Popisme.

Warhol Unlimited. Andy Warhol. Musée d’Art Moderne de Paris. Octobre 2015.

Glamour, mort et reproduction. Trois dénominateurs communs à l’œuvre de Warhol, mais pas seulement… Au-delà de ses subterfuges, l’artiste, doué pour attirer l’attention sur son art, malgré ses réticences à l’admettre, pousse à la réflexion. Est-ce de l’art ? Il répond par la négative lorsqu’il n’ironise pas sur la question.

Les pièces sont saturées, reproduisant les accrochages historiques de l’artiste comme en témoignent les photographies d’archive disposées tout au long de l’exposition. La série Flowers tapisse littéralement une pièce, dans une ambiance totalement 1980’s. À proximité, une autre salle couverte cette fois de portraits de Jackie Kennedy, réalisés avant et après l’assassinat du président. Dans le même esprit « saturé », une salle est dédiée aux  « Mao », présentés sur une tapisserie décorée de ce même portrait à l’infini. 500 millions de chinois… La série qui marque le plus est, sans aucun doute, celle des « electric chairs » : une chaise électrique dont les reproductions dans tous les formats et couleurs sont accrochées sur une tapisserie à motifs de « vaches » rose et jaune, mise en scène historique du Whitney Muséum en 1971. Ironique.

Surprenant aussi, les « Screen tests », portraits de 3 minutes dans une image presque fixe de stars projetés légèrement au ralenti sur des écrans qui se répondent et nous encerclent… Progressivement, l’atmosphère devient de plus en plus « Warholienne », avec les coussins en hélium « Silver clouds » ou encore l’ambiance des concerts du Velvet Underground dont les images et la musique explosent littéralement.

Près de 70 tableaux avant d’arriver à la galerie des « Shadows ». 102 toiles composant l’œuvre la plus méconnue de l’artiste. 102 toiles de même dimension, accrochées bord à bord, représentant toutes le même motif : un triangle flou et une ombre géométrique, le tout peint dans 17 couleurs différentes et dans une disposition aléatoire. Une œuvre élégante, froide et totalement Warholienne que l’on épouse du regard en évoluant dans la superbe galerie du Musée et qui s’imprime sur la rétine comme une ombre… Unlimited.

Warholisez-vous au MAM jusqu’au 7 février 2016.

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Couleurs, néons et dérision.

Martial Raysse. Restrospective 1960-2014. Centre Pompidou. Mai 2014.

Tout commence dans un claquement de doigts éclairé au néon… puis, une explosion de couleurs, de lumières, de formes et de dérision. Pin-ups, corps féminins et accessoires de beauté, Côte d’Azur, objets du quotidien, ou histoire de l’Art, quel que soit le thème traité par l’artiste, la dérision est toujours de mise et la beauté glorifiée. Jeux de formes, de couleurs, de matières et de mots, l’artiste s’autorise tout, se joue de tout. Il associe, dissocie, superpose, mêle les techniques artistiques… Dans une quête permanente d’émotion poétique inattendue.

Les beautés stéréotypées des années 1960 sont célébrées dans des portraits aux couleurs décalées, aux maquillages outranciers et aux cadrages surprenant. Regards. Visages sans cou. Bustes. Là, un visage vert avec des lèvres bleues poudrées. Ici un visage jaune et des lèvres ourlées au néon… Il agrémente volontiers ses beautés fardées d’une touche d’ironie, les parant d’une houppette, de fleurs ou de paillettes, ou encore d’une mouche en plastique.

Son regard coloré et provocateur se lit aussi dans les installations qu’il réalise aux côtés des Nouveaux Réalistes et qui sont présentées ici dans la première partie du parcours. Balais, flacons et brosses de plastique à profusion imitent des arbres ou des étalages, jouant avec les images de la consommation, dans la mouvance pop art de l’époque. Une musique d’époque est diffusée par le juke box de la Raysse Beach, que l’artiste présente en 1962 lors d’une exposition au Stedelijk Museum d’Amsterdam. Il y participe aux côtés de Jean Tinguely et Niki de Saint Phalle recréant un univers de plage, avec sable fin et dauphin gonflable, surmontée de panneaux décorés de pin-ups en bikinis armées de parasols et de néons. Le jeu est aussi de la partie, et l’on découvre de petites boîtes de Plexiglas dans lesquelles il aura disposé des jouets et objets divers qu’il collectionnait, créant ainsi des objets-poèmes qu’il titre dans des formules mi-descriptives, mi-énigmatiques « Vitrine délicate et saugrenue », ou « Les nylons oiseaux de paradis » ou encore « Supermarché magie multicolore »…

Toujours très libre, l’artiste s’essaie à la caméra jouant lui-même ou invitant des amis participer à ses œuvres, comme l’artiste Arman qu’il a grimé et mis en scène intégrant la vidéo dans son tableau Suzanna, Suzanna (1964), avant de réaliser des longs métrages. Les œuvres présentées ici embarquent le spectateur dans une atmosphère au croisement entre happening et esthétique psychédélique. 

Inspiré par l’Histoire de l’Art, l’artiste s’en inspire et la détourne allègrement. Parmi ses maîtres, figurent Ingres ou Cranach. Et Martial Raysse joue là encore avec nos sens, colorant à outrance Vénus et Odalisques, ramenant la baie de Nice dans un petit coin de tableau, collant perles et pompons sur un foulard aux tonalités africaines…

Dans ses œuvres plus récentes, les pin-ups cèdent la place aux grandes fresques, sur lesquelles l’artiste déploie d’immenses fêtes populaires et stations balnéaires, aux allures de campings des Flots Bleus. Et si les couleurs sont toujours vives, j’ai été beaucoup moins sensible à cet humour conjugué au présent.

Une rétrospective de plus de 200 œuvres que l’on traverse, sourire aux lèvres, comme une cure de vitamines.

Délivrée sans ordonnance au Centre Pompidou jusqu’au 22 septembre 2014.

Beautiful Pop Day.

Keith Harring, the political line, Musée d’Art Moderne et centquatre, juillet 2013

Keith Harring, son trait si reconnaissable, ludique ascendant provocateur…  Pour une des premières journées d’été, je trouvais que le programme entre Musée d’Art Moderne et centquatre était plutôt pas mal ! Mais je ne m’attendais pas à une telle surprise, malgré le titre « the political line » qui donnait pourtant le ton. Les critiques que j’avais lues ne m’avaient pas non plus préparée à cela… J’ai réalisé que je ne connaissais pas du tout Keith Harring et j’ajouterais que cela a été pour moi une belle découverte. Pour Axel aussi d’ailleurs…

La scénographie au Musée d’Art Moderne présente tous les « combats » de l’artiste, de l’argent au racisme en passant par les guerres, la religion, le sexe, la télévision et les ordinateurs ! Chaque œuvre délivre un message, qui est plus qu’aisément décrypté… et mis à portée de tous, y compris les plus jeunes ! Le sida fait évidemment partie de l’exposition, puisque Keith Harring, avant d’en mourir a tenté, à travers son art, d’informer sur les dégâts causés par la maladie. Engagé jusqu’au bout !

Au 104, on passe aux monumental, sculptures et toiles géantes sont exposées, en extérieur et en intérieur. Le Pop Shop est posé là et les dix commandements aux couleurs criardes hurlent les messages bibliques et laissent pantois ! Grandiose Keith Harring…

Révisez vos dix commandements, jusqu’au 18 août au Musée d’Art Moderne et au Centquatre.

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