Joana Vasconcelos. Branco Luz. Le Bon Marché. Mars 2019.

Simone ou la Valkyrie en dentelles.

Blanc, dentelles et LED. Simone est Précieuse. Imposante. Tentaculaire.
Toute de dentelle au crochet immaculée, de détails argentés et de lumière, la Valkyrie de Joana Vasconcelos est virginale. Comme dans la mythologie nordique qui a inspiré l’artiste pour toute sa série de guerrières ailées. Car Simone n’est pas la première. Les sculptures de crochet de Vasconcelos avaient déjà occupé le Château de Versailles en 2012, opposant leur humour et leur dérision au faste viril des tableaux et bustes de l’immense Galerie des Batailles où elles étaient installées. Cette fois, l’artiste a créé et déployé une Valkyrie entièrement blanche sur tous les étages du magasin, en réponse à la demande de l’enseigne parisienne à l’occasion de sa semaine du blanc, comme Ai Weiwei, Chiharu Shiota et Leandro Elrich avant elle. Une première sculpture circule d’une vitrine à l’autre du Bon Marché suscitant l’envie d’en voir plus. L’installation, intitulée Branco Luz, illumine le Bon Marché de son impertinence, rappelant l’esprit des deux illustres féministes auxquelles l’artiste a voulu rendre hommage : Simone de Beauvoir et Simone Weil. Comme les Mamans de Louise Bourgeois ou les Nanas de Nikki de Saint Phalle, les Valkyries de Joana Vasconcelos enveloppent de leur force protectrice. Et c’est le sourire aux lèvres que les visiteurs portent leur regards sur Simone, depuis les illustres escaliers mécaniques du Bon Marché.

Simone est au Bon Marché jusqu’au 24 mars.

 

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Not afraid of love. Maurizio Cattelan. Monnaie de Paris

(Ir)révérence.

Sur la façade de l’institution, des bannières. Rectangles de tissu noir accrochés aux barreaux des fenêtres portant des adjectifs imprimés en lettres d’or : détesté, insoumis, profond… Référence à l’artiste ? Aux visiteurs ? À l’institution régalienne ? Début de questionnement…

Entrée dans le hall de la Monnaie de Paris. Escalier d’honneur. Premier choc. Dans une niche face à nous, une femme de dos, crucifiée. Suspendu au plafond, un cheval, immense. La violence et la mort comme entrée en matière… Le contraste avec le faste du bâtiment est brutal.

Sur le sol du grand salon, intégralement recouvert d’une épaisse moquette rouge, repose une des œuvres phares de l’artiste : « la nona ora », statue réaliste en cire du pape écrasé par une météorite. Entre étonnement et fascination, nous nous posons un instant face à l’œuvre grandeur nature. Le regard se lève vers le sublime plafond et découvre un enfant assis au bord de la balustrade du salon, un tambour entre ses jambes pendantes. Il ne tarde pas à jouer, laissant notre esprit en proie avec les scènes horribles du roman de Günter Grass.

Changement de registre dans le couloir adjacent. Des pigeons installés sur la corniche entourent une reproduction en miniature de l’artiste « mini-me ». Sourire.

Les salles se suivent, proposant des mises en scènes tantôt loufoques, tantôt dramatiques. En rupture de ton permanente. Ici, la tête de l’artiste qui sort littéralement du sol, laissant entrevoir ses pieds posés sur un amoncellement de livres à l’étage inférieur. Là, 9 gisants (pas 7 ni 11), enfin ce que l’on suppose être des gisants, dalles de marbre de carrare reproduisant les drapés des linceuls blancs laissent imaginer les pires scenarios. Ou encore ce cheval, passé à travers le mur, dont la tête a disparu de l’autre côté… Et nombre de miniatures de Cattelan, tantôt suspendu à un porte-manteau, tantôt allongé aux côtés de son double, tout habillé, le regard perdu dans le vide… Les imageries classiques du pouvoir et de la force sont passées par le filtre de l’artiste, qui les soumet à son tour au nôtre. Réflexions.

Puis, en dernier, la rencontre avec lui. Him. L’approche s’effectue par derrière. Un jeune homme est agenouillé, en pantalons courts et veste de tweed, les cheveux sont soigneusement peignés, laissant imaginer un enfant en prière, qui, une fois qu’on en fait le tour, révèle les traits d’Adolf Hitler. Et la tendresse initiale cède sa place à la violence et à l’horreur. Démesure.

Le chemin en sens inverse se fait en relisant les cartels, écrits par de nombreuses personnalités qui ont livré ici leurs interprétations des œuvres. Révélations.

Passez une tête à la Monnaie de Paris jusqu’au 8 janvier 2017.

Une rétrospective de pois.

Yayoi Kusama, Centre Georges Pompidou, novembre 2011.

Yayoi Kusama est une artiste japonaise née en 1929. Depuis 1977, elle a choisi de vivre dans un hôpital psychiatrique à Tokyo. Ses «installations» à base de libération sexuelle, d’accumulations répétitives et de critiques de la société ont souvent fait sensation, que ce soit en 1968 sur le pont de Brooklyn (happening anti-war), ou lors de la biennale de Venise en 1993 (elle y transforma le pavillon japonais en palais des glaces).
Toute petite déjà, Yayoi Kusama voit des pois partout. Pour dissiper ses troubles, elle est encouragée à poursuivre ses explorations artistiques. Ses pois sont devenus sa signature. Aujourd’hui Le centre Pompidou nous présente une rétrospective, la première en France. 150 œuvres réalisées entre 1949 et 2010, exposées de façon chronologiques, qui nous embarquent littéralement dans l’univers fantasque de l’artiste.
Dès l’entrée, on pense à Lewis Caroll et le pays des merveilles d’Alice : une table dressée pour le repas, des chaises, du petit mobilier de salle à manger, tout cela soigneusement recouvert… de pois multicolores, du sol au plafond, en passant par les assiettes et les verres. Le parcours se poursuit par des tableaux et sculptures. À l’entrée de chaque salle, on entend des Oh et des Ah, mais le plus réjouissant, ce sont les installations, qui nous immergent littéralement dans l’univers fantaisiste de l’artiste. Tous les sens sont en éveil et il est impossible de bouder son plaisir, en particulier si vous venez avec vos enfants : miroirs, lumières, formes, couleurs, tout est là pour faire perdre pied et on sort de là totalement ébouriffés !

Yayoi Kusama fait le pois à Beaubourg jusqu’au 9 janvier.

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