Ulla Von Brandeburg. Le milieu est bleu. Palais de Tokyo. Février 2020.

Au théâtre ce soir.

Comme un diaphragme d’appareil photo, d’immenses rideaux colorés percés d’un grand cercle en leurs centres se succèdent. À chaque pas, franchissant les panneaux un à un,  le visiteur est invité à pénétrer un peu plus dans l’univers onirique de l’artiste. Passage initiatique.

Une odeur de paille, une cabane de tissus colorés… Et soudain, un homme qui s’empare d’une poupée de chiffon. Marchant d’un pas lent, vêtu de ce même tissu dont est fait le décor, il se distingue de la foule de visiteurs qui le suit du regard. Il entre, pose la poupée, d’autres comédiens pareillement vêtus le rejoignent. Ensemble, ils effectuent une sorte de chorégraphie sous le chapiteau. Un public se forme, se fait tout petit. Immobile. Silencieux. Comme s’il était entré par effraction dans un espace privé… Les comédiens repartent dans différentes directions… La déambulation se poursuit.

D’autres cabanes, d’autres espaces, d’autres objets posés sur le sol, les comédiens se rejoignent, se séparent. Les visiteurs s’arrêtent puis repartent au gré des scènes qui se jouent, suivant une trajectoire aléatoire. Attirés par une voix, une musique échappée d’un instrument automatique, un tissu qui prend vie sous l’action de l’un des comédiens… Poésie de l’incertitude…

Puis c’est le bout du chemin. Une salle dans laquelle est projeté un film de 28 minutes. Les comédiens qui ont peuplé le parcours se déplacent et jouent cette fois au cœur du Théâtre du Peuple de Bussang, à ciel ouvert. Entre chants et déambulation. Et l’on a la sensation d’observer un peuple aux rites inconnus dans son quotidien. La vie. La disparition. Dans le public, personne ne bouge. Admiration.

Un labyrinthe de tissus bleus suspendus mène le visiteur vers la sortie. Sur ce bleu, sont projetés de courtes scènes de vie sous-marine. Un miroir. Un soulier. Une robe… Pas un humain. La vie après la vie ?

Le milieu est bleu au Palais de Tokyo jusqu’au 17 mai 2020.

Soulages au Louvre, Jean-Michel Othoniel dans la cour Puget. janvier 2020.

Et la lumière fut.

Entrer au Louvre. Et s’émerveiller. Toujours. De jour. De nuit. Qu’il fasse beau ou qu’il pleuve. Pour le maître de l’outrenoir, la nocturne était comme une évidence. Aile Denon. 1er étage. Direction le Salon carré. À droite de la Victoire de Samothrace et son éternelle nuée de photographes.

Du brou de noix au noir et à l’outrenoir, l’histoire est brève. Mais le choc face aux immenses toiles monochromes est intact. Qu’on les ait vues lorsqu’elles étaient exposées à Beaubourg en 2009, au Musée Soulages à Rodez ou nulle part encore. La beauté de cette lumière qui apparaît au détour des gestes et de la matière est ici sublimée par la majesté du Salon carré. Et le regard caresse ces variations, passant d’une toile à l’autre, de haut en bas, de gauche à droite, s’attardant sur la tranche pour en comprendre l’épaisseur, et repassant encore pour ne pas quitter cette pièce que l’on trouve trop petite finalement au regard de la grandeur de ces œuvres. Alors, on s’installe sur le banc face aux trois tableaux verticaux, les plus récents réalisés par l’artiste, on laisse la beauté s’imprimer sur la rétine un moment… Et l’on se dit que l’on aurait aimé pouvoir les contempler sous un autre angle pour en percevoir toute la lumière. Que peut-être il faudrait revenir pour les voir de jour, lorsque le soleil entre dans cette salle, ou par temps de pluie, histoire de voir la matière réagir sous d’autres cieux. Majestueux Soulages…

Sublime aussi, l’installation d’Othoniel, inspirée du « mariage de Marie de Médicis et d’Henri IV » de Rubens. L’œuvre, composée de six tableaux de roses en colliers de perles noires peints à l’encre sur feuilles d’or blanc habite dans la cour Puget dans un dialogue parfait avec les statues du XVIIè et XVIIIè. Le regard se promène des roses aux statues, fait le tour de la cour qui prend une nouvelle dimension. Onirique Othoniel.

Soulages est au Louvre, Salon carré, aile Denon, premier étage, jusqu’au 9 mars.

Les roses d’Othoniel sont installées dans la Cour Puget jusqu’au 24 février.

« Faire son temps ». Boltanski au Centre Georges Pompidou. Décembre 2019.

Au-delà.

Tout commence au Départ. Se termine à l’Arrivée. Entre les deux, la vie. Ou plutôt la mort et ce qu’il reste de nous après que l’on ait « fait son temps » comme le dit l’artiste.

Boltanski nous entraîne dans une déambulation de part et d’autre d’un couloir éclairé d’ampoules nues suspendues qui s’allument et s’éteignent au rythme de battements de cœurs. Pulsations. Et partout, le souvenir. La vie, fragile. Des portraits en noir et blanc de l’artiste depuis son enfance se succèdent sur un rideau en fils que l’on franchit pour déboucher sur un théâtre d’ombres : un pendu, des têtes de mort, des visages émaciés… Silence et recueillement.

Une autre salle et des portraits sont imprimés cette fois sur des voiles, dédale de fantômes. Ici, un manteau noir plaqué au mur et entouré d’ampoules bleues, trophée qui aurait survécu à celui auquel il appartenait. Soudain, des colonnes immenses de tiroirs d’archives empilés, illustrés parfois de photos en noir et blanc, comme pour indiquer que ce sont les « restes » d’une personne au seuil de l’oubli. Là, une salle où des tissus noirs accrochés au mur couvrent des portraits entrant en résonance avec des cercueils sur pilotis, recouverts de tissus noirs, eux aussi…

Au centre d’une salle un peu plus spacieuse, un gigantesque tas de vêtements noirs qui rappelle immanquablement la Shoah. Autour, des silhouettes en bois vêtues d’un pardessus noir d’où s’échappent des questions « étiez-vous seul ? » « avez-vous souffert ? » « avez-vous eu peur ». Au fond, un écran sur lequel est projetée Animitas blanc, installation de l’artiste dans le désert d’Atacama, où des milliers de clochettes accrochées au bout de longues tiges tintent au gré du vent. Poésie. Arrivée. Choc.

Boltanski hante le Centre Pompidou jusqu’au 16 mars 2020.

Joana Vasconcelos. Branco Luz. Le Bon Marché. Mars 2019.

Simone ou la Valkyrie en dentelles.

Blanc, dentelles et LED. Simone est Précieuse. Imposante. Tentaculaire.
Toute de dentelle au crochet immaculée, de détails argentés et de lumière, la Valkyrie de Joana Vasconcelos est virginale. Comme dans la mythologie nordique qui a inspiré l’artiste pour toute sa série de guerrières ailées. Car Simone n’est pas la première. Les sculptures de crochet de Vasconcelos avaient déjà occupé le Château de Versailles en 2012, opposant leur humour et leur dérision au faste viril des tableaux et bustes de l’immense Galerie des Batailles où elles étaient installées. Cette fois, l’artiste a créé et déployé une Valkyrie entièrement blanche sur tous les étages du magasin, en réponse à la demande de l’enseigne parisienne à l’occasion de sa semaine du blanc, comme Ai Weiwei, Chiharu Shiota et Leandro Elrich avant elle. Une première sculpture circule d’une vitrine à l’autre du Bon Marché suscitant l’envie d’en voir plus. L’installation, intitulée Branco Luz, illumine le Bon Marché de son impertinence, rappelant l’esprit des deux illustres féministes auxquelles l’artiste a voulu rendre hommage : Simone de Beauvoir et Simone Weil. Comme les Mamans de Louise Bourgeois ou les Nanas de Nikki de Saint Phalle, les Valkyries de Joana Vasconcelos enveloppent de leur force protectrice. Et c’est le sourire aux lèvres que les visiteurs portent leur regard sur Simone, depuis les illustres escaliers mécaniques du Bon Marché.

Simone est au Bon Marché jusqu’au 24 mars.

 

 

Subodh Gupta. Adda / Rendez-vous. Monnaie de Paris.

De l’eau, du pain et des casseroles.

Entre quotidien et merveilleux. Entre monumental et miniature. Le parcours de cette exposition monographique débute dans les cours de la Monnaie de Paris. People tree nous accueille. Ce banian, l’arbre le plus courant en Inde est entièrement fait d’acier, ses feuilles sont en ustensiles de cuisine. Comme si les objets du quotidien avaient pris le pas sur le vivant. Une autre cour, une autre œuvre : Adda, qui a donné son nom à l’exposition. Des colonnes, symboles des places publiques, habillées elles aussi d’objets en acier, miniatures d’ustensiles de cuisine, d’où s’échappent des sons de conversation. Un rendez-vous entre amis, pour converser, dialoguer. Plus loin, une Ambassador Car, transformée par l’artiste. Le véhicule, que l ‘artiste a intitulé Doot est coulé en aluminium, passant du statut de voiture populaire à celui d’œuvre d’art.

En haut des escaliers d’honneur, un pot en bronze transformé en corne d’abondance déverse une multitude d’objets, poêles à frire, outils et autres cordages. Et le début du parcours dans les salons du palais de Conti est marqué par un verre en inox, posé sur un escabeau de bois et rempli d’eau au ras bord. Marque de bienvenue en Inde, l’objet se trouve sur le passage vers l’enfilade de pièces de l’étage. Au centre du Salon Dupré, le Very hungry god. L’œuvre la plus connue de l’artiste, crâne monumental réalisé avec un assemblage d’ustensiles de cuisine. Impressionnant.

Plus loin, la dualité entre le quotidien et le merveilleux se joue de nouveau avec There is always cinema, où l’artiste présente par paires les vestiges d’un cinéma abandonné et leur reproduction en acier. Ainsi les projecteurs, bobines, pellicules, et même les toilettes du projectionniste. Une charge émotionnelle toute nostalgique.

Les Dieux sont dans la cuisine parle de nourriture, au cœur de l’œuvre de Subodh Gupta, comme la cuisine l’est dans les foyers indiens. Assemblés, juxtaposés, coulés, placés sur des tables ou sur des plateaux tournant. Les ustensiles de cuisine, omniprésents, clinquant, montrent différents visages de la culture indienne.

Le départ, l’exil est aussi un thème abordé dans le parcours. Avec Two cows, les deux vélos, qui évoquent la distribution du lait. Ou Jal Hein Kumbh, Kumbh Mein Jal Hai, où des pots, symbole du corps humain, débordent d’une barque, symbole de migration.

Une exposition rutilante, qui dialogue avec l’ADN de la Monnaie de Paris, qui travaille monnaie et métaux précieux depuis plus de mille ans.

Rendez-vous pour converser avec Subodh Gupta à la Monnaie de Paris jusqu’au 26 août 2018.

 

Junya Ishigami. Freeing architecture. Fondation Cartier. Avril 2018.

Poésie architecturale.

Lumière et délicatesse, nature et transparences. Junya Ishigami déploie avec minutie et précision des maquettes créées in situ. Œuvres à part entière. Comme un écho au bâtiment iconique de Jean Nouvel. Chaque salle de l’exposition évoque un paysage. Et partout, la nature. Omniprésente respiration.

Ici, gigantesque et reproduite au 1/10è, une chapelle toute en hauteur, semblant surgir de terre et épousant les courbes de la vallée qui l’entoure, harmonieusement. Là, une promenade d’un kilomètre, se frayant un passage au beau milieu d’un lac artificiel. Et ses minuscules personnages de papier, dialoguant avec humour. Plus loin, une maison-jardin, dont une partie du sol du rez-de-chaussée est en terre et plantée de végétation, créant ainsi un rapport intérieur / extérieur totalement inversé, accordé au rythme des saisons.
Et que dire de la House of Peace ? Ce monument conçu à la fois comme un symbole de paix et un espace de réflexion et de méditation. Il prend la forme d’un nuage qui semble flotter sur l’eau : la mer y fait office de sol et le nuage de toit. L’entrée souterraine  mène à une plateforme cernée par la mer. Une barque permet au visiteur de se promener sous la voûte de béton blanc, où la lumière se reflète sur la surface de l’eau. Par absorption de la chaleur du soleil, le bâtiment reste agréable été comme hiver, sans aucun autre système de chauffage.

Plus loin, des projets autour de l’enfance. Le Cloud Garden, aire de jeux où des nuages de béton blanc disposés entre différents piliers laissent imaginer que l’on grimpe vers le ciel, chevauchant à travers un paysage de coton et partout, la lumière. Le Kids Park, où Junya Ishigami adopte le point de vue de l’enfant : un chien se transforme en un vaste toit, un ours devient un dôme, et la bouche ouverte d’un hippopotame prend l’allure d’une grotte. Un monde qui joue avec les dimensions et développe l’imaginaire de ses petits visiteurs.

Entre évidence et simplicité, la poésie des projets de Junya Ishigami passe sous silence une maîtrise technique incroyable tant dans leur conception que dans leur mise en œuvre. Qu’il s’agisse de dévoiler et de magnifier les fondations d’un musée pour l’agrandir ou de faire disparaître toute colonne d’un bâtiment de verre, le rendant quasiment transparent (Park Groot Vijversburg Visiter Center). Chacun des projets cache une véritable réflexion sur la place de l’Homme au sein de l’architecture et de la nature.

Un vent de liberté architecturale souffle sur la Fondation Cartier, jusqu’au 9 septembre 2018.

 

 

 

Jim Dine. Paris reconnaissance. Centre Pompidou, mars 2018.

Assemblages et langages

Objets, outils, sculptures, peintures et mots entremêlés, entrelacés. Assemblés. Sculpter, puis, si cela ne suffit pas, ajouter des objets, puis des mots… Et de fil en aiguille, créer autre chose. C’est ainsi que procède Jim Dine et c’est ce l’on voit ici. Des Pinocchio, si semblables et si différents, des Vénus, avec des outils, ou entourées de mots… œuvres au vocabulaire si particulier, jusque dans leur intitulé au son empli de poésie « My Tuxedo Makes an Impressive Blunt Edge to the Light » pour un costume suspendu sur une peinture, Nancy and I at Ithaca (Straw Heart) pour une botte de paille en forme de cœur, « the garden of Eden » pour un paravent… L’artiste raconte une histoire dans chacune de ses œuvres et l’on se laisse emporter par ce parcours plein de surprises. Un vent de poésie souffle sur le Centre Pompidou et sa nouvelle installation permanente.

Les 26 peintures offertes par Jim Dine sont au Centre Pompidou jusqu’au 23 avril 2018.

Sheila Hicks. Lignes de vie. Centre Pompidou, mars 2018.

Doudou.

Couleurs et douceurs. D’immenses lianes aux couleurs éclatantes tombent en cascades du plafond, entremêlant leurs racines au sol. Des ballots géants empilés forment un rocher moelleux rouge et orange, qui donne envie d’y plonger et son reflet dans la vitre le mêle à la vie. Des panneaux de fibres et de pelotes, petits et grands entrelacent leurs couleurs dans un clin d’œil aux jeux de notre enfance. Une joie pleine d’innocence s’installe au gré du parcours et l’on ressort de ce bain de couleurs comme d’une cure de jouvence : le sourire aux lèvres.

Les lignes de vie de Sheila Hicks sont au Centre Pompidou jusqu’au 30 avril 2018.

 

Women House. Monnaie de Paris. Décembre 2017.

Girl Power!

Elles sont 40. Elles viennent des Etats-Unis, du Mexique, d’Iran, de France, du Portugal ou d’Allemagne… Elles ont œuvré dans les années 1920 mais sont aussi nos contemporaines. La Monnaie de Paris leur dédie le palais du 11 quai Conti pour une exposition où l’espace domestique et le féminin dialoguent et se chahutent. Photographie, vidéo, sculpture, collage, tissage… Huit chapitres. 1000m2. Et autant de visions. Humour, puissance, douleur, délicatesse, poésie… Sur tous les tons, ces artistes replacent les femmes au cœur d’une histoire dont elles étaient exclues, les sortant de ce foyer-protecteur-prison.

Les regards décalés de Cindy Sherman et l’humour noir de Birgit Jurgenssen font sourire au premier chapitre « Desperate Housewives ». L’emprisonnement de Martha Rosler et de Lydia Schouten bouscule au chapitre deux « La Maison cette blessure ». Les armoires de Claude Cahun, ou de Kirsten Justesen choquent au chapitre trois inspiré par Virginia Wolf et « une chambre à soi ». Le chapitre quatre et les « Maisons de Poupées » de Penny Slinger et Laurie Simmons effraient un peu. Un glissement poétique se fait sentir au chapitre « Empreintes » et « Construire, c’est se construire ». Le chapitre sept et les « Mobil’Homes » est un peu plus explorateur et engagé. Et l’on arrive au chapitre huit et aux célèbres « Femmes-Maisons » dont les porte-parole sont Nikki de Saint-Phalle et ses Nana et Louise Bourgeois dont la monumentale Spider trône, protectrice et envoûtante, dans le somptueux salon de la Monnaie de Paris. Dans les cours de la Monnaie, sont exposées une « Nana » monumentale et colorée de Nikki de Saint-Phalle, l’impressionnant « salon de coiffure » de Shen Yuan où s’entremêlent fibres de chanvre et œufs, et la délicate prison dorée, intitulée « Théière » de Joana Vasconcelos. La femme est l’avenir de l’homme…

Célébrez les femmes à la Monnaie de Paris jusqu’au 28 janvier 2018.

 

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