Andres Serrano. Maison Européenne de la Photographie. Janvier 2017.

Résolument humaniste.

La première image est celle d’un drapeau américain. Sur le mur qui fait face à l’entrée, un portrait monumental d’un rappeur, dents dorées et sautoir qui brille : la série America ouvre l’exposition. Donald Trump côtoie une mini miss, Snoop Dog frôle Chloé Sévigné. Tous les âges, tous les genres, tous les milieux. Avec la même vision, détaillée, précise, esthétique. Un choc.

Suit un triptyque de la série « The Klan », portraits de membres du Ku Klux Klan. Presque trop beaux. L’émotion va crescendo avec les séries The Interpretation of Dreams, Native Americans et Cuba.

Mais elle atteint son comble dans la seconde partie de l’exposition dédiée au travail de l’artiste sur les sans-abris. Pas de portrait pour la série « Sign of the times » : mur de pancartes achetées 20$ chacune par Serrano pour réaliser « une topographie de la misère »… Puis, à New York et à Bruxelles, il photographie les « Nomads », les « Résidents » et les « Denizens », reproduisant un travail de studio. La relation entre l’artiste et ses « mannequins » est palpable, nous donnant l’impression de passer un moment avec eux… Touchée.

Foncez prendre une bouffée d’humanité jusqu’au 29 janvier 2017, à la Maison Européenne de la Photographie.

Publicités

En pleine lumière.Herb Ritts. Maison Européenne de la Photographie.

Californication

Des corps, Herb Ritts révélait toute la sensualité. Jouant de la lumière et des matières en maître absolu. Aussi fasciné par les courbes sculpturales de ses modèles que par l’émotion véhiculée.

Première salle, première image. Immense, hypnotique, la sublime cambrure d’Alek Wek s’impose, seule sur un mur. L’image est probablement l’une des plus connues que le photographe ait prise, et en la revoyant, l’on comprend aisément pourquoi : elle est parfaite. Tant dans la tension provoquée par la pose, que par la lumière reflétée sur ce corps noir huilé, faut-il aussi évoquer la fierté dans ce regard porté au loin…

Sur les autres murs de cette salle, chaque cliché montre des corps magnifiés. Un voile, des grains de sable, des gouttes d’eau, le vent… et toujours ces fonds blancs, toujours ce soleil. De la Californie, le voyage se poursuit en Afrique, et les corps d’ébène apparaissent dans toute leur splendeur sur des espaces infinis.

Deuxième étage. Couvertures d’albums, unes de magazines : les années 1980 défilent sous nos yeux. Richard Gere en débardeur blanc devant une station essence, image qui a rendu le comédien et le photographe célèbres. Nicholson et son inqualifiable sourire, version joker de Tim Burton. Madonna, cheveux courts blonds et blouson de cuir, tête basculée en arrière, abandonnée. Bowie sexy comme toujours, pantalon de cuir et pieds nus. Julia Roberts dans les vagues californiennes, en slip kangourou. Elizabeth Taylor, crâne presque rasé et cicatrice apparente… Moments d’intimité que l’on partage avec un plaisir immense… Si glamour.

La Californie de Herb Ritts vous attend jusqu’au 30 octobre 2016, à la Maison Européenne de la Photographie.

Poésie brésilienne.

Marcel Gautherot. Brésil : tradition, invention. Maison Européenne de la Photographie. Juin 2016.

Pureté des lignes, équilibre des courbes, maîtrise des ombres. Claque visuelle.
Qu’il photographie la nature, les hommes ou l’architecture, Marcel Gautherot compose ses images avec un sens esthétique d’une égale perfection. Sublime. Touchant. Rare. L’émotion est palpable dans les salles de la MEP. Arrêt sur image. Sur chaque image.

La nature d’abord. La forêt amazonienne. Inondée, saisissante de beauté. Gautherot joue avec la lumière qui se reflète sur l’eau.

Les hommes aussi. Fêtes populaires brésiliennes ou pêcheurs. Les images de danse, les expressions sur les visages, racontent une histoire. Comme ces corps tendus en un seul mouvement, sur la plage, tirant dans un même effort sur une corde. Ces deux femmes, debout, mains sur les hanches, regardant dans la même direction. Ou ces hommes aux chapeaux, qui se protègent les yeux dans un même geste. Que dire de la série des pêcheurs ? Ces portraits serrés, qui montrent les visages burinés où chaque ride décrit une vie. Ces images où cordages et voiles se jouent des silhouettes de pêcheurs qui semblent soudain posées pour créer le décor. Et toujours ce soleil de midi.

L’architecture enfin. Les lignes et les arrondis, posés sur les images, avec une perfection flirtant avec l’irréel. Images stupéfiantes, bouleversantes de beauté. Que l’on pourrait passer des heures à scruter point par point. Silhouettes réduites, minuscules face à l’immense architecture naissante. Reflets maîtrisés reproduisant les courbes parfaites des constructions. Murs d’un blanc immaculé qui se dressent, imparables. Coupoles inversées esquissant une danse dans les airs. Gautherot sublime l’architecture d’une Brasilia à l’aube d’une nouvelle vie, en pleine construction, œuvre d’Oscar Niemeyer. Irrésistible.

Ne ratez pas Marcel Gautherot jusqu’au 28 août 2016, à la Maison Européenne de la Photographie.

People… or not.

Alice Springs. Maison Européenne de la Photographie. Juillet 2015.

Autoportrait face à un miroir, noir & blanc, regard de côté. Portraits de photographes, Avedon, Man Ray, Brassaï, Lartigue, bien sûr Helmut Newton, son époux… Portraits de célébrités, Jack Lang, Nicole Kidman presque pas reconnaissable, flamboyante Padma Lakshmi en fourreau rouge fendu, Pavarotti, rayonnante et élégante Audrey Hepburn, lumineux Chabrol… Couleurs ou Noir & Blanc, les images marquent par l’intimité qu’ils laissent passer, des instants volés de complicité partagée.

Arrive ensuite la série de photos prises dans la rue, épaulettes, coiffures, punk et hip hop, résolument marquées années 1980. Nets, précis, même les années 1980 sont belles.

Les portraits d’Alice Spring sont à la MEP jusqu’au 23 août 2015.

Instantanés.

Jacques-Henri Lartigue. La vie en couleurs. Maison Européenne de la Photographie. Juillet 2015.

Cadrages impeccables. Couleurs parfaites. Atmosphère joyeuse. Les tirages de Jacques-Henri Lartigue sont comme une collection de moments intimes et parfaits… en couleur.

La vie qui passe, les moments précieux saisis à la volée, de peur de les oublier. Lartigue est collectionneur et perfectionniste, « un empailleur des choses que la vie m’offre en passant » comme il le dit lui-même. Il note tout, documente tout avec une fraîcheur qui déborde des clichés au cadrage incontestable.

Une trentaine d’autochromes, rares clichés saisis entre 1912 et 1927, témoignent de l’insouciance teintée d’élégance de l’artiste. Malgré sa fascination pour la couleur, la lourdeur de l’équipement et la longueur du temps de pose ont raison de sa patience et Lartigue reprend le Noir & blanc…

… jusqu’en 1949 et l’apparition du film couleur. Rolleiflex et format carré sont ses alliés jusque dans les années 1970 ainsi que le Leica et le format 24×36. Les images sont si parfaites qu’on pourrait croire que ce sont des tableaux. Cadrage, lumière, piqué… et Florette, son épouse, sa muse, incarnation de son bonheur.

Le parcours proposé par la MEP met en scène ce bonheur en couleurs, et le parsème de citations de l’artiste « je suis amoureux de la lumière, je suis amoureux du soleil, je suis amoureux de la pluie, je suis amoureux de l’ombre, je suis amoureux de tout. » « je voudrais envoyer du soleil dans le ventre des gens » « les photos couleur : c’est ce qui vous retourne le mieux le couteau dans la plaie quant à la vanité des choses que l’on essaie de créer pour capter les beautés qui passent et s’envolent ». Un bonheur « empaillé » qui reprend vie sous nos yeux et dont on ressort rafraîchi, avec tout de même un brin de nostalgie pour le 6×6 et l’argentique

La vie est en couleurs à la MEP jusqu’au 23 août 2015.

Color Block.

Harry Gruyaert. Retrospective. Maison Européenne de la Photographie. Mai 2015.

Une envie de prendre des couleurs née de quelques photos de l’artiste aperçues dans le métro. Hôtel de Ville, Saint Paul, Place d’Italie, ou République, les images graphiques et colorées teintent les quais de métro d’une émotion qui ne s’y trouve guère habituellement.

Sur les murs de la Maison Européenne de la Photographie, les rouges sang, verts bouteille, jaunes tournesol, bleus intenses ou noirs profonds claquent et prennent à la gorge alors que les nuances et les ombres viennent nous caresser. De l’Inde au Maroc, de la France à la Russie, de l’Italie à la Belgique, une soixantaine de tirages de l’artiste ont été sélectionnés pour être exposés, capturant l’essence même de son travail chromatique. Ici, des halls d’aéroport où semble régner l’ennui. Là, des vitrines de cafés où trônent des corbeilles de fruits gorgés de couleur. Un peu plus loin, des paysages habités par des silhouettes à la fois présentes et absentes… Les compositions taillées au couteau de l’artiste s’impriment sur la rétine invitant immanquablement dans notre esprit les plus grands maîtres : Magritte, Hopper ou Matisse.

« … Avec la couleur, on doit être immédiatement affecté par les différents tons qui expriment une situation. ». Cette exposition ne fait que confirmer l’expérience totalement physique de la couleur que nous décrit Harry Gruyaert. Éblouissant.

Prenez des couleurs à la Maison Européenne de la Photographie jusqu’au 14 juin 2015.

Hors champ.

Sebastiao Salgado, Genesis, Maison Européenne de la Photographie, octobre 2013.

245 photos, 8 ans de travail, une trentaine de voyages. Voilà ce que nous donne à voir Genesis, la grande exposition de Sebastiao Salgado. Mais surtout, c’est un voyage hors civilisation, une plongée en pleine nature.

Paysages inimaginables, animaux sauvages, populations oubliées… Des glaciers polaires aux savanes et forêts tropicales, du trop froid au trop aride, Avec Genesis, Sebastiao Salgado nous offre des photos d’une beauté à couper le souffle, et nous rappelle ce qu’est la vie.

Il nous fait découvrir les Zo’é au fin fond de la jungle amazonienne, les Korowaï de Papouasie occidentale, les Nénètses du Cercle Arctique, les Mentawai des îles de Sumatra. Les poturu (labret de bois perçant le menton), platesux, koteka (étuis péniens)… Les portraits sont presque dérangeants, et la sensation de s’immiscer dans l’intimité de ces personnes est prégnante… Mais, la perfection des images et la nature si magique et magistrale nous font oublier nos réserves et l’on a vite fait de replonger avec les baleines dans les profondeurs de la planète…

La nature s’expose avec Genesis à la MEP (Maison Européenne de la Photographie) jusqu’au 5 janvier 2014.

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Retour en haut ↑