Pierre & Gilles, la fabrique des idoles. Philharmonie de Paris. Janvier 2020.

Ecoutez voir.

Des paillettes plein les yeux et du miel entre les oreilles. De Mick Jagger à Etienne Daho, de Kylie Minogue à Clara Luciani, de Iggy Pop à Gainsbourg ou Françoise Hardy, de M à Marilyn Manson ou Madonna… Ils sont tous là. Visages lisses, sans âge ni émotion. Immortels et magnifiés. Transformés en saints, en dieux ou en diables, sur fond de paradis ou d’enfer, entourés d’un entremêlement de symboles. Cœurs rouges, larmes de sang, auréoles, serpents, lys, roses ou éclairs. Idoles passées à la postérité. Les murs sont pailletés, couleur or pour les années 1980, bleu pour célébrer les chanteurs, et rouge pour l’amour et le désir. Un casque sur les oreilles, la déambulation se fait en rythme. Les musiques claquent autant que les images. La notte, la notte… Chic, pop, éclectique… Chacun croisera son idole préférée. Irrésistible.

Mettez des paillettes dans votre vie avec La fabrique des idoles, jusqu’au 23 février 2020 à la Philharmonie de Paris.

Bain de culture estival

7 lieux, 7 expositions. Juillet-Août 2016

Le Musée Guimet expose Nobuyoshi Araki, figure de la photographie contemporaine japonaise connu pour ses séries dédiées à l’art du Kinbaku. Des corps ligotés montrent des femmes suspendues, tendues et impassibles à la fois, livrées à l’œil de l’artiste, dans une esthétique graphique. Tout aussi esthétiques, des fleurs, des calligraphies, ainsi qu’une série inédite réalisée pour l’exposition, intitulée « Tokyo tombeau ». L’on en ressort aussi étourdi que séduit par l’incroyable production artistique du photographe, qui déclenchait son obturateur comme il respirait.

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La Fondation Louis Vuitton est habillée depuis le mois de mai par Daniel Buren. Les filtres colorés revêtus par les voiles du vaisseau de Frank Gehry offrent une vision vitaminée de la Fondation, un « observatoire » où les jeux d’ombres et de lumières remplacent la pureté du blanc.
Dans les galeries, la Chine est à l’honneur avec 12 artistes chinois réunis pour l’occasion. L’on pourra y voir une Victoire de Samothrace inversée, cinquante bras de Bouddha ou une déesse pop… Riche et surprenant.

 

Beaubourg nous propose une foisonnante exposition autour de la Beat Generation et de la vague artistique qu’elle a déchaînée. Des poèmes au bout du fil, des photos, des films, des installations… Un voyage dans le temps, au cours duquel il est possible de croiser Bob Dylan, Jack Kerouac, John Giorno ou Allen Ginsberg…

 

Versailles a invité Olafur Eliasson a investir l’espace et l’artiste suédois déploie de subtils et spectaculaires jeux d’eaux et de lumières. Dans les jardins, une immense cascade est installée au bord du Grand Canal alors que notre esprit se trouble à l’apparition des lumières diffractées et miroirs en trompe-l’œil dans la Galerie des Glaces et les salons.

 

La Fondation Cartier nous immerge dans « le grand orchestre des animaux », une exposition jouissive, qui réunit des artistes du monde entier autour d’un monde animal menacé. Peintures, photo, vidéos et enregistrements, tous les sens sont convoqués. Une expérience à vivre.

 

Le Musée de l’Homme, réouvert depuis peu, est une aventure au cœur de l’Histoire de l’Homme. Qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Les réponses sont là, au sein de cette immense Galerie de l’Homme. La circulation est fluide, les espaces sont lumineux et l’expérience est ludique et instructive. En points d’orgue : le portant de bustes, le mur de langues et le car rapide de Dakar.

 

Le musée Picasso. Picasso forever ! L’hôtel particulier entièrement rénové avec ses grands murs blancs, ses greniers aux poutres apparentes, ses sous-sols tout frais et son escalier métallique qui donne accès au jardin vaut à lui seul le détour. Quant aux œuvres… Les redécouvrir dans ce nouvel écrin est un pur moment de bonheur, j’avais oublié ses paysages…

 

Araki au Musée Guimet, jusqu’au 5 septembre
L’Observatoire de la Lumière de Daniel Buren à la Fondation Vuitton depuis le 11 mai
La Beat Generation au Centre Pompidou jusqu’au 3 octobre
Olafur Eliasson au Château de Versailles jusqu’au 30 octobre
Le Grand Orchestre des Animaux à la Fondation Cartier jusqu’au 8 janvier
Le Musée de l’homme
Le Musée Picasso

Trouble.

Mona Hatoum. Centre Georges Pompidou. Juillet 2015.

« So much I want to say ». Première vidéo, dès l’entrée de l’exposition, la phrase est répétée en boucle par l’artiste, qui se couvre le visage avec les mains. Obsessions, réflexions, engagements, les messages sont transmis tout au long du parcours. 2000m2 de troubles, de craintes, d’inquiétudes, d’intimité et une pointe d’ironie et de jeu, la première grande rétrospective pour cette artiste née de parents palestiniens en 1952 à Beyrouth. Mona Hatoum quitte le Liban en 1975 pour un court séjour à Londres… La guerre éclate au Liban, elle restera à Londres et entamera des études d’art. Ses œuvres sont le reflet de sa vie intime et de ses propres questionnements, comme des obsessions.

Des cages… Surdimensionnées mises en perspectives enfermant ceux qui passent (Cube 2006)… Cages à poules, superposées formant une sorte de ville HLM, laissant passer un fil avec une ampoule qui se balance et crée des ombres mouvantes sur les murs en même temps qu’une sensation d’instabilité (Light sentence 1992)… Cages de fil de fer barbelé, qui lévitent à 10 centimètres du sol et dont le nom est aussi sinistre qu’évocateur « impénétrable » (2009)… Cages verticales, faites de barres d’acier légèrement inclinées desquelles semblent s’échapper des formes molles en verre rouge aux allures d’organes humains (cellules 2012-2013).

Des cartes… 2200 pains de savon à l’huile d’olive fabriqués traditionnellement à Naplouse, dans lesquels sont enfoncées des perles de rocaille en verre rouge pour tracer le contour de l’état d’Israël, tel qu’il a été défini initialement en 1993 par les accords d’Oslo (présent tense, 1996/2011)… Un tapis persan, sur lequel les continents apparaissent comme « en négatif », comme s’ils avaient été rongés (Bukhara, 2008)… Un globe géant, incliné et réalisé à partir de néons rouges traçant les contours des continents. Rayonnements et vibrations évoquent les nombreux points de crises et de conflits (Hot Spots, 2014)… Des cercles concentriques découpés dans la surface de plans de rues de Bagdad et Kaboul, montés sur plateaux, créant des perspectives troublantes et mouvantes, comme des cratères (3-D Cities, 2008-2010)… Des billes de verre comme du cristal créant une carte du monde dont les contours fluctuent au passage de ses observateurs, montrant toute la vulnérabilité (l’absurdité) de ses frontières (Map – Clear, 2014).

Des cheveux… comme dans cette pièce dont le sol est jonché de boules de cheveux menant à un métier à tisser des cheveux et dans laquelle pendent des cheveux collés au plafond (Recollection 1995)… Tissés sur de petits tableaux de papier, formant une composition avec des ongles et d’autres matières organiques (œuvres sur papier, 1977-2013).

Mona Hatoum provoque, par tous les moyens, corps, vidéos, sculptures, performances… Puissant et perturbant.

Secouez votre esprit avec Mona Hatoum au Centre Pompidou jusqu’au 28 septembre 2015.

Décalage spacio-temporel.

Krijn De Koning. Espace – Couleurs. Le 104. Mars 2015.

Se perdre, se retrouver, jouer, changer d’angle, de perspective… L’installation de Krijn de Koning au 104 se joue de notre mémoire, modifiant nos repères pour mieux nous semer dans son labyrinthe protéiforme survitaminé. Comme à son habitude, l’artiste déconstruit l’espace pour le reconstruire, s’adaptant au lieu dans lequel il installe sa création. La visite commence sous la halle et se poursuit dans une des galeries du 104, nous faisant passer de l’état de spectateur à celui d’acteur, chacun vivant cette expérience sensorielle à sa façon. Les uns courant  en tous sens dans le labyrinthe « dans le noir », les autres créant leurs propres jeux de construction dans la pièce aux vitraux, certains montant au sommet d’un escalier jaune soleil… qui ne mène à rien, si ce n’est à une autre vision de l’espace. D’autres encore passent la tête à l’intérieur d’une maquette pour voir un autre lieu, un autre espace.

Une installation positivement ludique, certainement colorée, qui propose de voir l’espace d’une autre façon et laisse une sensation de gaieté…
Espace – Couleurs, en quelques chiffres
25 couleurs • 15 pièces regroupées en 4 espaces • 3 mètres de hauteur en extérieur • 4,20 mètres de hauteur en intérieur • 3 matériaux : plâtre, bois et rails métalliques • 150 mètres de murs montés
Changez d’espace-temps jusqu’au 5 avril au 104.

Bégaiement historique.

Michal Rovner_Le Louvre_jusqu’au 15 août 2011

La vie est un éternel recommencement. Voilà ce que j’ai «lu» dans cette installation de Michal Rovner invitée au Louvre. 3 espaces, 3 scènes.
Le premier espace surgit dès l’arrivée dans la cour Napoléon. Là, se trouvent 2 édifices que l’artiste a appelés Makom («espace» en hébreu). Ils se font face, l’un est blanc, reflétant la lumière, parfaitement solide, avec une fente étroite et régulière. L’autre est sombre, ouvert à tous vents, en ruines. Tous deux sont installés dans ce lieu plein d’Histoire, un lieu qui a traversé des révolutions et des guerres, des périodes opulentes et d’autres moins fastes, ayant lui aussi été détruit et reconstruit. Tous deux ont été bâtis avec des pierres provenant de maisons détruites à Jérusalem au Golan et en Syrie, par des maîtres maçons israëliens et palestiniens. Ils montrent le bégaiement des peuples, laissant passer à travers leurs fissures les images d’une histoire plus ancienne et toujours debout.
La seconde scène se déroule dans les salles d’antiquités orientales. On y découvre des projections sur des blocs de pierre, dont une en particulier représente deux formes blanches. J’y ai vu deux femmes drapées dans une valse hésitation. Lorsque l’une tend la main, l’autre montre le poing. Lorsque l’une s’approche, l’autre recule. Là encore, le présent à quelque époque qu’il se situe semble avoir du mal à réparer les failles du passé…
Troisième scène, dans les fossés médiévaux du Louvre, où les installations immenses reprennent le même principe de projection. Un lieu mêlant colonnes et pyramides, où l’on ne sait plus s’il s’agit de Gizeh ou de Pei, de la rue de Rivoli ou du Colisée… Des hommes marchent, comme une procession, mais vers quoi ? pourquoi ?
Sur un autre mur, la scène des femmes voilées est reprise et démultipliée.
Est-ce l’histoire qui bégaie ? Michal Rovner, par cette installation, ne peut laisser indifférent. Passé, présent, légèreté, poids de l’histoire… les images restent imprimées sur la rétine longtemps après être sorti du Louvre.

Michal Rovner reste au Louvre jusqu’au 15 août 2011. Entrée 10€.

Photos de l’auteur. Michal Rovner étant représentée par l’ADAGP, les photos de ses œuvres seront retirées du blog à la fin de l’exposition.

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