours, j’ai envie de rester là… Sensation. Vibration. Emotion.
Il paraît que la structure est 100% recyclable. Sous quelle forme le Léviathan va-t-il réapparaître ?

Le léviathan en chiffres :
70 000m3
100m de long
36m de hauteur
100% recyclable

Rencontrez le Léviathan jusqu’au 23 juin, au Grand Palais. Entrée 5€, tarif réduit 2,50€.
Plus d’infos sur : www.monumenta.com

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Retour en haut ↑