Ulla Von Brandeburg. Le milieu est bleu. Palais de Tokyo. Février 2020.

Au théâtre ce soir.

Comme un diaphragme d’appareil photo, d’immenses rideaux colorés percés d’un grand cercle en leurs centres se succèdent. À chaque pas, franchissant les panneaux un à un,  le visiteur est invité à pénétrer un peu plus dans l’univers onirique de l’artiste. Passage initiatique.

Une odeur de paille, une cabane de tissus colorés… Et soudain, un homme qui s’empare d’une poupée de chiffon. Marchant d’un pas lent, vêtu de ce même tissu dont est fait le décor, il se distingue de la foule de visiteurs qui le suit du regard. Il entre, pose la poupée, d’autres comédiens pareillement vêtus le rejoignent. Ensemble, ils effectuent une sorte de chorégraphie sous le chapiteau. Un public se forme, se fait tout petit. Immobile. Silencieux. Comme s’il était entré par effraction dans un espace privé… Les comédiens repartent dans différentes directions… La déambulation se poursuit.

D’autres cabanes, d’autres espaces, d’autres objets posés sur le sol, les comédiens se rejoignent, se séparent. Les visiteurs s’arrêtent puis repartent au gré des scènes qui se jouent, suivant une trajectoire aléatoire. Attirés par une voix, une musique échappée d’un instrument automatique, un tissu qui prend vie sous l’action de l’un des comédiens… Poésie de l’incertitude…

Puis c’est le bout du chemin. Une salle dans laquelle est projeté un film de 28 minutes. Les comédiens qui ont peuplé le parcours se déplacent et jouent cette fois au cœur du Théâtre du Peuple de Bussang, à ciel ouvert. Entre chants et déambulation. Et l’on a la sensation d’observer un peuple aux rites inconnus dans son quotidien. La vie. La disparition. Dans le public, personne ne bouge. Admiration.

Un labyrinthe de tissus bleus suspendus mène le visiteur vers la sortie. Sur ce bleu, sont projetés de courtes scènes de vie sous-marine. Un miroir. Un soulier. Une robe… Pas un humain. La vie après la vie ?

Le milieu est bleu au Palais de Tokyo jusqu’au 17 mai 2020.

Carte Blanche à Tino Sehgal. Palais de Tokyo.

Immatériel. Octobre 2016.

Presque rien à voir, et pourtant… Passé le rideau de perles, œuvre de Felix Gonzales Torres, tout commence.

Les yeux se perdent dans un décor de Daniel Buren, canopée de disques de couleurs et colonnes à rayures noires et blanches. Sur le plateau, du monde… Pas le temps. Quelqu’un vient nous voir et nous questionne « Qu’est-ce que l’énigme ? L’énigme est ceci, l’énigme est cela, qu’est-ce que l’énigme ? ». Les enfants rient, je me prends au jeu. Nous répondons, notre hôte esquisse une petite danse et nous indique une direction. Et si nous avions donné une autre réponse, la direction aurait-elle été différente ? Et la danse ? Et les autres « poseurs de questions », formulent-ils la même demande ?

Les 13000m2 du Palais n’ont jamais été aussi vides d’œuvres et aussi pleins de monde. En bas, la première situation « These associations » met en place une cinquantaine de personnes. Assis, debout, marchant dans l’immense espace blanc, ils parlent à voix haute dans une langue que l’on ne comprend pas forcément, abordent les visiteurs mais pas toujours. Secte ? Armée de zombies ? Pourquoi ne m’abordent-ils pas ? Pourquoi m’abordent-ils ? Disent-ils tous les même chose ? À qui ? Malaise. Intrigue.

Plus loin, une pièce plongée dans le noir. La situation se nomme « This variation ». Des voix chantent en chœur, des corps dansent… L’angoisse ressentie à l’approche cède rapidement la place au plaisir. Les enfants ont peur. La lumière s’allume, nous poursuivons notre déambulation.

Au plus bas niveau, une œuvre de James Coleman, « Box ». La lumière stroboscopique projette sur grand écran des scènes d’un match de boxe, dont on entend les coups. Éprouvant.

Plus loin, un petit couloir, une autre pièce. Des hommes regardent leurs pieds et font face au mur, se détachant ainsi des visiteurs. Ils psalmodient « The objective of this work is to become the object of satisfaction »… L’un d’entre eux, à l’entrée, bouche le passage et, regardant ses pieds, fait de tout petits pas en avant, en arrière, se cogne aux visiteurs… Troublant.

Etage supérieur, « The Progress ». Un enfant nous prend par la main, entraînant un jeune couple avec nous, et nous demande « qu’est-ce que le progrès ? ». Nous marchons ensemble, il continue de nous questionner. Une jeune fille prend sa place. Puis, une femme d’une trentaine d’années. Avec elle, nous parlons de fessée et d’éducation. Suit un homme d’âge mur, Jean-Pierre. Lui, nous mène dans un escalier, nous racontant une anecdote sur la guerre. Je n’ai plus aucun repère, je me suis perdue dans les échanges. Chacun d’eux était passionnant. Comment ont-ils réussi à créer de l’intimité aussi rapidement. Et si c’était ça, le progrès ?

J’ai envie d’y retourner, histoire de me frotter à d’autres questionnements, d’autres rencontres. Les enfants, eux, ne sont pas prêts à revivre toutes ces émotions.

Prenez un shoot d’émotions, avec cette Carte Blanche à Tino Sehgal au Palais de Tokyo, jusqu’au 18 décembre 2016.

Immersion.

Acqua alta. Céleste Boursier-Mougenot. Palais de Tokyo. Août 2015.

Une eau noire et immobile. Un son lancinant. Des ombres fantomatiques et désincarnées qui semblent suivre le glissement lent des barques… Acqua Alta embarque littéralement le visiteur dans un Palais de Tokyo inondé transformé en petite Venise.

Spectaculaire, poétique, un brin ludique, l’installation audacieuse de Céleste Boursier-Mougenot est tout cela à la fois, et même un peu plus… En pagayant lentement le long du canal créé par l’artiste, plongé dans cette atmosphère hypnotique, le visiteur, dont les mouvements sont filmés, cryptés et projetés sur les murs, est à la fois acteur, sujet et objet de l’exposition. Il navigue dans les profondeurs de sa propre psyché, jusqu’au débarcadère où l’attend une île sur laquelle il pourra s’échouer et poursuivre son voyage intérieur, bercé par les sons et les images hallucinantes. Une expérience totalement onirique dont on ne ressort pas tout à fait…

Embarquez au Palais de Tokyo jusqu’au 13 septembre.

Fantomatique.

Philippe Parreno. Anywhere, Anywhere out of the world. Palais de Tokyo. Janvier 2014.

Lumière, noir. Hésitations. Oscillations… Entre réalité et fiction. Entre ce monde et… un autre monde. Passages de l’un à l’autre, d’une salle à l’autre. Sans transition. En évoluant simplement au gré des lumières ou des sons. Les sons. Petrouchka de Stravinsky, en leitmotiv, joué par des pianos sans pianistes. Les pas des danseurs de Merce Cunningham, sans les danseurs. Les bruits de l’extérieur du Palais, à l’intérieur. Fantômes.

Baudelaire, Stravinsky, Marylin, Zidane, Merce Cunningham, AnnLee… Philippe Parreno transforme le Palais de Tokyo en château hanté. Même les cartels en tablettes Kindle se jouent de nous, balbutiant et changeant d’avis.

Ici, une bibliothèque mobile s’ouvre sur des dessins de John Cage… ou Merce Cunningham ? L’artiste rejoue une exposition de John Cage qui se tint à New York en 2002, durant laquelle Merce Cunningham envoyait chaque jour un de ses étudiants remplacer l’un des dessins de Cage par l’un des siens, jusqu’à ce que l’exposition soit intégralement remplie de ses dessins.

Là, un mur tournant révèle une piste de danse… sans danseurs. Pourtant, les pas des danseurs de Merce résonnent.

Ailleurs, un gigantesque écran montre un visage d’enfant en gros plan, mais, en approchant, l’image se fait floue… Et l’on bascule dans un autre monde, au son d’un piano qui joue Petrouchka de Stravinsky. Toujours pas de pianiste.

Autre part, des portes vitrées s’ouvrent… sur rien et l’on se surprend à vouloir absolument passer de l’autre côté.

Dessous, une salle entièrement noire vous accueille, et les lumières s’animent au rythme de Petrouchka toujours, dans un scintillement étonnant. Les enfants y courent jusqu’à l’essoufflement le plus total. Heureux de braver leur peur des fantômes et du noir…

Promesse tenue pour Philippe Parreno qui nous emmène « anywhere out of the world ».

Courez voir le Palais de Tokyo hanté, c’est bientôt la fin ! Jusqu’au 12 janvier 2014. www.palaisdetokyo.com

Lumière, maestro !

Soleil Froid, Julio Le Parc, Palais de Tokyo, avril 2013.

Soleil froid : un titre d’exposition à vous faire froid dans le dos, mais surtout à éveiller notre curiosité… Julio Le Parc est un artiste argentin qui vient de célébrer ses 84 ans. Il est exposé au Palais de Tokyo et au Grand Palais (Dynamo). Lumière maestro !
Lumière, mouvement, interaction, tout y est, voilà une exposition réellement immersive, et surtout ludique ! Dès l’entrée et les premiers panneaux de miroirs, les sens sont chamboulés. Perdus dans un labyrinthe, métamorphosés par les jeux de lumières diffusées à la façon d’un stroboscope, captivés par le son du mouvement lent d’une lame de métal qui ondoie, amusés par la « salle de jeux » qui clôt le parcours, et d’où l’on ne veut plus sortir… Tous les sens sont sollicités, je sais que c’est un peu tard pour vous le dire, puisque l’expo se termine le 13 mai, mais si vous êtes là ce week-end, courez-y, vous ne le regretterez pas !

Courez, Julio Le Parc est au Palais de Tokyo jusqu’au 13 mai.

Hyber-imagination.

Matières Premières, Palais de Tokyo, janvier 2013.


3 janvier, les fêtes sont passées et c’est le dernier jour de vacances pour moi avec Axel, plein de choses à voir… Axel se décide pour le Palais de Tokyo et son imaginaire. Je le suis.
«Imaginez l’imaginaire» était dans ma liste pour plusieurs raisons : je n’étais pas encore allée au Palais de Tokyo avec Axel, le thème de l’imaginaire me paraissait particulièrement séduisant et enfin, pour les «matières premières» de Fabrice Hyber et sa baignoire de pièces, réalisée dans le cadre de la Factory de la Monnaie de Paris.

Nous arrivons à l’espace dédié aux «matières premières» non sans passer devant le fameux nuage pluvieux qu’Axel attendait de voir. Un mètre cube de rouge à lèvres, une baignoire de 400 000 pièces, une baignoire d’éponges, mais aussi une cabane orageuse, une maison des vents… C’est étonnant de voir que ces accumulations offrent au regard bien autre chose que la matière elle-même. Entre découverte expérimentale et surprise visuelle, cet espace est loin de laisser indifférent.
Nous empruntons le second parcours proposé, parcours contemplatif, créé sur une passerelle surplombant l’espace expérimental. Devenus spectateurs – statut qui, étrangement, plaît beaucoup moins à Axel – nous tentons d’imaginer les réactions du public que nous apercevons.
Nous repassons côté acteurs et entrons  dans le terrain de jeu pour ballon carré, que l’artiste a créé en 1998, année de la coupe du monde, pour la Fnac. Tout est chamboulé, le public se trouve au centre, le terrain de jeu autour de lui…  Imaginez un peu !
Suit la salle du labyrinthe de draps et ses écritures. Là, Axel se croit dans le «pays des merveilles d’Alice», il traverse le labyrinthe au pas de course, tout en tentant de déchiffrer les messages inscrits sur les draps.

Nous nous dirigeons vers «les dérives de l’imaginaire», réunissant une vingtaine d’artistes qui nous entraînent réellement au cœur de l’acte créateur. Nous dérivons d’un artiste à l’autre, du «temps de rien» au «dépassement de l’art»…  pour revenir au labyrinthe de Fabrice Hyber et finir avec le Mit-Man, créé en 2006 par l’artiste, lors de sa collaboration avec Robert Langer professeur au MIT, à l’Institut Pasteur.

La promenade dans l’imaginaire est prolongée jusqu’au 14 janvier au Palais de Tokyo, allez-y, vous en sortirez ragaillardis !

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