Catharsis, Prune Nourry. Galerie Templon. Septembre 2019.

Douleurs et tremblements

Un bras et une jambe en terre surdimensionnés suspendus au-dessus d’un sein géant. Des flèches gigantesques, tendues vers un sein, disproportionné lui aussi. Sur les murs, des corps démembrés et des organes tout en transparence. Saisissantes images du corps. Douleur. Emotion.

Prune Nourry explore le genre depuis des années : Terracotta daughters, Holy daughters ou encore le dîner procréatif… Des questionnements à l’œuvre d’art…

Traversée par un cancer du sein au cours de ces dernières années, les gestes de l’artiste prennent une autre dimension. Au sous-sol de la galerie, les œuvres dialoguent en écho avec les extraits de son film Serendipity. La dernière séquence est dédiée à The amazon. Amazone blessée aux yeux de verre de 4 mètres de haut façonnée dans du béton par l’artiste. La sculpture est plantée sur toute la moitié du corps de milliers de bâtonnets d’encens. Lors d’une performance organisée à Manhattan, les bâtonnets d’encens avaient été brûlés, empruntant à la tradition des ex-voto japonais et libérant dans un même temps leur fumée et la maladie. Catharsis.

Dans l’une des salles de la galerie est installée une réplique miniature en bronze de The amazon en mémoire de ce geste cathartique.

Puissance et sensibilité. Galvanisant.

Catharsis de Prune Nourry est à la Galerie Templon jusqu’au 19 octobre.

 

Comédies musicales. Philharmonie de Paris.

Y’a d’la joie !

Fred Astaire, Gene Kelly, Ginger Rogers, Cyd Charisse… Des noms qui donnent envie de faire des claquettes. Michel Legrand, Björk, Léonard Bernstein… Et nous voilà avec une furieuse envie de chanter. Ils sont tous là, mis en musique par la Philharmonie, dans une exposition aussi immersive que jouissive, un tantinet ludique aussi. Un casque sur les oreilles et c’est parti !

Dans la pénombre, les visiteurs circulent tout autour de la pièce centrale d’un écran à l’autre, à côté desquels se trouvent des multiprises qui accueillent les casques distribués à l’entrée. De Cabaret à West Side Story, de All that jazz à La la Land, la fabrication des comédies musicales est décortiquée. Et l’on voit ou revoit avec plaisir des extraits de ces pièces d’anthologie du cinéma, depuis l’apparition du cinéma parlant juqu’au tout récent La la Land de Damien Chazelle. Ludique, instructif, et surtout entraînant.

Une petite salle est destinée aux plus petits, et l’on redécouvre Peau d’âne ou Mary Poppins. Un peu plus loin, une lumière nous attire dans une autre salle offre où nous attend un véritable cours de claquette, avec un professionnel.

Au centre de la pièce principale, un écran géant et un parterre de visiteurs, tour à tour amusés par la découverte d’une filiation insoupçonnée entre Fred Astaire et Michaël Jackson ; éblouis par l’inoubliable jeu de jambes d’Elvis Presley, qui a ouvert la voie au Rock&Roll dans les comédies musicales et préparé l’arrivée de John Travolta ; émerveillés et émus face au duo de Catherine Deneuve et Françoise Dorléac dans les Demoiselles de Rochefort ; transportés par les chorégraphies de Björk ; subjugués par les décors et les costumes de My fair lady… Une dizaine de chapitres pour décortiquer et comparer les plus mémorables scènes de ces films enchanteurs. Savoureux !

Un seul regret, le peu de place laissé aux comédies musicales de Bollywood (juste une affiche et un petit texte). Mais ce n’est qu’un tout petit bémol, l’expo nous offre un magnifique tour d’horizon de ce genre cinématographique qui a connu des hauts et des bas. Pour ma part, je suis repartie avec une liste de films que j’aimerais voir ou revoir. De quoi faire le plein de bonne humeur et patienter jusqu’au printemps…

Comédies musicales à la Philharmonie de Paris c’est fini, mais Doisneau et la musique, c’est jusqu’au 28 avril.

 

Au diapason du monde, la collection, nouvelle sélection. Fondation Louis Vuitton. Avril 2018.

 

Mais où et donc or ni car.
(Une déambulation commencée par le sous-sol, puis le niveau 0, puis le 1er et enfin le 2ème étage)

D’abord il y a le corps. L’homme qui chavire. Trois hommes qui marchent. Buste d’homme assis. Grande femme II. Femme de Venise III. Giacometti et ses sculptures filiformes, pour preuve de sa fragilité. De sa vulnérabilité. Un corps virtuel, hologramme, qui prend l’apparence de Fitzcarraldo par la volonté de Dominique Gonzales-Foerster. Un corps en papier découpé par Henri Matisse, dans Nu bleu aux bas verts. Ou celle d’empreintes, bleues évidemment, dans l’anthropométrie d’Yves Klein. Pierre Huygue nous montre un singe vêtu comme une petite fille, et portant un masque Nô qui déambule dans un restaurant déserté de Fukushima et de l’Homme ne reste que l’apparence. Maurizio Cattelan nous parle de clonage, et multiplie sur tout un mur la reproduction miniature de son autoportrait en latex dans Spermini (1997).
(Et aussi… Giovanni Anselmo, Maurizio Cattelan, Ian Cheng, Andrea Crespo, Alberto Giacometti, Dominique Gonzalez-Foerster, Pierre Huyghe, Yves Klein, Mark Leckey, Henri Matisse, Philippe Parreno, Bunny Rogers et Kiki Smith.)

Ensuite, vient le désir d’immortalité. Là, infiniment… Des œuvres mythiques comme éternelle inspiration. Et du David de Michel-Ange ne restent que les jambes, sculpture en marbre monumentale d’Adrian Villar Rojas. Vestige d’un monde post-apocalyptique. La Baignade à Asnières de Georges Seurat (1884) a inspiré Wilhelm Sasnal, mêlant la petite et la grande Histoire. Cyprien Gaillard interprète la musique d’Alton Ellis I was born a winner et sur un lancinant refrain devenu I was born a loser, propose Nightlife, un film en 3D et en quatre séquences. Musique et film, passé et présent. Hypnotique expérience immersive.

Puis, vient l’illumination, la vie. Irradiances. Un unique néon, fluorescent, vertical, vert. Et son halo lumineux qui se propage tout autour. Diffusant une énergie unique. C’est l’œuvre de Dan Flavin (1963) qui a inspiré le titre de ce chapitre de l’exposition. Autour, Halo et Is de James Lee Byars, associent l’or, métal précieux aux minéraux (cuivre et marbre), en quête d’une forme parfaite. Et toujours le bleu d’Yves Klein, avec le Monochrome et les éponges.
Après, de Christian Boltanski se déploie sur un mur, ampoules rouges et fils noirs. Complétant la projection de Animitas, film de 2014, plan fixe tourné en temps réel dans le désert d’Atacama au Chili. Alors que l’Avalanche (2006) de François Morellet,  avec ses néons bleus à la lumière glacée, évoque aussi bien l’ordre que le chaos.
(Et aussi… Matthew Barney, Mark Bradford, Christian Boltanski, Trisha Donnelly, Dan Flavin, Jacqueline Humphries, Pierre Huyghe, Yves Klein, James Lee Byars, François Morellet, Sigmar Polke, Gerhard Richter, Shimabuku et Anicka Yi.)

Enfin, Takashi Murakami nous offre un voyage immersif dans son univers. Trois ensembles composés par l’artiste, et des films d’animation. Mr DOB, un espace Kawaii et The Octopus Eats Its Own Leg. Une plongée dans un monde à part, à la fois sombre et fantastique, où la culture populaire se mêle à l’iconographie bouddhique et manga. Entre manga, tradition et modernité. Entre Orient et Occident. Technique ancestrale et technologie de pointe.

Un parcours d’une immense richesse dont on ressort avec un immense sourire « trop mignon ».

Soyez Au diapason du monde, à la Fondation Louis Vuitton jusqu’au 27 août 2018.

 

 

 

 

Plus jamais seul. Di Rosa et les arts modestes. La Maison Rouge. Décembre 2016.

Une riche modestie.

Il était une fois.  Ces quatre petits mots sont inscrits sur fond rouge dès le début du parcours. La suite de l’histoire ressemble à une bande dessinée écrite lors d’un long voyage autour du monde, avec un petit quelque chose de Keith Haring, un peu de Basquiat, et surtout, une bonne dose d’humour et de légèreté.

Sur les murs blancs de la Maison Rouge, peintures et sculptures sont organisées dans un parcours que l’on suit, un sourire enfantin accroché aux lèvres. Et partout, des couleurs vives, des compositions aussi dynamiques que saturées, et une famille de personnages inspirés de bandes dessinées qui gesticulent : les Renés, les Raymond, Raphaël, Raoul et Mique. Vivant.

Plus loin, « La vie des pauvres », couloir sombre, peint du sol au plafond, sur le thème de la misère. Parenthèse monochrome qui plonge dans le quotidien bien sombre des laissés-pour-compte. Loin de la fantaisie de l’artiste. Détonnant.

En bas, retour dans la lumière, les collections de figurines et action figures encore dans leurs emballages sont collées au mur de sorte à former des robots géants. Au centre de la pièce, une immense table est recouverte de figurines… M&M’s, Zig Zag, Omer Simpson, Hulk, un Superman en tenue noire… à faire baver tous les enfants, petits ou grands.

Plus bas, les murs sont noirs et les toiles abritent des créatures sous-marines. Là encore, les bulles et les créatures impriment un sourire sur nos lèvres…

Retour à la surface, et avant de sortir, le regard se pose sur des toiles inspirées par l’architecture… Plus de personnages. Des lignes pures. En face, le regard s’arrête sur cette toile reproduisant l’enseigne TATI un jour de Noël. Lumineux.

Ne restez pas seul, Di Rosa est à la maison rouge jusqu’au 22  janvier 2017.

Provocations.

Ai Weiwei, Entrelacs, Jeu de Paume, mars 2012.

Seconde exposition au Jeu de Paume : Ai Weiwei… En voyant l’affiche (le « doigt d’honneur » devant la Tour Eiffel – Study of Perspective), et en entendant les mots « art subversif »… j’avoue ne pas avoir vraiment eu envie d’y aller, mais une fois sur place, ma curiosité m’a poussée à en savoir un peu plus… et ça a été un choc !

Qui est Ai Weiwei ? Un photographe, un architecte, un sculpteur, un blogueur, un twitterer, un grand partisan de la communication et des réseaux, et aussi un observateur perspicace des enjeux et des problèmes sociétaux. Né en 1957, à Pékin, il étudie à l’Académie du Cinéma de Pékin avant d’intégrer en 1978, le collectif The Stars avec d’autres artistes, rejetant le réalisme socialiste et défendant l’individualité et l’expérimentation dans l’art. De 1983 à 1993, il vit à New York et étudie à la Parsons School of Design. Il découvre alors le milieu artistique New Yorkais et réalise des milliers de photographies, avec pour sujet sa vie et celle de ses amis chinois à New York. Lorsqu’il revient à Pékin, il poursuit son travail, montrant, grâce à son art, les différents aspects de la Chine. Il enrichit son travail à travers un blog et devient vite un des artistes majeurs de la scène artistique indépendante chinoise, produisant une œuvre iconoclaste et provocatrice.

Provisional Landscape (2002-2008), Fairytale Portraits (2007), Study of Perspective (1995-2010), Blog Photographs, quel que soit le thème, le travail en série de l’artiste met en exergue le message qu’il veut faire passer et le message est entendu, d’autant que les photographies sont d’une qualité artistique évidente !

L’expo, par sa richesse, montre un personnage complexe et fascinant, en recherche constante de relation avec le monde qui l’entoure et que l’on a envie de rencontrer. Placé en détention le 3 avril 2011 par les autorités chinoises et libéré sous caution le 22 juin 2011, Ai Weiwei est à ce jour toujours interdit de sortie de territoire.

 

Les Entrelacs d’Ai Weiwei sont au Jeu de Paume jusqu’au 29 avril. Plus d’infos : www.jeudepaume.org

Une idée lumineuse

« Who’s afraid of red, yellow and blue ? », la maison rouge, mars 2012.

Samedi 14 heures, 2 enfants de 6 ans surexcités à l’idée de passer l’après-midi ensemble, aucune réservation effectuée… moment de solitude… quand je me souviens du dernier parcours Paris Mômes que j’ai imprimé et qui suit l’exposition Néon de la Maison Rouge. Hop, c’est parti !

Dans la queue (assez vite absorbée), on peut déjà s’amuser à lire les injonctions au néon qui habillent l’arbre situé devant la Maison Rouge… en anglais. Pourtant, c’est en France, en 1912 que le néon naît et transforme le paysage urbain avant que Georges Claude, son génial inventeur n’exporte son brevet aux Etats-Unis. Mais ce sont bien les Etats-Unis qui donnent la parole au néon, au milieu des années 1960, à travers mots ou courtes phrases, comme dans l’œuvre qui a donné son titre à l’exposition « who’s afraid of red, yellow and blue ? » (référence à une œuvre de Barnett Newman). Les artistes se frottent de plus en plus à ce nouveau phénomène lumineux, proclamant, affirmant, interrogeant, avec des mots hauts en couleurs. Claude Lévêque ordonne « rêvez » (2008), Adel Abdessemed indique « exil » au lieu de « exit », un « rien » se déchiffre dans un crâne dans l’œuvre de Jean-Michel Alberola… L’exposition de la Maison Rouge nous emmène dans toutes les formes artistiques prêtées au néon et nous suivons la lumière, passant des mots aux cercles et aux carrés jusqu’à l’éblouissement proposé par François Morellet et Jeff Koons entre autres ! Du début à la fin, les couleurs ressourcent et inspirent adultes et enfants. Le parcours Paris Mômes nous aide, les enfants sont à l’aise dans cet univers lumineux et trouvent tous seuls des jeux autour de ces néons. Bref, j’ai eu une idée lumineuse !

Les néons éclairent la Maison Rouge jusqu’au jusqu’au 20 mai 2012.
Plus d’informations sur www.lamaisonrouge.org.

Bégaiement historique.

Michal Rovner_Le Louvre_jusqu’au 15 août 2011

La vie est un éternel recommencement. Voilà ce que j’ai «lu» dans cette installation de Michal Rovner invitée au Louvre. 3 espaces, 3 scènes.
Le premier espace surgit dès l’arrivée dans la cour Napoléon. Là, se trouvent 2 édifices que l’artiste a appelés Makom («espace» en hébreu). Ils se font face, l’un est blanc, reflétant la lumière, parfaitement solide, avec une fente étroite et régulière. L’autre est sombre, ouvert à tous vents, en ruines. Tous deux sont installés dans ce lieu plein d’Histoire, un lieu qui a traversé des révolutions et des guerres, des périodes opulentes et d’autres moins fastes, ayant lui aussi été détruit et reconstruit. Tous deux ont été bâtis avec des pierres provenant de maisons détruites à Jérusalem au Golan et en Syrie, par des maîtres maçons israëliens et palestiniens. Ils montrent le bégaiement des peuples, laissant passer à travers leurs fissures les images d’une histoire plus ancienne et toujours debout.
La seconde scène se déroule dans les salles d’antiquités orientales. On y découvre des projections sur des blocs de pierre, dont une en particulier représente deux formes blanches. J’y ai vu deux femmes drapées dans une valse hésitation. Lorsque l’une tend la main, l’autre montre le poing. Lorsque l’une s’approche, l’autre recule. Là encore, le présent à quelque époque qu’il se situe semble avoir du mal à réparer les failles du passé…
Troisième scène, dans les fossés médiévaux du Louvre, où les installations immenses reprennent le même principe de projection. Un lieu mêlant colonnes et pyramides, où l’on ne sait plus s’il s’agit de Gizeh ou de Pei, de la rue de Rivoli ou du Colisée… Des hommes marchent, comme une procession, mais vers quoi ? pourquoi ?
Sur un autre mur, la scène des femmes voilées est reprise et démultipliée.
Est-ce l’histoire qui bégaie ? Michal Rovner, par cette installation, ne peut laisser indifférent. Passé, présent, légèreté, poids de l’histoire… les images restent imprimées sur la rétine longtemps après être sorti du Louvre.

Michal Rovner reste au Louvre jusqu’au 15 août 2011. Entrée 10€.

Photos de l’auteur. Michal Rovner étant représentée par l’ADAGP, les photos de ses œuvres seront retirées du blog à la fin de l’exposition.

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