La photographie française existe, je l’ai rencontrée. Maison Européenne de la Photographie. Mars 2018.

Hommage.

Plus de trente ans de photographie française. Quarante huit photographes réunis. Des des images fortes, éblouissantes. Une richesse évidente. La réponse de Jean-Luc Monterosso à cette impensable affirmation faite dans les années 1980 par ceux qui « faisaient l’art » aux Etats-Unis et qui prétendaient que la photographie française n’existait pas résonne sur tous les étages de la Maison de la Photo. Une véritable revanche artistique. Une preuve irréfutable. Les reportages de Depardon, l’esthétique choc d’Orlan, les façades d’immeubles de Stéphane Couturier, la poésie de Sarah Moon, l’esthétique kitsch de Pierre & Gilles, l’avant-garde de Bettina Rheims, les voyages de Sebastiao Salgado… L’histoire est racontée dans chaque salle de la MEP, une histoire dont on sait qu’elle est loin d’avoir dit son dernier mot. Merci Monsieur Monterosso pour cette démonstration.

La photographie française est à la MEP jusqu’au 20 mai 2018.

S’il y a lieu, je vous emmène au BAL.

S’il y a lieu, je pars avec vous. Le BAL. Septembre 2014.

L’autoroute, le début du voyage, peuplée de souvenirs d’enfance, de visions fugaces ou tenaces, de rêves d’ailleurs et de peurs du noir, lieu de passage par excellence, où tout défile sans que l’on prenne le temps de regarder de plus près. Alain Bublex, Stéphane Couturier, Antoine d’Agata, Julien Magre et Sophie Calle posent leurs regards sur cet univers étrange et propice aux fantasmes qu’est l’autoroute. Ils s’y sont arrêtés et nous offrent, le temps d’une exposition au BAL, un tour sur leur banquette arrière.

Le voyage commence avec Alain Bublex. Il nous propose une vision « arrêtée » des paysages que nous n’avons pas le temps de voir. Ces paysages qui sont avalés par la route et la vitesse sont figés et reconstruits par l’artiste, entre photo et illustration, entre réel et virtuel. Déshumanisées, aux frontières du réel, ces images de l’autoroute nous emmènent dans un voyage vers l’infini, au bout, tout au bout de la route.

Stéphane Couturier joue, lui aussi, sur la vision de l’autoroute et de ces paysages que l’on voit et que l’on oublie, comme entrecoupés, hachurés. L’artiste, après avoir photographié des pans d’autoroute, découpe en longues bandes son visuel, intercalant « du vide », le temps d’un clignement d’œil, d’un pont… d’une absence.

Julien Magre nous invite dans un voyage intime, avec sa famille, et les fantômes croisés sur leur route. Dans une atmosphère empreinte d’imaginaire, les visions alternent entre la réalité de sa fille endormie ou de son regard apeuré à travers la vitre et ce que l’on imagine en voyant les yeux rouges d’animaux pris dans les phares, les traces de pas dans la neige… On entend presque les sons de la route et le bruit incessant des voitures qui passent, se mêlant au silence environnant.

Antoine d’Agata nous livre son journal de bord. Un journal de nuits entières à rouler. Il nous raconte son voyage sous la forme de triptyques. À chaque jour correspond une image couleur – paysage immobile, une planche d’images noir et blanc représentant ses rencontres, corps nus, entremêlés, souffrant, criant, hurlant, dormant ? Et un troisième panneau de texte, en rouge sur fond blanc, indiquant le jour, la température, et le lieu. Un voyage sur les terres de son intimité.

Sophie Calle, comme à son habitude, joue avec les autres, interpelle, communique. Elle s’installe à l’une des cabines du péage et s’invite sur les panneaux d’affichage de l’autoroute, inscrivant 7 phrases, comme des propositions aux voyageurs : « Voulez-vous me parler ? » « Faites-moi voyager et je vous offre le péage » « Où pourriez-vous m’emmener ? » « Je suis cabine 7, péage de Saint-Arnoult » « Est-ce loin ? » « Pourquoi là-bas ? » « S’il y a lieu, je pars avec vous… ». Des photos de ces panneaux, sur fond d’autoroute, de nuit. Une retranscription vidéo de plans fixes et de voitures qui passent au péage avec en sous-titre les réponses données par les voyageurs, qui ne s’attendent pas à ce qu’on leur demande de faire rêver ! En parallèle de ce moment incongru, des plans capturés par des caméras de surveillance à l’infra-rouge, d’animaux qui passent et repassent… en attendant autre chose ?

Un voyage ou plutôt 5 invitations au voyage qui valent le détour, incitant à se retrouver ou à se perdre… S’il y a lieu.

Attachez votre ceinture et rendez-vous au BAL jusqu’au 26 octobre 2014.

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