Couleurs, néons et dérision.

Martial Raysse. Restrospective 1960-2014. Centre Pompidou. Mai 2014.

Tout commence dans un claquement de doigts éclairé au néon… puis, une explosion de couleurs, de lumières, de formes et de dérision. Pin-ups, corps féminins et accessoires de beauté, Côte d’Azur, objets du quotidien, ou histoire de l’Art, quel que soit le thème traité par l’artiste, la dérision est toujours de mise et la beauté glorifiée. Jeux de formes, de couleurs, de matières et de mots, l’artiste s’autorise tout, se joue de tout. Il associe, dissocie, superpose, mêle les techniques artistiques… Dans une quête permanente d’émotion poétique inattendue.

Les beautés stéréotypées des années 1960 sont célébrées dans des portraits aux couleurs décalées, aux maquillages outranciers et aux cadrages surprenant. Regards. Visages sans cou. Bustes. Là, un visage vert avec des lèvres bleues poudrées. Ici un visage jaune et des lèvres ourlées au néon… Il agrémente volontiers ses beautés fardées d’une touche d’ironie, les parant d’une houppette, de fleurs ou de paillettes, ou encore d’une mouche en plastique.

Son regard coloré et provocateur se lit aussi dans les installations qu’il réalise aux côtés des Nouveaux Réalistes et qui sont présentées ici dans la première partie du parcours. Balais, flacons et brosses de plastique à profusion imitent des arbres ou des étalages, jouant avec les images de la consommation, dans la mouvance pop art de l’époque. Une musique d’époque est diffusée par le juke box de la Raysse Beach, que l’artiste présente en 1962 lors d’une exposition au Stedelijk Museum d’Amsterdam. Il y participe aux côtés de Jean Tinguely et Niki de Saint Phalle recréant un univers de plage, avec sable fin et dauphin gonflable, surmontée de panneaux décorés de pin-ups en bikinis armées de parasols et de néons. Le jeu est aussi de la partie, et l’on découvre de petites boîtes de Plexiglas dans lesquelles il aura disposé des jouets et objets divers qu’il collectionnait, créant ainsi des objets-poèmes qu’il titre dans des formules mi-descriptives, mi-énigmatiques « Vitrine délicate et saugrenue », ou « Les nylons oiseaux de paradis » ou encore « Supermarché magie multicolore »…

Toujours très libre, l’artiste s’essaie à la caméra jouant lui-même ou invitant des amis participer à ses œuvres, comme l’artiste Arman qu’il a grimé et mis en scène intégrant la vidéo dans son tableau Suzanna, Suzanna (1964), avant de réaliser des longs métrages. Les œuvres présentées ici embarquent le spectateur dans une atmosphère au croisement entre happening et esthétique psychédélique. 

Inspiré par l’Histoire de l’Art, l’artiste s’en inspire et la détourne allègrement. Parmi ses maîtres, figurent Ingres ou Cranach. Et Martial Raysse joue là encore avec nos sens, colorant à outrance Vénus et Odalisques, ramenant la baie de Nice dans un petit coin de tableau, collant perles et pompons sur un foulard aux tonalités africaines…

Dans ses œuvres plus récentes, les pin-ups cèdent la place aux grandes fresques, sur lesquelles l’artiste déploie d’immenses fêtes populaires et stations balnéaires, aux allures de campings des Flots Bleus. Et si les couleurs sont toujours vives, j’ai été beaucoup moins sensible à cet humour conjugué au présent.

Une rétrospective de plus de 200 œuvres que l’on traverse, sourire aux lèvres, comme une cure de vitamines.

Délivrée sans ordonnance au Centre Pompidou jusqu’au 22 septembre 2014.

Une idée lumineuse

« Who’s afraid of red, yellow and blue ? », la maison rouge, mars 2012.

Samedi 14 heures, 2 enfants de 6 ans surexcités à l’idée de passer l’après-midi ensemble, aucune réservation effectuée… moment de solitude… quand je me souviens du dernier parcours Paris Mômes que j’ai imprimé et qui suit l’exposition Néon de la Maison Rouge. Hop, c’est parti !

Dans la queue (assez vite absorbée), on peut déjà s’amuser à lire les injonctions au néon qui habillent l’arbre situé devant la Maison Rouge… en anglais. Pourtant, c’est en France, en 1912 que le néon naît et transforme le paysage urbain avant que Georges Claude, son génial inventeur n’exporte son brevet aux Etats-Unis. Mais ce sont bien les Etats-Unis qui donnent la parole au néon, au milieu des années 1960, à travers mots ou courtes phrases, comme dans l’œuvre qui a donné son titre à l’exposition « who’s afraid of red, yellow and blue ? » (référence à une œuvre de Barnett Newman). Les artistes se frottent de plus en plus à ce nouveau phénomène lumineux, proclamant, affirmant, interrogeant, avec des mots hauts en couleurs. Claude Lévêque ordonne « rêvez » (2008), Adel Abdessemed indique « exil » au lieu de « exit », un « rien » se déchiffre dans un crâne dans l’œuvre de Jean-Michel Alberola… L’exposition de la Maison Rouge nous emmène dans toutes les formes artistiques prêtées au néon et nous suivons la lumière, passant des mots aux cercles et aux carrés jusqu’à l’éblouissement proposé par François Morellet et Jeff Koons entre autres ! Du début à la fin, les couleurs ressourcent et inspirent adultes et enfants. Le parcours Paris Mômes nous aide, les enfants sont à l’aise dans cet univers lumineux et trouvent tous seuls des jeux autour de ces néons. Bref, j’ai eu une idée lumineuse !

Les néons éclairent la Maison Rouge jusqu’au jusqu’au 20 mai 2012.
Plus d’informations sur www.lamaisonrouge.org.

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑