Onirique utopie.

L’étrange cité, Ilya et Emilia Kabakov. Monumenta 2014. Grand Palais. Mai 2014.

Une immense coupole inclinée aux allures de rosace d’église nous cueille dès l’entrée. Un orgue lumineux dont les couleurs changent lentement au rythme de la musique qui s’échappe de son centre. 

Le choc est immédiat. Amplifié par le contraste entre les couleurs changeantes et le blanc immaculé des murs de « l’étrange cité » qui nous fait face. Pour y pénétrer, une porte. Ou plutôt les ruines d’une porte, isolée, vestige d’une solennelle entrée dans la cité. Ainsi commence le parcours initiatique dans la cité rêvée des Kabakov. 7 pavillons, comme autant de suggestions pour communiquer avec l’au-delà composent la cité, reliés entre eux par des arches et des allées toutes de blanc vêtues.

Le « Musée vide » débute le parcours. Une pièce rectangulaire, tapissée de rouge, bordée de dorure. Sur ses murs, aucun tableau, mais 12 taches ovales de lumière. En son centre, un îlot de sièges pour observer religieusement l’effet de la musique de Bach, qui vient combler le vide produit par l’absence de peintures.

Ensuite, vient « Manas ». Cette cité tibétaine disparue, dont le nom signifie esprit. Elle se nommait ainsi car elle avait son double aux cieux. Au sommet de chacune des 8 montagnes qui encerclaient la ville, un édifice permettait aux habitants de communiquer avec l’au-delà. Au centre du pavillon, inondée d’une lumière toute céleste, est posée la maquette de cette cité imaginaire ainsi que celle de son double au ciel. En périphérie, chacun des édifices situés en haut des montagnes est détaillé en maquette et en dessin. Onirique.

« Le centre de l’énergie cosmique ». Cette fois, ce sont des calices à la subtile énergie qui permettent de communiquer avec le cosmos. L’histoire raconte qu’ils auraient été trouvés en creusant les fondations d’une usine. L’usine, ses fondations et l’observatoire nous laissent émerveillés. Cosmique.

Nous restons ensuite béats devant l’échelle longue de 1100 mètres, qui permet en seulement deux jours d’ascension de se rapprocher des anges. C’est l’histoire contée dans le pavillon nommé « comment rencontrer un ange ». En son centre, une lumière divine éclaire la maquette de cette échelle. En son sommet, un homme porte un sac à dos et tend les bras vers l’au-delà. Un ange venu du ciel semble aller à sa rencontre. En périphérie, les Kabakov ironisent avec humour sur le sujet et donnent des conseils et méthodes pour rencontrer un ange, allant jusqu’à encadrer de magnifiques ailes à enfiler pour méditer chaque jour sur le sujet à heures fixes, avec la garantie de sentir un changement intérieur s’opérer assez rapidement.

Le pavillon suivant s’intitule « Les portails ». Comme la porte d’entrée de « l’étrange cité », il s’agit ici de portails qui s’élèvent, seuls, sans enceinte. Autour, le même paysage avec à l’horizon une porte, est reproduit, dans un style impressionniste, à trois moments de la journée : l’aube, entre chien et loup, au plus profond de la nuit. Quatre fois. Quatre triptyques pour laisser le visiteur passer d’un côté à l’autre de cette porte qui ne mène nulle part. Méditer sur sa propre utopie.

Enfin, en point d’orgue, les chapelles qui se font écho : la chapelle blanche et la chapelle obscure. La chapelle blanche, éblouissante de lumière avec ses quelques fragments d’image dispersés, comme des traces de mémoire que l’on se prend à associer comme s’ils pouvaient constituer une seule image. L’autre, à l’inverse, sombre, avec ses immenses toiles aux accents baroques, faisant l’effet d’un tourbillon nous entraînant dans un trou noir.

À l’instar du Léviathan d’Anish Kapoor, l’étrange cité des Kabakov est une véritable expérience sensorielle, qui résonne un long moment et laisse le visiteur entre rêve et réalité.

Voyagez dans l’étrange cité d’Ilya et Emilia Kabakov au Grand Palais jusqu’au 22 juin.

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Voyage en mélancolie.

Friedrich Kunath. A Plan to Follow Summer Around the World. Centre d’Art Contemporain d’Ivry. Crédac. Mars 2014.

Un envol de valises, deux loutres de mer devenues serre-livres, des mocassins gigantesques, une otarie jongleuse, un néon, des allumettes surdimensionnées… L’installation de Friedrich Kunath exprime avec autant de sensibilité que de richesse de langages son « projet pour suivre l’été jusqu’au bout du monde ».

3 salles, 3 thèmes. « Travel Room », « Animal Zoo Room » et « Sunset Room ». Chacune d’elles est une immersion dans une atmosphère aussi ludique que mélancolique. Comme cet envol de valises, mêlant la légèreté de l’envol à la lourdeur des bagages, ou encore ces mocassins surdimensionnés, couronnés d’un œuf au plat et emplis de mégots, ironiquement intitulés « Honey, I’m home », l’effacement progressif du personnage sur la série de toiles « Dynamic Stabilization ». Culture Pop, surréalistes, symbolisme du XIXè siècle français, personnages de bandes dessinées… l’artiste se joue des influences, les réinterprète et nous les livre avec générosité, nous laissant une impression de légèreté… et sur nos lèvres un sourire.

Les vidéos présentées ont un petit quelque chose de Buster Keaton, avec ce personnage propulsé dans un univers différent à chaque changement de plan, ou ce bonhomme de neige, portant sa valise, marchant dans le désert, sans nous donner la moindre idée de la raison de cette progression ni la direction qu’elle prend… Ce sera la première vidéo qui fera l’objet de l’atelier proposé aux enfants, qui rejoueront avec plaisir ce saut dans l’inconnu, et mimeront la surprise autant de fois que possible.

Malheureusement, l’exposition Friedrich Kunath s’est terminée dimanche. Mais guettez la prochaine apparition de cet artiste, et rendez-vous à la Manufacture des Œillets voir la prochaine installation à partir du 10 avril. Il s’agit d’Estefania Peñafel Loaiza et Benoît-Marie Moriceau. Prometteur…

Pour tout savoir sur le Credac, c’est par là.

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