Catharsis, Prune Nourry. Galerie Templon. Septembre 2019.

Douleurs et tremblements

Un bras et une jambe en terre surdimensionnés suspendus au-dessus d’un sein géant. Des flèches gigantesques, tendues vers un sein, disproportionné lui aussi. Sur les murs, des corps démembrés et des organes tout en transparence. Saisissantes images du corps. Douleur. Emotion.

Prune Nourry explore le genre depuis des années : Terracotta daughters, Holy daughters ou encore le dîner procréatif… Des questionnements à l’œuvre d’art…

Traversée par un cancer du sein au cours de ces dernières années, les gestes de l’artiste prennent une autre dimension. Au sous-sol de la galerie, les œuvres dialoguent en écho avec les extraits de son film Serendipity. La dernière séquence est dédiée à The amazon. Amazone blessée aux yeux de verre de 4 mètres de haut façonnée dans du béton par l’artiste. La sculpture est plantée sur toute la moitié du corps de milliers de bâtonnets d’encens. Lors d’une performance organisée à Manhattan, les bâtonnets d’encens avaient été brûlés, empruntant à la tradition des ex-voto japonais et libérant dans un même temps leur fumée et la maladie. Catharsis.

Dans l’une des salles de la galerie est installée une réplique miniature en bronze de The amazon en mémoire de ce geste cathartique.

Puissance et sensibilité. Galvanisant.

Catharsis de Prune Nourry est à la Galerie Templon jusqu’au 19 octobre.

 

Holy. Carte Blanche à Prune Nourry. Musée Guimet. Mai 2017.

Correspondances.

« La destruction n’est pas une fin en soi ». Prune Nourry compose ce titre en référence à la destruction des statues de Bâmiyân (en Afghanistan) par les talibans en 2001. Et pour illustrer cette réponse, un bouddha de 38 mètres piqué de bâtonnets d’encens réparateurs. Les fragments de ce géant apparaissent au long d’une déambulation au milieu de la collection permanente du Musée Guimet. Les pieds se trouvent dans la cour Khmère, au rez-de-chaussée. Une main au premier étage. Le buste au second. La tête, isolée au centre de la rotonde du dernier étage cueille le visiteur. En y entrant par l’oreille, on y découvre, à la lueur de minuscules diodes rouges, des offrandes funéraires en carton : ordinateurs, machines à laver, trottinette, voitures… Fragmenté mais vertical. Espoir.

En résonance avec la superbe collection permanente du Musée Guimet, les Holy Daughters, et Holy Rivers, projets de Prune Nourry, menés en Inde. L’artiste a réalisé ces divinités hybrides, entre la vache, animal sacré et symbole de fertilité et la fille, vecteur de fertilité, mais non désirée. Questionnements.

Plus loin, les Terracotta Daughters. Dans leurs versions miniatures en porcelaine. L’armée originale de 108 fillettes chinoises en terre cuite est sous terre depuis 2015 en Chine, dans un lieu tenu secret, à l’instar de l’armée de Xian. Il faudra attendre 2030 pour les voir de nouveau. Cette date étant identifiée par les démographes comme l’apogée du déséquilibre hommes–femmes en Chine.

Au sommet du Musée, un film. Où l’on voit le travail de l’artiste et où l’on comprend ses questionnements sur le statut des fillettes dans le monde asiatique. Un parcours qui invite à la contemplation tout autant qu’à la réflexion.

Les divinités de Prune Nourry sont au Musée Guimet jusqu’au 18 septembre 2017.

500 millions de chinois…

Avec motifs apparents. Exposition collective. 104. Mai 2014.

Cinq artistes. Cinq visions monumentales. Une seule idée. Montrer la réalité, à peine masquée sous des œuvres, histoire de séduire le regard et de susciter l’interrogation. « Avec motifs apparents » est une histoire en cinq tableaux.

Premier tableau : la « déprime passagère ». Celle de Xavier Julliot. Transformant l’architecture d’un château d’eau, l’artiste fait le vide, crée le vide, suggérant l’espace. Un escalier qui ne mène nulle part, des sièges pris dans les murs, un puits de lumière sans fenêtre… Inquiétude.

Le second tableau est écrit par Pascale Marthine Tayou et son « Empty Gift », sphère immense entièrement couverte de paquets cadeaux. Noël ? Anniversaire ? Débauche de cadeaux, fêtes commerciales ou générosité ? La terre comme un cadeau géant ? Chacun interprètera cette œuvre comme bon lui semblera. Ce qui compte c’est le geste, comme le dit l’artiste. Plaisir d’offrir…

Dans la seconde salle, ce sont les chants des oiseaux qui nous accueillent, suivis de près par la vision de murs entiers de nichoirs d’où s’échappent les piaillements. Des écrans diffusent des images de Favelas et l’on comprend le lien fait par l’artiste. Poésie de la métaphore pour une réalité bien plus crue. Suggestion.

Une troisième salle met en relation les gens entre eux, autour de tables et de chaises, connecte des objets avec des câbles et des fils… et l’on comprend au titre « court-circuit » le sens de cette mise en scène, comme un défi à la réalité. Plus les relations sont simplifiées physiquement et plus elles sont complexes ? Paradoxe.

Sous la halle, le regard est saisi par le troisième tableau : les Terracotta Daughters de Prune Nourry. Une armée composée exclusivement de filles, si semblables et pourtant toutes différentes. La question du déséquilibre démographique en Chine est à peine habillée par l’œuvre. Inspirée de la célèbre armée de Xi’an, l’artiste a réalisé 8 modèles, puis travaillé avec des artistes locaux pour créer 108 Terracotta Daughters. Une salle diffuse un film réalisé par l’artiste où l’on en apprend plus sur la genèse et la réalisation du projet. Stupeur.

Quatrième tableau : « Le propre de l’homme », mis en scène par Jérémy Gobé redonne vie à des objets en les habillant de tricot, sens dessus dessous… Jusqu’à en recouvrir intégralement les murs d’une pièce, la déformant par endroits et créant ainsi des volumes pour le moins inquiétants… Proche des délires à pois de Yayoi Kusama. Psychotrope.

Le cinquième tableau est réservé à Chen Zhen et sa « putrification room », où les objets usuels sont ensevelis sous une boue argileuse, représentant sans détour la réalité d’un air vicié… Morbide.

Le 104 propose ici cinq tableaux, cinq œuvres monumentales, avec, pour motif apparent, de se laisser séduire.

Les Motifs Apparents se dévoilent sans détour au 104, jusqu’au 10 août 2014.

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