Un petit coin de paradis.

Année 1, le paradis sur terre. Michelangelo Pistoletto, le Louvre, juin 2013.

Vous croyez au paradis, vous ? Personnellement, j’aurais plutôt tendance à croire à de petits coins de paradis, saisis au vol, deci, delà. Il en existe un au Louvre en ce moment, avec l’installation de Michelangelo Pistoletto. L’artiste a déployé son troisième paradis au sein de quatre départements du musée : la salle des sculptures gréco-romaines, les collections de peintures italiennes, le Louvre médiéval et la cour Marly. Pourquoi le troisième paradis ? Pour l’artiste, notre civilisation est entrée dans une nouvelle ère, une renaissance. Et c’est vers cette renaissance que convergent le paradis naturel et le paradis artificiel. Un anneau pour chaque paradis, tous trois entrelacés, c’est ainsi que Michelangelo Pistoletto a représenté son paradis.
Ce symbole trône au Louvre, immense, réalisé avec de multiples chiffons noués, suspendu sous la verrière de la cour Marly et traversé en son centre d’une obélisque de 12 mètres de haut, recouverte de miroirs… Les chiffons et les miroirs étant au cœur du travail de l’artiste, initiateur du mouvement de l’Arte Povera.
La mise en abîme commence cour Marly et se poursuit tout au long du parcours avec les tableaux-miroirs de Pistoletto. Passant d’une conversation avec trois hommes (dont Giuseppe Penone) à l’intimité d’un slow entre deux femmes, le jeu de miroirs trouve son apogée au milieu des peintures italiennes, avec « la jeune fille photographiant » : une jeune fille qui regarde les œuvres au travers de l’objectif de son appareil photo… comme moi. Comme nous ?
Revenons à nos chiffons, avec un autre des moments forts du parcours selon moi : « la Vénus aux chiffons ». Installée dans le département des sculptures gréco-romaines, Vénus nous tourne le dos, postée devant un tas de vieux vêtements défraîchis. Elle nous invite à la réflexion sur la société de consommation, et rappelle l’origine du mouvement de l’Arte Povera, dont l’objet est de faire de l’art avec peu… Y compris avec des vieux journaux présentant l’actualité du monde, comme dans la fameuse « mappemonde », que l’artiste a imaginée pour introduire l’art dans le quotidien créant ainsi une « sculpture de promenade » initiée en 1967 à Turin. Lors de la dernière Nuit des Musées, Pistoletto a reproduit cette performance, poussant la Sphère de Journaux du Louvre à la Monnaie de Paris en traversant le Pont des Arts (j’ai raconté ce parcours dans le blog MétaLmorphoses), renouant ainsi avec l’une de ses œuvres emblématiques.
Des jeux de miroirs aux vieux chiffons, le parcours paradisiaque nous montre le Louvre sous un autre angle et nous invite à la réflexion avec grâce et plaisir.

Le Louvre vous fait une place au Paradis jusqu’au 2 septembre. www.louvre.fr.

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Les cochons au Louvre

Wim Delvoye au Louvre, mai 2012.

Arrivée sous la pyramide, une flèche gothique torsadée me cueille. Intitulée Suppo, la flèche toute de dentelle d’acier culmine à 13 mètres. Après Tony Cragg, c’est Wim Delvoye que le Louvre a invité à concevoir une sculpture monumentale pour orner la colonne du belvédère… mais pas seulement. L’irrévérencieux Wim Delvoye intervient aussi dans les appartements Napoléon III et dans les salles gothiques du département des objets d’art.
Une quinzaine d’œuvres déforment le baroque, détournent l’histoire, tourmentent les sentiments et donnent à voir un tout autre passé. Des cochons, d’habitude tatoués par l’artiste, sont recouverts de tapis persans et trônent dans les salons de Napoléon III. Et puisque l’on parle de tatouages, Tim, lui-même, était présent lors de la première, de dos, se fondant presque dans les décors des appartements tout en dorures et velours cramoisi.  Ornant la table de la petite salle à manger, où Napoléon III recevait ses amis, l’artiste a posé des crucifix, devenus ronds de serviette géants… Au bout du parcours, j’en arrive à voir du Delvoye partout et à chercher les détournements dans la moindre vitrine… mais n’est pas cochon qui veut !

Les cochons de Wim Delvoye sont au Louvre jusqu’au 17 septembre 2012.
Tout sur l’exposition www.louvre.fr.

Bégaiement historique.

Michal Rovner_Le Louvre_jusqu’au 15 août 2011

La vie est un éternel recommencement. Voilà ce que j’ai «lu» dans cette installation de Michal Rovner invitée au Louvre. 3 espaces, 3 scènes.
Le premier espace surgit dès l’arrivée dans la cour Napoléon. Là, se trouvent 2 édifices que l’artiste a appelés Makom («espace» en hébreu). Ils se font face, l’un est blanc, reflétant la lumière, parfaitement solide, avec une fente étroite et régulière. L’autre est sombre, ouvert à tous vents, en ruines. Tous deux sont installés dans ce lieu plein d’Histoire, un lieu qui a traversé des révolutions et des guerres, des périodes opulentes et d’autres moins fastes, ayant lui aussi été détruit et reconstruit. Tous deux ont été bâtis avec des pierres provenant de maisons détruites à Jérusalem au Golan et en Syrie, par des maîtres maçons israëliens et palestiniens. Ils montrent le bégaiement des peuples, laissant passer à travers leurs fissures les images d’une histoire plus ancienne et toujours debout.
La seconde scène se déroule dans les salles d’antiquités orientales. On y découvre des projections sur des blocs de pierre, dont une en particulier représente deux formes blanches. J’y ai vu deux femmes drapées dans une valse hésitation. Lorsque l’une tend la main, l’autre montre le poing. Lorsque l’une s’approche, l’autre recule. Là encore, le présent à quelque époque qu’il se situe semble avoir du mal à réparer les failles du passé…
Troisième scène, dans les fossés médiévaux du Louvre, où les installations immenses reprennent le même principe de projection. Un lieu mêlant colonnes et pyramides, où l’on ne sait plus s’il s’agit de Gizeh ou de Pei, de la rue de Rivoli ou du Colisée… Des hommes marchent, comme une procession, mais vers quoi ? pourquoi ?
Sur un autre mur, la scène des femmes voilées est reprise et démultipliée.
Est-ce l’histoire qui bégaie ? Michal Rovner, par cette installation, ne peut laisser indifférent. Passé, présent, légèreté, poids de l’histoire… les images restent imprimées sur la rétine longtemps après être sorti du Louvre.

Michal Rovner reste au Louvre jusqu’au 15 août 2011. Entrée 10€.

Photos de l’auteur. Michal Rovner étant représentée par l’ADAGP, les photos de ses œuvres seront retirées du blog à la fin de l’exposition.

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